"Vivre la nature"

Respecter la nature est essentiel

La nature est plus qu'un simple décor, c'est une réserve dans laquelle les hommes viennent puiser des ressources naturelles pour vivre. Pour les urbains, la nature se réduit trop souvent à un vaste espace où ils peuvent se détendre. On finit par oublier que ce qui procède de la nature est essentiel pour nous, tant pour notre alimentation, notre habillage, que pour nos industries. Nous ne percevons que le dernier maillon de la chaîne économique : le produit fini, emballé. Certains enfants ne connaissent pas l'origine du lait et pensent qu'on remplit la vache avant de la traire. Ils ne savent pas à quoi ressemblent certains animaux. Tout cela est un peu caricatural, mais cela existe.

Être conscient de notre lien de dépendance

Cette situation est révélatrice de notre éloignement de la nature. Ce qui est frappant dans les sociétés qui vivent encore en harmonie avec leur environnement, c'est justement qu'elles n'ont pas perdu cette notion vitale de la dépendance des hommes vis-à-vis des éléments naturels. L'excessive rapidité avec laquelle nous sommes passés d'une société rurale à une société urbaine nous a fait perdre tous nos repères. Je pense que nous sommes arrivés au paroxysme d'un certain type d'urbanisme, enfin, j'ose le croire ! Et petit à petit, nous allons revenir à une spiritualisation des choses et à une conscience renouvelée de notre lien avec la nature. Un des indices de cette évolution, c'est le succès grandissant des activités de pleine nature.
Depuis les années 80, on a assisté à l'apparition d'une quête d'enivrement dans la nature, considérée comme un vaste terrain de jeu. Ce qui n'était alors qu'une mode devient aujourd'hui un véritable phénomène de société : la recherche de nouvelles immersions. La nature est de plus en plus "pratiquée" comme un moyen de défoulement. Pour affronter la ville, les urbains ont besoin de ces imprégnations. C'est la raison pour laquelle les activités de plein air se multiplient, comme les sports nature ou l'écotourisme. Et même si l'on trouve encore des ordures laissées au bord du chemin par quelques promeneurs, on constate que ceux qui manifestent une certaine vigilance sont de plus en plus nombreux. Ils vivent la nature avec leurs sens en éveil, ce qui les conduit à exiger davantage de connaissances et leur permet de progresser dans leur compréhension. Je ne sais pas si tous les nouveaux pratiquants de la nature porteront sur elle un regard plus sensible à l'environnement, mais nous allons dans le bon sens.

Provoquer des chocs pour émerveiller

Cette sensibilisation peut prendre des formes inconscientes au début. Moi, par exemple, j'ai vécu la frénésie des années 80. Et puis, au gré de mes voyages et de mes expériences, j'ai connu des révélations, des éblouissements. Cela m'a sensibilisé à l'environnement. Aujourd'hui, avec Ushuaïa Nature, nous cherchons à provoquer l'émerveillement et l'amour de la nature par la connaissance et par la beauté des paysages. Mais l'émission n'est pas un catalogue de voyages. J'essaye d'ouvrir les yeux des téléspectateurs en provoquant des chocs qui les mènent au respect. Le respect est fondamental. Nous n'avons pas d'autre mission que cela. Et aussi, de faire la démonstration de l'unité des choses, de comprendre que tout est lié, rien n'est dissocié. Pour inciter à pratiquer la nature avec respect, il faut guider les démarches. Certains pays ont établi des normes drastiques pour les visiteurs. C'est le cas, par exemple, aux îles Galapagos (Équateur), milieux vulnérables, rares et précieux.

Le XXIe siècle sera celui de l'équilibre

Le débat sur les pratiques de la nature est philosophique. Dans la Bible, il est écrit que l'homme doit la maîtriser... Il est permis de s'enorgueillir des progrès accomplis au nom de ce principe. Mais un progrès ne vaut que s'il est durable. La nature aura le dernier mot, il faut s'allier avec elle. On ne peut pas la dominer, il faut rester humble par rapport à cela. Elle nous donne un certain nombre de règles à respecter. Malheureusement, le rythme de l'homme est difficilement compatible avec celui de la nature. Le XXIe siècle doit être celui de l'équilibre, en réaction au XXe qui fut celui de toutes les outrances.

Nicolas Hulot,
Président de la Fondation pour la Nature et l'Homme

Edito Ma Planète n°25 - Dossier thématique "Les Espaces Naturels"

Retrouvez les autres Edito de Nicolas Hulot
et
Découvrez la biographie de Nicolas.

 
Dernière mise à jour : le 9 avril 2001