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MICHEL LAMY
Professeur décologie humaine à lUniversité de Bordeaux I
Vous venez décrire : Leau de la nature et des hommes. Pourquoi ce sujet ?
Leau est un sujet fondamental parce quelle na pas délément de substitution. Leau passe par différents états, circule, crée la vie, la fait fonctionner. Et lhomme par ses techniques et les usages quil fait de leau, constitue une menace non négligeable. Cest ce que jai voulu montrer dans mon livre.
Leau cest la vie. Quy a-t-il derrière cette évidence ?
Leau est lun des constituants fondamentaux de la matière vivante. Son taux peut être considérable, puisque des espèces en contiennent jusquà 95%, comme les méduses. Dans lorganisme humain, il y a entre 60 et 70% deau.
Lêtre vivant doit-il maintenir constante sa teneur en eau sous peine de mort ?
Cest la grande caractéristique du vivant : lhoméostasie du système, cest-à-dire sa constance. On absorbe de leau avec les aliments, la boisson, etc. Et puis notre organisme en rejette, avec lurine, les excréments, la respiration et la transpiration.
Dans des conditions difficiles, les êtres vivants sont-ils capables de sadapter ?
On a des cas spectaculaires, par exemple, dans les pays où il existe des alternances entre saisons sèches et saisons des pluies. Lorsque les rivières sont asséchées, certains poissons, les dipneustes, remplacent leur système de respiration branchiale par une respiration aérienne en vie ralentie en attendant que leau revienne. Ils senferment dans la vase, se constituent une logette avec une réserve dair qui les protège.
Et dans les zones désertiques ?
Le dromadaire ou le chameau sont capables de ne pas boire pendant assez longtemps car ils ont développé des mécanismes adaptatifs consistant à ne pas transpirer pendant la journée ou à utiliser leau provenant du métabolisme des graisses, sucres ou autres éléments se trouvant dans leur bosse. En revanche, lhomme nest pas adapté aux conditions extrêmes. Et dès quil est privé deau, il meurt.
Pourquoi lhomme a-t-il si peu de défenses ?
Cest peut-être quil est trop complexe. Plus on est perfectionné, plus on est fragile. Ce sont les espèces les plus frustres qui sont capables darrêter leur développement, de se mettre en état de vie ralentie. En revanche, dans le cas dorganismes très compliqués comme les nôtres, ils ont perdu ces capacités et sont très dépendants du milieu environnant. Même les mécanismes de sensation de soif peuvent être dépassés. Bien sûr, grâce à la technique, à des astuces culturelles, lhomme peut sadapter à la vie dans des régions difficiles.
Dans un de vos précédents ouvrages, vous parlez des espèces adaptées aux températures polaires.
On a découvert les protéines antigel dans les années 1970, chez les poissons de lAntarctique. Ce sont des molécules de petite taille qui abaissent le point de congélation de leau ou du sang rendant la vie de ces poissons possible.
Savoir geler et décongeler sans mourir
cela ouvrirait bien des perspectives
On sintéresse actuellement de très près aux mécanismes adaptatifs qui permettent à des végétaux ou à des animaux de résister au froid, cest-à-dire de résister au fait que leau devienne solide et se transforme en glace. A partir de la découverte des protéines antigel, dautres travaux ont été menés, sur des poissons, bien sûr, mais aussi sur des amphibiens, des reptiles et des insectes chez lesquels on a retrouvé les mêmes types de mécanismes.
Et si lhomme parvenait à maîtriser ces mécanismes ?
Jusquà présent, on a inventé Hibernatus
Mais à part lui et en fiction , on na pas encore la possibilité de congeler et de décongeler un être humain ! On aimerait bien pouvoir congeler des organes entiers mais on ne maîtrise pas complètement les problèmes deau. On sait congeler et décongeler des spermatozoïdes et certains éléments de petite taille. Pour les organes et appareils, on est obligé de faire la transplantation à un instant précis. Ces solutions que le vivant a déjà inventées et que lhomme ne sait pas encore maîtriser sont à lordre du jour. |
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PHILIPPE HARTEMANN
Professeur à la Faculté de médecine de Nancy
À propos des maladies liées à leau
Le fait dapporter de leau, même si elle nest pas de qualité parfaite, est nettement plus positif que de ne pas avoir deau du tout. Cependant, il reste, dans le monde entier, et particulièrement dans les pays en voie de développement, dimportantes pathologies liées à leau dordre microbiologique : bactéries, virus et parasites et de lordre de la chimie toxicologique, cest-à-dire liées à certains produits polluants.
