Actions Educatives pour la Nature et l'Homme
Jeunes reporters européens pour l'environnement : un projet pour un étang qui vaut de l'or
Année
1997-98

Académie ou région
Montpellier

Inspection académique
Hérault

Nature de l'action éducative
PAE, PAI, Club Environnement.

Thèmes dominants
1) Eau.
2) Faune.

Initiateurs du projet
M. Vires, Professeur de Lettres, Mme Granier, Professeur d'Histoire-Géographie, Mme Owens, Professeur d'Anglais, M. Cramm, Professeur de Mathématiques, M. Pietri, Professeur de Sciences Physiques, Mme Soumet, Professeur de SVT, M. Vincent, Professeur d'EPS, Mme Thiery et Chauzy, Professeurs d'Italien.

Objectifs pédagogiques
Prendre conscience de la biodiversité et de la fragilité du patrimoine naturel.
Amener les lycéens à identifier les problèmes environnementaux.
Découvrir les nombreuses fonctions que remplissent les zones humides : hydrologiques, biologiques, économiques, culturelles.
Comprendre les interelations entre l'homme et son milieu.
Communiquer avec les lycées européens via Internet (multimédia, technologies nouvelles et langues).
Connaître les organismes publics privés, les dispositions juridiques nationales ainsi que les directives européennes de protection du milieu.
Devenir acteur (citoyenneté). Faire naître l'envie d'agir.

Résumé et étapes
L'étang de l'Or, autour duquel est centrée l'action éducative, est une zone tampon entre un bassin versant, touché par des pollutions et une lagune d'eau saumâtre. Chaque discipline permet d'aborder le sujet sous un angle différent.

Actions entreprises
1) Enquêtes.
2) Informatique.
3) Audiovisuel (réalisation d'un reportage photographique).

Méthodes pédagogiques
Activités de recherche en salle, expérimentations, exposés
      33  %
Activités de terrain en extérieur (études de milieu, sortie nature)       33  %
Rencontres avec des professionnels, des spécialistes       33  %

Prolongements
Exposition, voyage en Italie (comparaison problèmes environnementaux), enrichissement du site Internet.

Partenaires extrascolaires
Agence Méditerranéenne Environnement (Organisme parapublic) : participation financière
Syndicat Mixte gestion étang (Collectivité locale) : aide technique et logistique
FEEE (Association) : aide technique et logistique
EID (Organisme public) : animation scientifique

Classes ou tranches d'âges
Lycée, seconde.

Effectif
34 élèves.

Durée
De 3 à 6 mois à partir de septembre 1997 jusqu'à juin 1998.

Budget
De 10 000 à 20 000 FF.

Origine et part de l'autofinancement
Club environnement et foyer socio-éducatif : 2 500 F

Structure d'accueil
Lycée Louis Feuillade
BP 210
34402 Lunel Cedex
Tél : 04 67 83 51 00
Fax : 04 67 83 51 03

Responsable
Mesdames SOUMET ET OWENS
3, rue des Lauriers Roses
34750 Villeneuve-lès-Maguelone
Tél : 04 67 69 59 04

Fonction
Professeurs de SVT et d'Anglais

 
Un étang qui vaut de l'or Les jeunes reporters sur un stand
présentent les résultats de leur enquête.

Dans la "Petite Camargue", un étang agonise. Autrefois manadiers, pêcheurs et chasseurs vivaient dans l'abondance grâce à l'étang de l'Or. Aujourd'hui, une prolifération d'algues menace son fragile écosystème. Une équipe de Jeunes Reporters Européens pour l'Environnement a mené l'enquête.

