Océans : "Les dérives de la pêche"

Pillages et gaspillages

"La pêche est une obligation alimentaire qui existe depuis la nuit des temps. Mais, depuis plusieurs années, les espèces commercialisables sont surexploitées. Cette agression s'ajoute aux pollutions qui ont un impact global sur les océans et en particulier sur les populations halieutiques. Pour l'observateur et le voyageur que je suis, il y a deux constats : le suréquipement des pays industrialisés et les techniques rudimentaires mais dévastatrices des pays en voie de développement, qui sont devenus les plus gros pêcheurs du monde.

De véritables arsenaux de guerre

Les pays industrialisés ont complètement changé leurs méthodes de production au cours de ces 20 dernières années. Leurs arsenaux, de plus en plus efficaces et rapides, dotés de moyens de détection de plus en plus sophistiqués, sont devenus de véritables unités de guerre. Comme l'agriculture, pour des motifs de rentabilité économique, la pêche connaît un productivisme excessif. Mais si l'effort de pêche augmente, le volume des prises est quasiment stable. Et quand une espèce vient à manquer comme la morue, dont les populations d'adultes disparaissent, les pêcheries se déplacent et choisissent de nouvelles espèces.
On ne peut pas accuser uniquement les pêcheurs, car ils ne sont qu'un maillon de la chaîne. Et ils sont soumis à une pression économique telle, qu'ils n'ont ni le temps, ni la possibilité d'anticiper l'avenir. Mais force est de constater que si des mesures ne sont pas prises, ils ne pourront plus exercer leur métier.
Les pêcheurs ont donc un rôle majeur à jouer dans la préservation des océans et des espèces marines.

Les spots de plongée que je connaissais se sont taris

Second volet du constat : dans les pays en développement soumis à une intense croissance démographique, les techniques de pêche utilisées comme le cyanure ou la dynamite, parmi d'autres, en détruisant les espèces et leurs habitats (coraux, mangroves...), mettent en péril les écosystèmes de façon durable. De plus, ces pays ont à faire face à un "colonialisme halieutique", les flottes des pays industrialisés louant des zones de pêche dans leurs eaux. Résultat, l'océan est en train de se désertifier. Moi qui ai plongé dans tous les océans du monde, j'ai constaté que pratiquement tous les "spots" de plongée se sont taris. Même si cette observation n'a pas de valeur scientifique, cela corrobore bien les chiffres existants. Et il ne faut pas en rajouter en pratiquant la pêche par jeu ou par sport : je me suis toujours interdit de faire de la pêche sous-marine, ou de la pêche au gros. Aujourd'hui, ces activités sont dépassées et indécentes.

Il faut faire respecter les réglementations qui existent

Des décisions internationales existent, comme celles des Nations unies ou la politique européenne de quotas. Mais il faut les faire appliquer, et c'est sans doute la principale difficulté. A Cuba, des zones entières sont ainsi provisoirement fermées à la pêche aux crustacés afin de laisser les stocks se reconstituer. Les rejets en mer de poissons pêchés par erreur sont inacceptables, notamment les poissons juvéniles, en principe interdits à la pêche et à la vente et que l'on retrouve sur les étals. Il faut utiliser des engins de pêche plus sélectifs, comme les filets à mailles carrées par exemple. Pourquoi ne pas fermer provisoirement les zones de pêche où les jeunes poissons sont nombreux et concentrés ? Enfin, des négociations sont en cours au niveau international, les consommateurs pourraient bientôt exiger des produits marins écocertifiés ou l'homologation de produits issus d'une pêche respectueuse de l'environnement.
La pêche est révélatrice des problèmes d'environnement à l'échelle mondiale. Si l'on s'obstine dans cette cécité, les poissons disparaîtront et avec eux un des plus beaux métiers du monde".

Nicolas Hulot,
Président de la Fondation pour la Nature et l'Homme

Edito Ma Planète n°18 - Dossier thématique "Les Océans"

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Dernière mise à jour : le 9 avril 2001