"Océan et atmosphère, des échanges pour la vie"

L'océan, pouls de la planète

"Vagabonder à la surface des océans est souvent source de sérénité et, parfois, permet de tutoyer ses rêves. S'y immerger, c'est s'ouvrir à son observation et à sa compréhension. Sous l'eau tout confond le visiteur de l'onde : la longue et pénible migration d'une tortue, le chant de la baleine à bosse et son langage, la précision du requin et ses organes de détection ultra-sophistiqués ou, tout simplement la symbiose magnifique des coraux avec les algues du phytoplancton. Mais gardons-nous de n'avoir qu'une relation affective ou ludique avec l'océan. N'oublions jamais les liens biologiques et spirituels qui nous unissent à lui.
Des progrès spectaculaires ont été réalisés dans la connaissance de ce milieu qui est à l'origine de la vie. De nouveaux moyens techniques, comme les satellites ou la mise en réseau mondial des données scientifiques, permettent aux océanographes de mieux appréhender le rôle de l'océan dans les cycles de la vie et de la matière sur notre planète. Grâce au soleil, moteur de la machinerie, le couple océan-atmosphère capte et renvoie la chaleur, sous forme de rayonnement et de vapeur d'eau, et ces échanges régulent le climat. Grâce aux vents, les courants transportent les eaux chaudes des tropiques vers nos latitudes tempérées. Grâce à la vie qui se développe à la surface des flots, une grande part du gaz carbonique émis par nos activités est stockée dans la masse océanique.

On sait prédire El Niño, mais pas empêcher ses effets

Cet océan, mondial ou global, selon l'appellation que chacun préfère, se révèle être, chaque jour plus précisément, le pouls de la planète. Il faudra encore beaucoup de mesures, d'évaluations et d'interprétations avant de pouvoir décrypter toutes ses fièvres et ses humeurs. Mais les spécialistes espèrent parvenir à le comprendre avec assez de finesse pour faire des prédictions comparables à celles de la météorologie. Peu à peu, on arrive à évaluer les conséquences d'un phénomène local sur une échelle plus vaste. Il n'est vraiment pas évident de saisir le fonctionnement de ce gigantesque climatiseur.
Le fameux Niño, par exemple. Au début du siècle, des observateurs de la météo en Asie avaient noté que certaines années la mousson était quasiment inexistante. De l'autre côté du Pacifique, les pêcheurs péruviens n'en revenaient pas de ramasser dans leurs filets de superbes poissons, comme les dorades coryphènes, en lieu et place des éternels anchois. Pour remercier leur Dieu de ce don magnifique au moment de Noël, ils ont baptisé cet événement "El Niño" (l'enfant Jésus en espagnol). Finalement, en rapprochant ces observations, et bien d'autres, les scientifiques ont pu décrire le système climatique de l'océan Pacifique tropical. Cela a permis de mieux comprendre ces aberrations climatiques que l'on ressentait certaines années des deux côtés du Pacifique. Aujourd'hui on sait prédire l'arrivée du Niño, on peut prendre certaines mesures pour se protéger. Mais on ne sait pas empêcher ses effets les plus graves : sécheresse, pluies torrentielles, pêches miraculeuses qui s'avèrent très vite insuffisantes, etc.

Détruire l'océan c'est se bafouer soi-même

En progressant dans la connaissance, l'homme réalise aussi qu'il n'est que peu de chose face à l'immensité de la planète et des phénomènes qui la gouvernent. Mais il peut réaliser aussi que détruire l'océan revient à se bafouer soi-même. Pire, au-delà de piétiner notre passé, c'est notre avenir que l'on fustige, ultime sacrilège. Tant il est évident que le sort de l'humanité est lié à celui de l'océan, comme il l'est à celui de la nature en général."

Nicolas Hulot,
Président de la Fondation pour la Nature et l'Homme

Edito Ma Planète n°20 - Dossier thématique "Les Océans"

Retrouvez les autres Edito de Nicolas Hulot
et
Découvrez la biographie de Nicolas.

 
Dernière mise à jour : le 9 avril 2001