Actions Educatives pour la Nature et l'Homme
Entraide franco-sénégalaise
Année
1998-99

Académie ou région
Besançon

Inspection académique
Doubs

Nature de l'action éducative
Projet d'établissement, PAE, Jumelage.

Thèmes dominants
1) Eau (gestion de l'eau, irrigation).
2) Agriculture (alimentation, Jardin maraicher scolaire).
3) Société (culture).

Initiateurs du projet
M. Thierry Alberti, Professeur d'EPS, M. Joël Brenot, Agent de service, Mme Danièle Tritsh, Professeur de Français, Mme Ginette Chatelain, Professeur de Biologie, M. Daniel Midez, Professeur d'Hist. Géo, Mme Myriam Guidet, Professeur d'Hist-Géo, M. Jean-Claude Melot, Professeur de Maths, Mme Dennler Evelyne, Professeur d'Arts plastiques, M. Frédéric Moesch, Professeur de Technologie, M. Alain Erard, Principal, Mme Abry C., Intendante, Mme Stéphanie Marcer, Secrétaire, M. Ibra Diarra Ndiaye, Professeur d'Hist- Géo, M. Ba Souleymane, Professeur d'Educ. artistique, M. Baba Coundoul, Professeur de Biologie, M. Mamadou Ndiour, Proviseur, M. Dieye Lamine, Censeur, Mme Fatma Seck Niang Ndeye, Secrétaire.

Objectifs pédagogiques
Favoriser la découverte d'autres cultures, provoquer des rencontres au travers d'actions environnementales concrètes afin de respecter les différences.
Agir pour comprendre, comprendre pour entreprendre.
L'initiative et la responsabilité au service de l'action humanitaire.
Lancement du Programme de Formation Information pour l'Environnement (PFIE) dans le secondaire pour la 1ère fois à Linguère (Sénégal).

Résumé et étapes
Correspondance scolaire franco-sénégalaise sur le thème de l'eau.
Choix commun d'une action environnementale à réaliser : exigence minimale = partenariat éducatif impliquant les élèves des 2 établissements.
Mise en place de l'action d'entraide : les élèves Sénégalais et Français sont impliqués dans l'organisation logistique du voyage, du chantier à mettre en œuvre, dans la recherche des partenaires...
Exploitation des dossiers de correspondance au sein des différentes matières.
Rencontres au Sénégal, en mars 1999. Début du chantier.
Suite du chantier = matériel artisanal sénégalais vendu en France afin d'aider au financement des travaux à venir.

Actions entreprises
1)Séjour de découverte en France (mise en place d'un jardin maraîcher scolaire chez nos correspondants à Linguère).
2)Débats (correspondance scolaire, émission de radio).
3)Travaux manuels et techniques (conception et création d'objets divers, machines réalisées à partir de produits de récupération).

Méthodes pédagogiques
Activités de terrain en extérieur (études de milieu, sortie nature)
      50  %
Activités de recherche en salle, expérimentations, exposés       20 %
Activités technologiques       20  %
Rencontres avec des professionnels, des spécialistes       10  %

Prolongements
Reconduction du projet pour un cycle de 3 ans (de la classe de 5è à la classe de 3è).

Partenaires extrascolaires
Aide et Action, ONG : aide technique et logistique
Rencontres et Racines (Collectivité locale) : participation financière
Ateliers des Bains Douches (Association) : aide technique et logistique
Radio France Belfort (Entreprise) : aide technique et logistique

Classes ou tranches d'âges
Collège, 5è à 3è.

Effectif
72 élèves.

Durée
3 années scolaires à raison d'une moyenne de 1 heure par semaine pendant 1 semaine à partir d'octobre 1996 jusqu'à juin 1999.

Budget
87 715 FF.

Origine et part de l'autofinancement
Actions organisées par les élèves : 70%.

Structure d'accueil
Collège Jacques Courtois
Rue du Doubs
25190 Saint-Hippolyte
Tél : 03 81 96 55 75
Fax : 03 81 96 58 41

Responsable
Monsieur Thierry ALBERTI
31, rue Neuve
25310 Blamont
France
Tél : 03 81 35 11 61
Fax : 03 81 35 11 61

Fonction
Professeur d'EPS

 

Entraide franco-sénégalaise

  Après deux années de correspondance sur le thème de l'eau, des collégiens de Saint-Hippolyte, dans le Doubs, et leurs homologues Sénégalais de Linguere ont décidé de passer à l'action. Objectif : créer un jardin maraîcher dans le collège du Sénégal. Un projet qui étonne autant par son ambition et sa créativité que par sa méthode, où l'essentiel des responsabilités est assumé par les élèves.

