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ROBERT DOUILLET
Ingénieur agronome, co-organisateur du 1er marché de la biodiversité méditerranéenne
Dans quel cadre menez-vous votre activité ?
Je fais partie dun collectif à but non lucratif constitué de sept agronomes, Geyser. Cet organisme a pour but de monter des projets en interface entre lagriculture et lenvironnement. Il a pour interlocuteurs les collectivités locales, en France et en Europe.
Comment avez-vous eu lidée de ce marché ?
Lidée est née dune rencontre, celle de Michèle Barrière, qui a un savoir-faire en matière de manifestations grand public, et de Geyser au sein de Page-Provence (Patrimoine génétique-Provence), association qui regroupe un certain nombre dacteurs qui sintéressent à la biodiversité.
Comment êtes-vous passé à léchelle méditerranéenne ?
En 1992, Geyser a organisé les Premières rencontres méditerranéennes sur le patrimoine génétique et les savoirs populaires. Huit pays du pourtour méditerranéen se sont réunis pour discuter du patrimoine génétique domestique en liant la notion de patrimoine écologique à celle de patrimoine culturel. A la suite de ces rencontres, sest formé un réseau, Rémerge (Réseau méditerranéen sur les ressources génétiques) qui a constitué la participation étrangère au marché.
Quest-ce qui caractérise ce réseau ?
Il est constitué par des organisations, gouvernementales ou non, qui travaillent sur la valorisation et la conservation de la biodiversité dans leur pays. Par exemple, luniversité dIzmir, en Turquie, ou lInrat (Institut de recherches agronomiques tunisien). Plusieurs associations sont venues nous rejoindre, telle lAssociation de Réflexion dEchanges et dAction pour lEnvironnement et le Développement en Algérie. Cest lune des premières fois quun réseau arrive à lier le monde institutionnel et le monde non institutionnel. Chacun des membres est persuadé que pour valoriser et sauvegarder le patrimoine génétique domestique, il faut, en parallèle, valoriser le savoir populaire qui lui est lié.
Quels sont les objectifs du marché biologique de la Méditerranée ?
Lun des plus importants est de sensibiliser le grand public et les décideurs locaux et économiques à la notion de biodiversité méditerranéenne et à ses menaces dérosion. Nous souhaitons par ailleurs, renforcer les liens entre les deux rives de la Méditerranée.
En matière de biodiversité, quel est le rôle du grand public ?
Nous travaillons sur la conservation. Mais ce qui nous intéresse, cest la valorisation quelle implique. Et lon conservera la biodiversité domestique par lintermédiaire des particuliers. Nous croyons aux petits créneaux du marché local. Noublions pas que si certaines variétés ont disparu, cest souvent parce quelles se conservaient mal. Si les gens consomment différemment, ils participeront à la remise sur le marché de certains produits qui, sinon, disparaîtront.
Qua-t-on pu voir sur ce marché ?
Les producteurs et les représentants des divers pays ont exposé leurs produits bruts et transformés, par exemple des jus de fruits et des confitures. Un jardin potager avait été créé pour présenter la biodiversité méditerranéenne. On y trouvait, par exemple, une vingtaine de variétés de menthes ; différentes variétés darbres fruitiers ; des roses anciennes, grâce à la présence des conservatoires botaniques de Porquerolles et de Gap Charance ; des gerbes dépeautres ; des pistoles, ces prunes que les anciens faisaient sécher au soleil, qui faisaient la richesse de la Provence il y a deux siècles et qui ont disparu. Une partie des produits était exposée, une autre partie vendue ou destinée à la dégustation. On pouvait obtenir des contacts pour trouver des graines. En outre, les chercheurs ont pu se retrouver dans des ateliers-réflexion et plancher, notamment, sur les enjeux de la protection de la biodiversité, ses contraintes économiques et son éthique.
Quels sont vos projets à lissue de cette manifestation ?
