Interviews sur l'air
"Vivre de l'air du temps"

France Redon nous présente un lieu unique et original, la Maison de l’air de Paris. Robert Delmas, Directeur de Recherches au CNRS, nous parle des travaux du Laboratoire de glaciologie et géophysique de l’environnement de Grenoble, pionnier dans l’étude des carottes glaciaires, archives de l’atmosphère et du climat de la planète.

FRANCE FREDON
Responsable de la Maison de l’Air de Paris

Pourquoi une Maison de l’Air à Paris ?
Cette structure de la ville de Paris s'inscrit dans la politique de sensibilisation menée par la ville pour faire découvrir aux parisiens la richesse de leur patrinoine naturel. Le service Paris-Nature, voué à l'éducation à l'environnement, propose aux jeunes et moins jeunes des lieux qui présentent un ou plusieurs aspects de la richesse naturelle qui nous entoure. L'air est l'élément vital de notre milieu : il convient de le comprendre afin de mieux le protéger.

Qu’est-ce qui a été déterminant pour sa création ?
Le site se prête parfaitement au sujet, de même que le bâtiment dont la longue façade ondulée est entièrement vitrée. La terrasse, à 128 mètres d'altitude, est un observatoire idéal. Installée dans le parc de Belleville et juchée sur un des points
culminants de la capitale, la Maison de l'Air offre un remarquable panorama de Paris. Ce site permet de bien observer la ville, son ciel, les phénomènes atmosphériques, éventuellement le dôme de pollution.

Quelles sont les personnes qui ont planché sur le projet ?
L'équipe de Paris-Nature ayant en charge l'élaboration des nouveaux projets a conçu cette structure avec l'aide, pour la scénographie et la réalisation, de Benoît Coquard et Takao Hiraï (architectes-designers). Des organismes spécialisés ont apporté leurs compétences : Airparif, association pour la surveillance de la qualité de l’air en Ile-de-France ; le laboratoire central de la préfecture de police ; Météo-France ; le Muséum d’Histoire naturelle ; l’Agence De l’Environnement et de la Maîtrise de l’Energie (ADEME) ; le CNRS et le Centre d’Information et de Documentation sur le Bruit (CIDB).

Connaissez-vous en Europe ou dans le monde une réalisation semblable ?
A notre connaissance, la Maison de l'Air est unique. Elle présente l'air dans sa globalité, sous toutes ses facettes. Malgré le caractère scientifique et technique des thèmes abordés, les informations sont attractives et accessibles à tous.

Comment pouvez-vous définir l’intérêt pédagogique de la Maison de l’Air ?
Le visiteur suit un parcours qui le familiarise avec l'air qui nous entoure et qui l'amène à appréhender les problèmes de pollution. L'air est un milieu complexe : milieu physique, milieu de communication et milieu de vie. La finalité recherchée est des susciter une attitude responsable grâce aux étapes suivantes : s'informer, connaître, comprendre, agir. Les activités proposées aux scolaires et périscolaires de Paris amènent les enfants à acquérir un bagage de comportement en faveur de la protection de l'air. "On aime bien ce que l'on connaît, on respecte ce que l'on aime".

Maison de l'Air de Paris - 27 rue Piat - 75020 Paris - Tél. : 01 43 28 47 63 Fax : 01 43 49 28 02

ROBERT DELMAS
Directeur de recherche au CNRS de Grenoble

Vous avez dirigé le Laboratoire de Glaciologie et géophysique de l’environnement de Grenoble de 1989 à 1996. Vous y poursuivez vos activités de chercheur. Quelle est l’originalité de ce laboratoire ?
Celui de rassembler des spécialistes de différentes disciplines. Il est né en 1971 de la fusion de deux groupes : celui sur la mécanique des glaciers alpins, créé dans les années 60 par le Pr Lliboutry, et celui que Claude Lorius avait rassemblé autour de lui à Paris et qui avait l’Antarctique pour terrain d’expérience.

Vous avez été un des pionniers de la “glaciochimie”
Ce néologisme signifie en fait que nous utilisons la composition de la glace pour retracer l’évolution du climat et de l’environnement atmosphérique de la Terre. Ces recherches démarrèrent il y a une trentaine d’années. Le Danois W. Danfgaard, avait montré que l’on pouvait “remonter” aux températures de formation de la neige dans le passé à partir de la composition isotopique de la glace. Par la suite, on a entrepris l’analyse chimique des carottes de glace.

Comment l’analyse de la glace peut être utile pour comprendre les phénomènes atmosphériques ?
Un de nos résultats les plus marquants a été de démontrer, à la fin des année 70, quasi simultanément avec nos collègues Suisses de Berne, qu’à partir des bulles d’air emprisonnées dans la glace, on pouvait trouver la teneur en gaz carbonique des atmosphères passées.

Quelles sont les autres informations que l’on peut lire dans la glace ?
La glace nous informe sur ce qui s’est passé sur Terre au cours des dernières centaines de milliers d’années. Outre des informations sur la température de précipitation, on obtient, en extrayant les bulles d’air, des indications sur les concentrations des gaz de l’atmosphère. Par l’analyse des impuretés de la glace, on a des renseignements sur les impuretés solides ou liquides véhiculées par les vents. Une des réussites du Laboratoire de Glaciologie a été de découvrir que la composition de l’atmosphère a changé parallèlement aux grandes variations climatiques. Pendant les périodes glaciaires, l’atmosphère était fortement appauvrie de gaz carbonique, ce qui entraînait une forte réduction de l’effet de serre. De telle informations sont précieuses pour évaluer l’impact des émissions d’origine anthropique sur l’évolution du climat de notre planète dans le futur.

Comment pouvez-vous dater ces informations ?
Il existe plusieurs méthodes pour dater les carottes de glace. Pour les couches récentes, on peut se servir de paramètres qui varient de façon saisonnière. Par exemple, la composition isotopique de la neige varie très sensiblement entre été et hiver. Cela permet de remonter dans le temps en décomptant les saisons et les années depuis la surface. Mais de telles variations s’estompent avec la profondeur.
Au Groenland, elles permettent difficilement de remonter au-delà de 2 000 ans. Les variations de teneur en poussières (les étés en contiennent plus que les hivers) sont plus performantes puisqu’elles permettent d’atteindre 15 000 ans. Plus en profondeur, il faut utiliser les lois de tassements de la glace : sous leur propre poids, les couches s’amincissent progressivement et fluent. La modélisation mathématique permet de quantifier ces phénomènes et de dater les carottes profondes avec une précision satisfaisante (environ 10% vers 200 000 ans). Les tests nucléaires des années 60, qui ont augmenté la radioactivité atmosphérique, et les grandes éruptions volcaniques du passé (quand elles sont datées), qui ont injecté des millions de tonnes d’acide sulfurique dans l’atmosphère, ont créé des horizons repères (pic de radioactivité ou d’acidité suivant le cas) parfois très utiles pour établir une chronologie précise des couches de glace. Il est recommandé en général de combiner plusieurs méthodes de datation.

Jusqu’à quelle profondeur sait-on ou peut-on carotter ?
Le carottage de Vostok, en Antarctique, vient de battre en janvier dernier le record mondial de profondeur avec 3348 m, ce qui fait remonter à plus de 400 000 ans. On espère pouvoir dépasser bientôt les 500 000 ans…

CNRS - Laboratoire de glaciologie et géophysique de l'environnement - 54 rue Molière - Domaine Universitaire - BP 96 - 38402 St-Martin-d'Hères cedex - Tél. : 04 76 82 42 00 - Fax : 04 76 82 42 01

 
Dernière mise à jour : le 8 septembre 2000