Ce n'est pas une classe comme les autres : accompagnés pendant trois ans, de la cinquième à la troisième, par la même équipe de professeurs volontaires, ses élèves suivent une scolarité orientée autour d'un projet d'éducation à l'environnement. L'expérience avait déjà été menée une première fois avec les Innus du Québec, et s'était achevée par un voyage au Canada. Avec la nouvelle classe, le projet a porté, au Sénégal, sur le thème "l'eau, trop ou pas assez". Après les échanges est venue l'idée d'une action commune. Et, responsabilisés, les élèves ont développé des trésors d'imagination pour le succès de leur entreprise, jusqu'à gagner un concours de création de machines...

Entretien avec Thierry Alberti, professeur d'éducation physique et sportive

Commençons par une question simple : comment est né le projet "Entraide Franco-Sénagalaise" ?
La question est simple mais la réponse l'est moins ! Je suis professeur d'EPS spécialisé dans les activités de pleine nature : VTT, escalade, parapente... Toutes ces activités sont liées au paysage. Avec l'association sportive et d'autres professeurs, nous avons organisé des stages pluridisciplinaires qui associent activité physique et étude de l'environnement. Le premier a été "Volons au secours de la nature" où, en plus de l'activité parapente, nous avons étudié l'influence de l'homme sur le paysage depuis 100 ans. Le second a été un stage d'escalade du Mont Pourri, dans la Vanoise. Le slogan, toujours choisi par les élèves, était : "Ascension du Mont Pourri, pour que la nature ne le devienne pas". C'est sur ces bases que nous avons créé une classe expérimentale d'éducation à l'environnement avec huit enseignants bénévoles, sans aide du ministère mais avec le soutien de la direction et des parents d'élèves. Cette classe fonctionne par cycle de trois années, de la cinquième à la troisième. Nous avons trouvé des correspondants au Canada, les Innus du Québec, cousins des Innuit. Notre objectif était de comparer nos expériences d'éducation à l'environnement et d'impliquer les élèves dans une action concrète. Après deux années de correspondance, nous avons voyagé là-bas, réalisé un montage audiovisuel et, grâce au soutien de nombreux illustrateurs, édité un recueil de dessins. Nous voulions refaire quelque chose de semblable avec le Sénégal.

Quelles ont été les grandes étapes du projet ?
Pour faire simple, cette fois, je dirais qu'il y a eu un an et demi de correspondance, six mois pour décider de notre action, et un an pour le voyage et sa préparation.

Comment est venue l'idée d'un jardin maraîcher ?
Nous avions plusieurs exigences quant à l'action que nous souhaitions mener. D'abord, il fallait impliquer les élèves des deux continents, ensuite nous ne voulions pas "donner" sans réflexion sur le devenir du projet. Notre idée est de laisser les solutions émerger des élèves, pas de les imposer. Finalement, parmi toutes les suggestions, c'est l'idée du jardin maraîcher qui a été retenue. Nos amis de l'ARNAF, une association de Sénégalais en France, nous ont beaucoup aidés à comprendre les attentes de l'autre continent. Le jardin comporte trois aspects : d'abord la récolte des fruits et légumes qui seront vendus sur le marché de Linguere pour payer les frais de fonctionnement du jardin, essentiellement l'eau. Ensuite, il constitue un outil pédagogique pour les travaux et les expérimentations des élèves. Enfin une pépinière, travaillée en partenariat avec l'Office national des Forêts du Sénégal, permet de cultiver des essences utiles contre la désertification et des plantes médicinales.

Vous avez réussi à mener tout cela à bien ?
Le temps du séjour était limité. Michel Boillot, de l'ONG Aides et Action, nous a permis de définir avec précision et réalisme le but de notre voyage. Nous avons décidé d'installer, avec les élèves Sénégalais, un grillage tout autour du jardin. Cette clôture est nécessaire pour barrer l'accès aux animaux en errance, notamment les chèvres. Nous devions apporter le grillage et des outils, et les Sénégalais préparer les piquets. Ce qui, dans une région semi-désertique, est beaucoup moins évident que nous le pensions, nous qui vivons dans une région trop boisée... Là-bas, trouver un simple bout de bois est problématique !

Vous semblez aussi attentif à la méthode qu'au résultat...
Tous les élèves étaient d'accord sur la notion d'entraide, qui s'oppose nettement à l'assistanat. Nous ne voulions pas distribuer d'argent sans projet précis. Après notre voyage et le démarrage du projet, nous avons acheté sur place de l'artisanat sénégalais, que nous avons revendu en France à leur profit. Nous étions sûrs de l'utilisation. Le bénéfice total était de 5 000 F, ce qui représente beaucoup d'argent au Sénégal !