Nous aimerions que, dans le cadre de ce réseau Rémerge, des collègues étrangers soient tentés de reproduire lopération sur la rive sud de la Méditerranée.
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CHRISTIAN LÉVÊQUE
Directeur de recherches et délégué à lenvironnement de lIRD
Comment devient-on expert en biodiversité ?
Je suis spécialiste en écologie aquatique et je me suis intéressé à la diversité biologique à travers limpact des activités humaines sur la biodiversité des fleuves et des lacs, de préférence en milieu tropical où jai longtemps travaillé.
En quoi les poissons peuvent-ils servir de modèle pour étudier la biodiversité ?
Une fois que lon a défini les concepts et les grands objectifs, il faut passer à des choses plus concrètes. Jessaie de promouvoir au niveau national et international lidée que le poisson, et plus particulièrement le poisson des eaux douces, est un excellent modèle pour aborder les questions relatives à lorigine et à la dynamique de la biodiversité mais également aux impacts des activités humaines et aux questions de conservation. On observe chez les poissons une grande variété de comportements biologiques et écologiques. De plus, ils constituent une ressource économique pour la plupart des pays du monde. Dautre part, ils sont utilisés dans la recherche sur les transferts de gènes. Enfin, le poisson est un excellent indicateur biologique de la qualité des milieux aquatiques.
Jajouterai quil existe environ 40 000 espèces de vertébrés, dont 10 000 espèces de poissons deau douce. Si lon tient compte du fait que les eaux douces sont indispensables à de nombreuses espèces doiseaux, de reptiles, de batraciens et de mammifères pour accomplir leur cycle biologique, on peut estimer que 35 à 40% des vertébrés sont étroitement inféodés aux milieux aquatiques continentaux alors que ces derniers représentent moins de 2% des terres émergées.
La biodiversité est-elle dépendante de la systématique ?
Réduire la biodiversité à linventaire des espèces est plus quabusif. Il ne sagit pas dun nouveau nom pour qualifier ce que lon sait faire depuis lontemps en génétique, en systématique ou en écologie. Ce sont les interrelations entre les niveaux génétiques, spécifiques et écosystémiques de la hiérarchie du monde vivant, qui font loriginalité du concept de biodiversité. Cest également la prise de conscience récente dune disparition massive et rapide des milieux naturels, sous leffet conjugué des activités liées au développement et de moyens techniques de plus en plus puissants, qui a suscité linquiétude des scientifiques et des associations de conservation de la nature. Il sagit donc denvisager au plus vite les moyens denrayer la destruction et la disparition irréversible des milieux naturels et des espèces. Cette perspective de protection et de conservation de la diversité biologique, inscrite dans la convention sur la biodiversité, nous oblige à agir dans lurgence. Il nest pas nécessaire pour cela davoir finalisé linventaire des espèces. La biodiversité est en fait le médiateur des relations entre les sociétés humaines et les milieux naturels, cest-à-dire la partie visible et concrète pour les humains de leurs rapports avec leur environnement. Ainsi, les pollutions ne sont pas toujours visibles, mais on peut apprécier leur importance au travers de leur impact sur la biodiversité. Pour conclure, la biodiversité est donc un concept fédérateur qui englobe dans une approche dynamique différentes disciplines scientifiques isolées jusquici. Mais surtout, la biodiversité est un enjeu fondamental du développement durable qui est une formule de compromis entre le développement et la conservation. Il ne sagit pas de faire de la Terre la grande réserve, mais dutiliser au mieux les ressources vivantes dont nous disposons tout en préservant les potentialités de renouvellement de ces ressources et notamment leurs habitats. Dans ce contexte, la biodiversité est un véritable enjeu de société.
Christian Lévêque - Délégué à lenvironnement de l'IRD (ex Orstom) - 209-213 rue Lafayette - 75480 Paris Cedex 10 - Fax : 01 48 03 75 26.
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