"Les transports du futur sont déjà là"

Les transports ont façonné le siècle

"A l'échelle du millénaire, un siècle, c'est très bref. Mais les progrès constatés dans le domaine des transports sont fabuleux, comme dans le domaine des techniques en général d'ailleurs. Et si la même évolution se produisait d'ici un siècle ! Les transports ont participé aux bouleversements de nos sociétés à l'échelle locale et mondiale. Ils sont synonymes de grande liberté et ils ont rapproché les hommes.

Les véhicules du futur existent déjà, il faut les sortir des cartons !

Les véhicules tels qu'ils existent actuellement sont condamnés à évoluer. Les nouveaux modèles ne devront plus générer nuisances de toutes sortes, pollutions, bruit, etc. Les recherches doivent se mobiliser dans ce sens. Si on interdisait la circulation aux véhicules polluants, nul doute que les industriels se mettraient au travail et commercialiseraient des projets qui existent déjà sûrement dans leurs tiroirs. On nous dit souvent que le problème des véhicules électriques, c'est le manque d'autonomie des batteries et le recyclage. C'est un handicap. Mais lorsque le téléphone portable a démarré il y a 7 ans, on avait des téléphones de 3 kg dotés d'une autonomie d'une demi-heure seulement. Quand le marché s'est ouvert, la recherche industrielle s'est accélérée et en deux ans, on a eu des téléphones que l'on perd au fond des poches ! Après l'épisode de circulation alternée, on aurait dû s'engouffrer dans la brèche, promouvoir les véhicules au GPL ou les véhicules électriques hybrides comme ceux expérimentés au Japon.
Autre piste d'avenir : l'injection directe. Pour le diesel, ce processus déjà appliqué permet d'obtenir une économie d'énergie de 10 %. Pour les moteurs à essence, le procédé n'est pas encore au point, mais il devrait réduire la consommation d'essence de 30 à 35 %. La pile à combustible, déjà testée sur des prototypes, est aussi porteuse d'espoir : elle produit de l'électricité par électrolyse de l'hydrogène et de l'oxygène gazeux.

S'inspirer de la nature

Coloniser le ciel après avoir colonisé le sol ? Méfions-nous des solutions miracles. Il y a toujours des effets secondaires inattendus. Se déplacer sur des petites machines à propulsion relève du registre du rêve. Et l'hélicoptère est inacceptable sur le plan des nuisances sonores. L'idéal serait le même engin, sans pollution et sans bruit, dont les rondes dans le ciel seraient coordonnées par une instance qui régulerait le trafic. Pour le futur, on pourrait aussi s'inspirer davantage de la nature. Cette science que l'on appelle la bionique n'est pas récente, et de nombreux travaux ont déjà été publiés. Voir comment les techniciens imitent la peau des requins pour améliorer l'aérodynamique des avions, ou comment ils reproduisent la propulsion des serpents pour construire des fauteuils pour handicapés capables de descendre des escaliers, est époustouflant.

Retrouver le goût du voyage

J'espère que l'automobile va se banaliser. Elle n'est plus un objet de luxe, il faut la désacraliser, inventer d'autres moyens de transport. Le jour où on pourra profiter des vertus du transport et de la liberté qu'ils procurent sans souffrir des pollutions qu'ils entraînent, on aura gagné. Il faut arrêter de prendre des "mesurettes". C'est bien de décider de mesurer la qualité de l'air, mais ce n'est pas suffisant.
Lorsque les images nous ramènent en arrière, cela donne le tournis. Cela va trop vite. Devenons raisonnables, ne sacrifions pas tout au facteur vitesse. Les transports ont construit un monde en mouvement perpétuel et cela ne nous laisse pas suffisamment de temps pour la sagesse. Retrouvons le goût du voyage. Il faut aussi imaginer des moyens de transport plus sûrs : la société accepte des automobiles des risques qu'elle ne tolère avec aucune arme.

Nicolas Hulot,
Président de la Fondation pour la Nature et l'Homme

Edito Ma Planète n°21 - Dossier thématique "Les Transports"

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Dernière mise à jour : le 9 avril 2001