Et comment s'est passé le voyage en lui-même...
Ce fut extraordinaire. Après l'arrivée à Dakar et une journée de taxi-brousse, nous sommes arrivés de nuit à Linguere. Tout était calme, l'accueil était discret, nous avons marché une centaine de mètres, et là, tout à coup, nous nous sommes retrouvés au milieu d'une centaine de jeunes Sénégalais en habit traditionnel, qui ont commencé à chanter pour nous souhaiter la bienvenue ! La surprise a été totale... et l'émotion forte ! Le travail de pose du grillage s'est bien passé. Les élèves de chaque pays se sont véritablement découverts les uns les autres. Je crois que ces adolescents ont des leçons à donner à beaucoup d'adultes. Depuis le voyage, des correspondances particulières sont nées entre les élèves des deux continents. À la fin du séjour, il y a eu une énorme fête avec des danses traditionnelles. Ce n'était pas seulement du spectacle, ces danses étaient pleines de significations qu'ils nous expliquaient. Nous avions prévu un petit spectacle sur les arts du cirque, avec des diabolos et d'autres acrobaties. Les petits Français ne se sont pas dégonflés : ils ont joué devant un public d'au moins mille personnes !

Quel voyage... mais comment a-t-il été financé ?
Par des actions menées avec les élèves. Des fonds ont été trouvés en organisant une marche internationale, par la réalisation d'un parcours pédagogique de randonnée, en lavant des voitures... et grâce au festival "Rencontres et Racines" d'Audincourt. Et c'est avec les jeunes que le voyage a été préparé : vols, hébergement... Quand on les sollicite, on ne soupçonne pas les ressources qu'ils peuvent mettre en oeuvre. Concrètement, le voyage coûtait 5 600 F par personne, et nous ne voulions pas dépasser 2 000 F à débourser par famille. Sinon, on ne partait pas. Finalement, le coût a été de 600 à 1 500 F par personne.

La sanction est sévère en cas d'échec !
Nous avons un système que nous appelons le dépôt de bilan, car cette classe fonctionne un peu sur le modèle d'une entreprise gérée par les élèves. Si on n'arrive pas à réunir les fonds, à organiser le voyage, on dépose le bilan, on arrête. Nous avons étendu ce principe à des actions individuelles des élèves : il fallait tenter des actions et en réussir un certain pourcentage pour faire partie du voyage. C'est dur peut-être, mais c'est une proposition présentée et votée à l'unanimité par les élèves. Et sinon il n'y a pas de responsabilité !

C'est grâce aux élèves que ce projet a réussi alors...
Et au soutien de tous ! Nous sommes partis avec Joël Brenot, ouvrier d'entretien du collège, qui nous a aidés sur beaucoup de points du projet. Depuis le début nous avons eu l'accord et l'appui d'Alain Erard, principal, et de toute l'administration. Je le souligne parce que, pour avoir connu plusieurs établissements, je puis vous assurer que c'est exceptionnel ! C'est ce tout qui a fait que le projet a pu aboutir.

Avez-vous rencontré des difficultés ?
L'expérience avec les Innus nous avait enseigné que nous manquions de communication autour du projet, notamment pour réunir des fonds. Afin d'attirer l'attention, nous avons réalisé une première machine, disposée dans le collège, qui symboliquement faisait circuler de l'eau entre la France et le Sénégal. Devant le succès rencontré, nous avons réalisé une deuxième machine, fabriquée avec des objets de récupération de l'industrie locale et le concours des Bains Douches, une compagnie qui monte des décors. Cette machine, Une classe ouverte sur le monde, a obtenu le prix "Centre d'Art et de Plaisanterie", du concours international "Les machines rient", doté de 2 500 F. Nous avons aussi monté un petit film qui expliquait notre projet et que nous avons envoyé à diverses entreprises. Mais nous n'avons rien obtenu. Paradoxalement, je crois que nous ne savons toujours pas communiquer efficacement pour trouver des sponsors. En tout cas, beaucoup de nos efforts n'ont pas porté leurs fruits.

Toute cette expérience a dû être extraordinaire pour vos élèves... que pensez-vous qu'ils vont en retirer ?
L'expérience a été très forte, mais il faut rester modeste sur les résultats. La plupart ont développé un grand sens de l'initiative, de la responsabilité et ont acquis confiance en eux. Mais je crois surtout que les graines semées germeront dans plusieurs années...

Ce qui a surtout séduit le jury
C'est un véritable projet international, avec un partenariat entre deux établissements scolaires, en France et au Sénégal.
La pédagogie du projet, très ambitieuse et très aboutie, a été mise en oeuvre pendant trois années. Bonne initiation au fonctionnement d'une équipe grâce à une répartition des tâches perfectionnée. Les jeunes, ainsi que le soulignent tous les témoins, se sont emparés du projet.
Une idée très originale a été trouvée et appliquée : réaliser un objet pour faire parler de l'action menée.


Les AE… Dans le départementEn FranceDans le monde.


Haut de la page - Le Recensement des AE - Les Actions Educatives - Agir ! - Sommaire

Dernière mise à jour : le 28 septembre 1999