Ces pathologies diffèrent-elles dans les pays développés et en développement ?
Dans les pays en développement, il sagit de pathologies infectieuses. Il y a une panoplie assez large de bactéries qui correspondent à ce que lon appelle le péril fécal : salmonelles, shigelles, Escherichia coli, vibrion cholérique, etc. A cela sajoutent des pathologies virales extrêmement importantes, comme par exemple lhépatite A.
Il y a aussi les pathologies parasitaires
Les parasites se transmettent soit par ingestion soit par contact. Cela entraîne des affections cutanées, plus ou moins impressionnantes, comme par exemple léléphantiasis qui se manifeste par un gonflement des tissus contaminés.
Les pays développés sont plus privilégiés
Côté pays développés, la situation est totalement différente. La pathologie parasitaire est pratiquement inexistante. La pathologie bactérienne par voie dingestion existe uniquement quand il y a des déficits du traitement des eaux. Ou bien par ingestion accidentelle dune eau contaminée non traitée.
Existe-t-il encore des virus dans leau des pays développés ?
Les maladies virales sont beaucoup plus fréquentes que les maladies bactériennes. Cela sexplique par le fait que la qualité du traitement des eaux piscines, boissons est appréciée à partir de la recherche de bactéries indicatrices. Cette notion a été fondée il y a une centaine dannées avec la découverte de la microbiologie. Ces bactéries comme lEscherichia coli, indiquent la présence de bactéries pathogènes dordre fécal. Mais leur éradication ne signifie pas que leau soit parfaitement traitée car les virus et les parasites sont beaucoup plus résistants.
Les problèmes de chimie-toxicologique sont-ils différents au nord et au sud ?
Dans les pays en développement, il sagit dune pathologie de type accidentel : déversement de produits divers qui vont contaminer leau ou, plus souvent, lalimentation. Dans les pays développés, ces pathologies, peu importantes, sont liées à des produits minéraux métaux toxiques ou à des produits organiques.
On parle beaucoup du plomb
Le plomb des canalisations peut se dissoudre dans leau du réseau provoquant le saturnisme.
Dans les pays développés, y a-t-il des problèmes liés à certains usages de leau ?
On a des problèmes liés aux eaux de loisirs non officielles et qui ne sont donc pas contrôlées. Les pathologies par voie cutanée ou digestive augmentent. Par exemple, la leptospirose, que lon appelait avant la maladie des égoutiers. Elle est provoquée par des eaux qui contiennent des leptospires provenant durine danimaux, en particulier du rat.
Si lévolution des techniques peut trouver des solutions aux maladies de leau, elle peut aussi en inventer dautres.
Les maladies de leau suivent lévolution de la civilisation. La climatisation, les jeux deau et les cascades avec des eaux non contrôlées sont susceptibles de produire des aérosols. On y rencontre une bactérie, que lon appelle Legionella. Elle ne pose aucun problème si elle est avalée. Par contre, inhalée, elle provoque des pneumonies (légionelloses).
Dans les pays industrialisés, leau fait-elle lobjet de contrôles draconiens ?
Leau est de très loin laliment le plus contrôlé. Les normes sur leau sont particulièrement sévères. En premier lieu, il existe les périmètres de protection : immédiat, rapproché et éloigné qui correspondent à des zones géographiques définies par un hydrogéologue agréé. Vient ensuite la notion de traitement de leau, que ce soit de boisson, de piscine ou de baignade, dont soccupent des ingénieurs. Et puis la notion de contrôle sanitaire analytique avec des prélèvements réguliers et des analyses. Le tout étant sous la tutelle de ladministration sanitaire. |