"Les déchets à l'appel"

De nouvelles attitudes d'urgence

Les déchets, fléaux du siècle ? Inutile de faire une échelle de valeur. De toutes façons, on ne peut plus laisser les choses en l’état. Il faudrait que les gens puissent visualiser leur production par rapport au volume total de déchets produits, et l’augmentation de ce volume... Il faut leur donner des repères, une échelle.

La capacité de nuisance

Ce qu’incarnent pour moi les montagnes de déchets, c’est une matérialisation de notre insouciance, les difficultés de notre société à contrôler des techniques et les effets secondaires de ces techniques. Elles matérialisent plus que tout l’incapacité de digestion et de régénération infinie de la Nature.
Elles montrent aussi que rien ne se perd. Les déchets sont comme des coups de poing dans la figure de l’humanité pour nous rappeler qu’on a atteint des sommets dans notre inconscience. Les acacias dans le désert, habillés de sacs plastiques en tous genres, comme des arbres de Noël tragiques : c’est hautement symbolique. Autre image : au Pérou, les vagues ondulant sous des charges de déchets incroyables. Là-bas, la décharge officielle, c’est la mer... Car si chez nous on commence à prendre conscience de ces problèmes, cela n’est pas vrai dans tous les pays. Dans les pays en voie de développement, il n’y a souvent aucun système de ramassage d’ordures. Et cela pour des millions d’individus. C’est affligeant. Le moindre cours d’eau devient dès lors le lieu où l’on jette tout. Ils sont engorgés, saturés, stérilisés.
En termes génériques, un déchet, c’est un objet dont on se débarrasse parce que l’on pense qu’il n’a plus d’utilité. Mais souvent, le déchet n’est véritablement déchet que par l’attitude de ceux qui s’en débarrassent et en ont la responsabilité. On peut, par un changement de regard et d’attitude, les transformer en matières secondaires. Le véritable déchet, c’est le déchet ultime, celui sur lequel on ne peut plus agir. Faut-il une définition universelle ? Restons simples. Pour moi, chaque produit est un déchet dès lors qu’il a une capacité de nuisance sur l’environnement. Si certains ne peuvent être traités maintenant, en l’état actuel des connaissances scientifiques et du marché économique, il est criminel de s’en débarrasser, dans les océans par exemple.

Instaurer une traçabilité...

Une des priorités actuelles, c’est de concevoir des produits qui auraient une durée de vie plus grande et une utilisation répétitive, l’ère du jetable, le produit qui ne sert qu’une fois, est remise en cause. Ce qui est aberrant, c’est qu’un sac plastique ait une utilisation de quelques minutes pour être ensuite abandonné au gré du vent. Il n’est plus possible que les industriels se déresponsabilisent d’un produit dès lors qu’il est mis en circulation. Ils doivent mettre en place des filières de traçabilité de leur production, jusqu’à la disparition ou le recyclage. Volkswagen donne un bon exemple en organisant un circuit de récupération des pièces de voitures et en contrôlant toute la chaîne de ce processus. C’est un défi du prochain millénaire et c’est d’une urgence critique. Il faut qu’à tous les stades de la vie d’un objet, il y ait une conscience de ce qu’est un déchet. L’information est fondamentale. Les choses deviennent plus compliquées qu’avant. Si on veut une nature propre, il faut aussi y mettre du sien et faciliter le tri. Par exemple, chaque contenant devrait avoir un code couleur ou graphique qui corresponde à un matériau à y jeter.

...et de nouveaux comportements

Mais le citoyen peut, par manque d’information, d’éducation ou de vigilance, interrompre cette chaîne vertueuse. Il est difficile de savoir ce que les jeunes d’aujourd’hui, auxquels on apprend à trier, vont adopter comme comportements demain. Seront-ils des écocitoyens ? Cela va dépendre des aléas et des évènements. Il a fallu des évènements comme celui de la vache folle pour se poser des questions sur notre alimentation. Cela vaut tous les discours… Globalement, l’homme prend de plus en plus conscience que même ses gestes individuels peuvent avoir des grands effets sur l’environnement. Chacun peut s’informer, s’éduquer et éduquer les autres : c’est l’effet multiplicateur qui aura gain de cause. Si l’un de nous non seulement change son attitude mais fait changer celle de dix personnes, cela peut aller très vite.

Nicolas Hulot,
Président de la Fondation pour la Nature et l'Homme

Retrouvez les autres Edito de Nicolas Hulot
et
Découvrez la biographie de Nicolas.

 
Dernière mise à jour : le 9 avril 2001