Actions Educatives pour la Nature et l'Homme
Vingt mille yeux sous nos pieds
Année
1998-99

Académie ou région
Nantes

Inspection académique
Vendée

Nature de l'action éducative
Projet d'établissement.

Thèmes dominants
1) Faune.

Initiateurs du projet
M. Alain Bourasseau, Professeur d'école maîtrise du projet, M. Freddy Poiroux, Professeur d'école - programme informatique, Mme Florence Nargeot, Entomologiste du Muséum de Nantes.

Objectifs pédagogiques
Avoir une démarche scientifique réelle.
Etre capable de synthétiser des informations.
Pouvoir faire des panneaux clairs et attrayants.
Pouvoir expliquer oralement à un public d'adultes le sujet traité.
Appropriation de l'outil informatique.
Créer des liens entre enfants, travail de groupe.
Créer un dynamisme au sein de la classe fédérée sur un projet de groupe.

Résumé et étapes
Apport d'insectes à l'école par le maître de maternelle et élevage de phasmes, grillons (septembre 97).
Septembre-octobre 98 : apport de mantes à l'école qui ont la bonne idée de faire quelques oothèques.
Recherche d'insectes aux alentours immédiats de l'école.
Recensement des sujets d'étude (mimétisme, reproduction, habitat...).
Recherche de documents (médiathèque, bibliothèque...).
Premières synthèses.
Venues de Mme Nargeot, entomologiste.
Préparation exposition (panneaux, informatique, élevage).
Exposcience 99 (régionale à St-Jean-de-Monts).
Exposition à la médiathèque de Challans.

Actions entreprises
1) Observations et expériences scientifiques.
2) Exposition (panneaux d'information, participation Exposcience 99, photographique).
3) Travaux manuels et techniques (réalisation d'insectes en carton, bois...).

Méthodes pédagogiques
Activités de recherche en salle, expérimentations, exposés
      50 %
Activités de terrain en extérieur (études de milieu, sortie nature)       20  %
Rencontres avec des professionnels, des spécialistes       20  %
Visites d'exposition, musées, centres de recherche       10 %

Prolongements
Etude de la faune de la mare (larves d'insectes) en partenariat avec Mme Nargeot, visite du Muséun de Nantes.

Partenaires extrascolaires
Rectorat de Nantes (Organisme public) : participation financière
Muséum de Nantes (Musée) : animation scientifique, documentation
Conseil Général 85 (Collectivité locale) : participation financière
Association Parents d'Elèves (Association) : hébergement
Fondation Nicolas Hulot (Association) : participation financière

Classes ou tranches d'âges
Primaire, CM1 CM2.

Effectif
31 élèves.

Durée
De 3 à 6 mois à partir d'octobre 1998 jusqu'à juin 1999.

Budget
Moins de 5 000 FF.

Origine et part de l'autofinancement
Fonds école: 50%.

Structure d'accueil
Ecole primaire publique
Place Emile Gaborit
85300 Sallertaine
Tél : 02 51 93 03 45
Fax : 02 51 93 03 45

Responsable
Monsieur Alain BOURASSEAU
La Saulzaie
85300 Sallertaine
France
Tél : 02 51 93 16 87

Fonction
Professeur d'école

 

Vingt mille yeux sous nos pieds

  Passées les premières réticences liées à leurs méconnaissances, les élèves de CM de l'école de Sallertaine (Vendée) ont fait de leur classe un véritable refuge pour insectes.

Passionné et curieux de tout ce qui touche à la nature, Alain Bourasseau, professeur d'école à Sallertaine, a initié ses élèves de CM1-CM2 à l'entomologie. Munis de filets et de petites boîtes, les enfants partent ainsi à la "chasse" aux insectes. Mouches, sauterelles et autres scarabées se retrouvent ensuite sur les bancs de l'école pour de minutieuses séances d'observation. Toute leur histoire, de leur éclosion à leurs dernières métamorphoses, est relatée à travers de nombreux textes et croquis réalisés par les enfants. Une partie de leur étude a été compilée dans un dossier, primé lors de l'exposcience régionale 99 (du 25 au 28 mars 1999 à St-Jean-de-Monts).

Entretien avec Alain Bourasseau, instituteur à Sallertaine

Les enfants ont-ils tout de suite adhéré à l'étude des insectes ?
L'idée m'est venue lors d'une sortie en pleine nature. Alors que nous venions de croiser une sauterelle, une de mes élèves m'a déclaré qu'elle n'en avait jamais vue. J'étais sidéré ! Il m'a alors semblé essentiel de leur faire étudier les insectes en classe. J'avais un peu peur d'un éventuel rejet chez certains ; mais ils se sont tous rapidement pris au jeu.
A travers cette étude, je me suis rendu compte que les enfants n'avaient pas l'habitude d'observer. Un de nos terrains de recherche se trouve à 200 mètres de l'école, à la limite entre le bocage et le marais, zone privilégiée pour trouver de nombreux insectes. Pourtant, la première sortie a failli être un véritable fiasco. Au départ, tête en l'air, ils ne voyaient aucun insecte. Il a fallu que je leur suggère de s'accroupir et, à partir de là, peu à peu, ils ont fini par en voir un, deux, puis une multitude d'autres. Sur le chemin du retour, ils en voyaient partout, sur les murs, les feuilles... toute une vie dont ils n'avaient pas soupçonné l'existence à l'aller. Notre chance a été de trouver des mantes religieuses qui ont eu la bonne idée de faire des oothèques (coque contenant les oeufs), ce qui a particulièrement intéressé les élèves. Au grand dam de certaines mamans qui en ont assez de voir courir ces charmantes petites bêtes dans la chambre de leurs enfants. Dernièrement, l'une d'entre elles m'a fait part de ses craintes. Je lui ai annoncé que le thème de l'année prochaine allait porter sur les serpents : elle a fini par me dire qu'au fond, les insectes, ça n'était pas si terrible ! Dans l'ensemble, je dois admettre que les parents commencent à s'habituer à nos histoires.

