"Transports en mutation"

Rêvons à une ville rendue à ses habitants

"Les villes ne sont pas des fatalités démographiques. Il faut se fixer des objectifs ambitieux : se dire que dans 15 ans, on aura une ville fluide, propre, et en expliquer tous les bénéfices aux habitants. Les inerties comportementales des hommes sont fortes, mais pour peu que les effets bénéfiques des changements leur soient expliqués, ils se rallieront. On a bien vu, à travers la mini-expérience qu'a été la circulation alternée durant une journée parisienne, que les Français sont plus civiques qu'on ne l'imagine. Avant le pic, personne ne croyait qu'on pourrait toucher aux voitures, un des bastions les plus vindicatifs du comportement individuel. Certes, ce fut un seul jour, mais je suis sûr que ce jour-là, les automobilistes ont trouvé des solutions de déplacement auxquelles ils n'avaient pas pensé. Une ville rendue à ses habitants, ça fait rêver. L'espace d'une journée, la ville a retrouvé un visage humain.

Ce qui fonctionne le mieux, aujourd'hui, c'est le train

Et je ne peux pas croire que si demain on se fixait de tels objectifs par décret, on ne trouve pas de solutions. L'intégration des infrastructures de transport dans le paysage, par exemple, a été considérablement améliorée et le pire est derrière nous. Mais attention aux excès : il n'est pas nécessaire de relier tous les villages à une autoroute ou à un TGV ! Il ne faut pas transformer la France en un maillage de voies rapides. Des progrès extraordinaires ont aussi été réalisés sur les réseaux de transports routiers, ferrés et aériens. Le transport aérien est toutefois menacé de saturation et impose des contraintes fortes. Souvent, on met plus de temps pour aller à Orly que pour le vol lui-même ! Ce qui fonctionne le mieux aujourd'hui, c'est le train. Mais il faut jouer sur les trois registres, routiers, ferrés et aériens, pour le transport des marchandises et des personnes, pour avoir une chance d'atteindre les objectifs que se sont assignés les pays à la conférence internationale sur les changements climatiques de Kyoto. C'est-à-dire, réduire les gaz à effet de serre de 5% en moyenne, et de 8% pour les seuls pays européens.

Nous sommes dans une situation de crise

Mais on l'a vu à Kyoto, les pays ne sont pas suffisamment courageux. Il aurait fallu adopter résolument les fourchettes de réduction des gaz à effet de serre les plus hautes et s'aligner sur les requêtes des Etats les plus demandeurs comme ceux de l'Union européenne. Nous sommes dans une situation de crise, nous devons nous donner les moyens d'agir, quitte à ce que cela crée des bouleversements industriels et économiques. En réalité, les industriels sauront s'adapter, il ne faut pas sous-estimer leur capacité à suivre le mouvement.
A Kyoto, avec les marchandages pour la réduction de CO2, c'est pour le moins le sort des générations de demain qui se joue, et tout au plus le sort de l'humanité. Aucun esprit sensé ne peut désormais contester que nous sommes en mesure de perturber les grands mécanismes régulateurs de la biosphère. Les experts du Groupe international d'études sur le climat sont formels : l'effet de serre anthropique réchauffe la planète. Ses conséquences pourraient être terribles,même s'il est encore difficile de quantifier l'impact des activités humaines. Face à l'ampleur de cet enjeu, tout marchandage est inacceptable.

Finir le siècle sur une démonstration de sagesse

Kyoto aurait pu être l'amorce d'un changement de ton et surtout de regard. "La science a fait de nous des dieux avant de faire de nous des hommes " avait affirmé le biologiste Jean Rostand. Au Japon, en décembre, certains se sont encore pris pour des divinités.
Mon grand regret, c'est qu'on n'ait pas fini le siècle par une démonstration de sagesse qui aurait montré que l'écologie est le défi majeur du XXIe siècle. Cessons de jouer aux apprentis sorciers. Souhaitons que désormais, les lobbies en tous genres ne soient plus les seuls dépositaires de notre destin. Espérons enfin que les politiques accordent à la précaution écologique une importance prioritaire."

Nicolas Hulot,
Président de la Fondation pour la Nature et l'Homme

Edito Ma Planète n°19 - Dossier thématique "Les Transports"

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Dernière mise à jour : le 9 avril 2001