L'étang de l'Or est un superbe site, également appelé la Petite Camargue : parmi les étangs et les roselières, le promeneur peut apercevoir des taureaux que les manadiers mènent à cheval, des barques de chasseurs à l'affut des canards, des pêcheurs qui remontent leurs filets... Un paysage digne de Crin-Blanc. Mais hélas, il est aujourd'hui menacé par l'envahissement des algues et l'utilisation excessive qu'en font les hommes. Après avoir goûté le plaisir de la découverte de ce lieu magnifique, une classe de Seconde du lycée Louis Feuillade de Lunel, dans l'Hérault, a analysé son fonctionnement écologique et le rôle de tous les acteurs qui pouvaient y intervenir. Cette action, encadrée par l'ensemble des professeurs, a également bénéficié de la dynamique du programme JREE (Jeunes Reporters Européens pour l'Environnement). Les reportages des élèves ont ensuite servi de support à plusieurs expositions et à une publication électronique. Un bel apprentissage de la biodiversité et des interactions entre les hommes et l'environnement, pour former de solides écocitoyens

Entretien avec avec Danièlle Soumet, professeur de Sciences de la Vie et de la Terre au lycée Louis Feuillade, coordinatrice du projet.

Comment est né ce projet autour de l'étang de l'Or ?
Cela fait déjà deux ans que, seule ou avec une collègue, nous menions des actions ponctuelles liées à l'étang. Par exemple l'année dernière, nous voulions produire une cassette audio pour les touristes qui empruntent par bateau le canal du Rhône à Sète... nous avions collecté des documents, mais nous n'avons pas réalisé la cassette, faute de temps et d'énergie en fin d'année.
En juin dernier, avec tous les professeurs, nous avons décidé lors d'une réunion de cibler notre action sur un lieu d'application aux contours bien délimités, le nord-est de l'étang de l'Or. Et puis nous avons dégagé une problématique : "Comment concilier préservation de zones humides et activités humaines ?" Mais nous voulions que cette problématique émerge des élèves, nous ne voulions pas l'imposer.

Comment vous y êtes vous pris ?
Dès septembre, nous avons mis en route le projet, collecté des documents, de l'information sur Internet, et affiné notre vocabulaire en français comme en anglais... Il faut souligner que, du début à la fin, tous les professeurs ont travaillé en concertation pour aborder le projet dans leurs matières respectives. En octobre, nous avons organisé une grande sortie à vélo. A cette occasion, les élèves avaient étudié la topographie en cours d'histoire-géographie, et le professeur d'éducation physique et sportive a préparé les bicyclettes, veillé à la sécurité... Cette sortie avait pour but de sensibiliser les élèves et de susciter un questionnement. Nous n'avons pas été directifs, les groupes avaient seulement de petites missions à remplir : prendre des photos, faire des prélèvements d'algues et d'eau... mais la consigne principale était : observez et revenez avec des questions.

Comment s'est passée la sortie? Y a-t-il eu beaucoup de questions au retour ?
Oui ! Les élèves ont pu faire de très nombreuses observations au cours de leur visite : ils ont vu des cabanes des marais, typiquement camarguaises, ils ont rencontré des chasseurs, qui les ont spontanément approchés avec leur barque. Nous avons pique-niqué dans une roselière, un marais fait de roseaux d'eau douce. Ils ont aussi rencontré une voiture de la démoustication, aperçu des manadiers, et, enfin, constaté la pollution du canal. Au retour, il y a eu beaucoup de questions. Des pistes de réflexion ont été ouvertes et la problématique que nous cherchions à dégager a emergé, pour ainsi dire, naturellement.

Vous dites que le canal est pollué, de quoi s'agit-il ?
Le canal, mais aussi l'étang. La malaïgue, un mot provençal qui veut dire maladie de l'étang, résulte de l'invasion des algues de surface. Cette prolifération est due aux nitrates et aux phosphates utilisés par l'agriculture intensive. Les herbiers sous-marins n'ont plus de lumière. Sans photosynthèse, c'est la disparition de la vie autour de l'herbier. Les poissons meurent. Autrefois, jusqu'à quatre-vingt familles de pêcheurs vivaient de l'étang, aujourd'hui, on en compte seulement une dizaine. En outre, lorsque les algues meurent elles coulent et étouffent encore un peu plus les herbiers. Leur décomposition, accélérée par l'attaque des bactéries, produit deux effets, une eau rouge et une odeur nauséabonde. Seule la pluie peut réoxygéner l'étang, mais il faudrait surtout qu'il y ait moins d'algues.