Aviez-vous des compétences particulières dans le domaine ?
Je suis moi-même entomologiste amateur depuis mon plus jeune âge. Lorsqu'on a décidé d'étudier les insectes en classe, je m'étais dit qu'il n'y aurait sûrement pas de problèmes, que je maîtrisais le sujet. Puis, au fur à mesure, je me suis rendu compte que j'ignorais beaucoup plus de choses que je n'en connaissais. J'ai commencé à ne plus pouvoir répondre aux trop nombreuses questions des élèves liées, notamment, à l'identification des différentes larves découvertes au hasard de leurs balades. Ils avaient du mal à admettre que je ne sache pas tout. J'ai été rassuré lors de la venue d'une spécialiste du Muséum d'Histoire naturelle de Nantes. Elle nous a expliqué qu'il fallait des années d'études par espèce pour être à même d'en distinguer toutes les nuances.

Avez-vous rencontré d'autres difficultés ?
D'ordre technique essentiellement. Lorsque nous avons tenté d'illustrer notre documentaire informatique avec nos propres photos, nous nous sommes rendu compte que notre matériel n'était pas assez performant pour photographier les insectes dans le détail. Ils étaient décidément trop petits !

Votre démarche va-t-elle au-delà de la simple observation ?
Cette étude peut être considérée comme interdisciplinaire, dans la mesure où elle est abordée à travers les mathématiques, la rédaction d'un livret documentaire, des dessins, la mise au point d'un schéma électrique pour la construction d'un jeu vrai-faux sur les insectes et la géographie (répartition des espèces)...
À travers la manipulation d'insectes petits et fragiles, il a fallu apprendre aux enfants à respecter la vie, leur faire comprendre qu'ils sont vivants et qu'il ne faut pas les laisser mourir de faim ou de soif. Lorsqu'un élève ramène un spécimen que nous avons déjà, je l'invite à le remettre en liberté. L'étude de la chaîne alimentaire a permis également de montrer que les insectes n'étaient pas si détestables que ça, même si ce n'est pas toujours agréable de se faire piquer par un moustique. Lorsque cela arrive, il est "normal" d'avoir le réflexe de taper dessus, mais de là à lui arracher les pattes ou les ailes... C'est pourtant ce qu'ont tendance à faire beaucoup d'enfants.
Je trouve que l'éducation à l'environnement est fondamentale. Aujourd'hui, nous avons du mal à trouver quelques insectes et, si ça continue comme ça, il y en aura de moins en moins. Je me souviens, lorsque j'étais petit, je voyais beaucoup plus de papillons que maintenant. C'est dommage car cela vaut vraiment la peine de se pencher dessus.

Êtes-vous satisfait du résultat ?
En terme de sensibilisation oui, même trop ; nous sommes victimes de notre succès. Je suis parfois obligé de dire stop ! Entre le grillon qui chante, les élèves qui m'interpellent à n'importe quel moment pour me montrer la chrysalide de leur papillon en train de percer, etc. Ils ont quand même compris qu'ils n'avaient pas intérêt à s'occuper de leurs insectes en pleine dictée s'ils ne voulaient pas attraper le cafard. Par ailleurs, l'étude a donné un certain dynamisme à la classe, nous a permis de rencontrer des gens intéressants, et a valorisé notre établissement.
L'année prochaine, c'est un collègue qui prendra mes élèves en charge. Dans la continuité de ce travail, il devrait introduire les arts plastiques et l'étude des insectes sociaux (fourmis, abeilles...), ce qui lui permettra d'aborder l'instruction civique sous un angle original.

 

Muriel (11 ans) n'a plus peur des p'tites bébêtes !

Quelle a été ta réaction lorsque Monsieur Bourasseau vous a annoncé que vous alliez étudier les insectes ?
J'étais très intéressée. Mais il faut quand même dire qu'avant, lorsque je voyais un insecte, je fuyais. Maintenant, ça va... La première sortie, d'abord, nous n'avons rien vu, mais sur le chemin du retour, nous avons vu plein d'insectes. Il faut avoir l'oeil !

Comment tes parents ont-ils réagi ?
Il disent qu'il y en a trop à la maison.

Sa maman témoigne :
Lorsqu'elle a commencé à collectionner les insectes, Muriel a eu la bonne idée de les mettre dans sa chambre. Un soir, j'ai entendu un grand cri. Affolée, elle m'a expliqué que son scarabée des roses s'était échappé et qu'elle avait peur qu'il grimpe sur son lit la nuit. Elle a quand même fini par s'endormir et l'a retrouvé deux jours après dans un sachet de bonbons...

Quels sont tes insectes préférés ?
Les papillons et les coléoptères.

Pourquoi ?
Les papillons parce qu'ils sont pleins de couleurs ; c'est magnifique. Les coléoptères, je ne sais pas pourquoi (rires...).

Parce qu'ils sont marrants ?
Oui.

Muriel doit quitter définitivement la France pour l'Amérique. Mais elle a promis à son instituteur que là-bas, elle ramasserait des chenilles et des papillons et qu'elle les lui apporterait.

Ce qui a surtout séduit le jury
L'aspect pédagogique : découverte d'une démarche scientifique réelle, capacité de synthétiser les informations et de les retranscrire oralement à un public adulte, familiarisation avec l'outil informatique et apprentissage du travail en groupe.
La solidité du partenariat.
Le budget limité.


Les AE… Dans le départementEn FranceDans le monde.


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Dernière mise à jour : le 08 octobre 1999