C'est inquiétant... mais qui se soucie de l'étang, à part vous ?
Oh... il préoccupe beaucoup de monde. Il y a un syndicat mixte de gestion de l'étang, et la technicienne qui en a la charge est venue répondre aux questions des élèves. Elle leur a expliqué par exemple le fonctionnement des martelières, ces vannes qui commandent la mise en eau des prés. Les chasseurs auraient tendance à les ouvrir, pour que les canards se reproduisent, et les manadiers à les fermer, pour faire paître leurs taureaux. Elle a aussi parlé des corps de métiers qui disparaissent, comme celui des sagneurs, qui coupent les roseaux dont sont couvertes les maisons camarguaises traditionnelles. Enfin elle a expliqué la nécessité, mais aussi les risques, de la démoustication. Pour nous et pour les vacanciers de La Grande Motte, toute proche, cela évite l'invasion des moustiques. Mais malgré les faibles doses c'est une menace pour les oiseaux, qui doivent ainsi être recensés régulièrement.

Ce qui se passe entre cet étang et les hommes est un formidable sujet de reportage pour les JREE ?
Effectivement, nous avons été choisi, avec un lycée italien, un lycée portuguais et le lycée français d'Istanbul pour communiquer via Internet et réaliser un reportage. L'article s'est attaché à décrire les perturbations de l'écosystème. Mais le plus important était de comprendre la complexité des problèmes, toutes les interactions existant autour de cet étang.
L'échange avec le lycée de Rome a été particulièrement fructueux. Une classe d'Italiens est venue pendant une semaine. Enfin, une de nos élèves est partie en reportage dix jours au Danemark avec d'autres élèves d'Europe pour enquêter sur un fjord menacé par l'urbanisation.

Les élèves ont-ils été motivés par ce projet ?
Certains plus que d'autres, mais aucun n'a boudé la projet. Un groupe de 10 à 12 élèves très motivés s'est spontanément formé. Les autres... l'ont été dans une moindre mesure. Un étang qui vaut de l'or, c'est eux qui ont trouvé ce titre : je crois que cela reflète bien leur implication dans le projet.

Quelle suite envisagez-vous
Il y a eu des expositions, Expo-Sciences à Carcassonne entre autres, et nous en avons encore une à venir, et puis à la rentrée c'est à notre tour de rendre visite à nos amis Italiens.

Quelle conclusion tirez-vous de ce projet ?
Ce fut un travail d'équipe et personne n'a lâché. Cela a été réellement pluridisciplinaire. Nous avons voulu créer une émotion, et montrer qu'il ne faut pas nécessairement chercher à l'autre bout du monde des merveilles de la nature. C'est difficile d'apprendre à avoir du plaisir devant un milieu naturel. L'observation et la compréhension ne viennent qu'ensuite, et permettent aux jeunes de mûrir leurs émotions.

Ce qui a surtout séduit le jury

La véritable interdisciplinarité et le vrai travail d'équipe.

Les bons partenariats et les soutiens techniques et scientifiques de qualité.

La pédagogie du projet qui fait appel aux nouvelles technologies pour la connaissance, l'échange et le partage d'expérience, notamment avec des jeunes à l'étranger.

Le souci manifeste de communiquer tous azimuts et sous toutes les formes, y compris les plus modernes.

L'enthousiasme déplace les montagnes : "aucun" obstacle rencontré. Les veinards. Bravo !

 

Pour retrouver les reportages des JREE.

Pour leur
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Dernière mise à jour : le 04 septembre 1998