Dossier Forêt
"L'arbre dans la ville"

"ON NE REGARDE PAS LES ARBRES EN VILLE !"

L'arbre intervient dans l'amélioration des conditions générales de l'éco-communauté urbaine. Son rôle est multiple : social, psychologique, paysager, politique, etc. L'espace arboré des villes constitue donc un patrimoine économiquement très important. Paradoxalement, nos connaissances scientifiques sur la physiologie des végétaux ligneux* restent très fragmentaires, et il ne nous est pas toujours possible de satisfaire aux questions que se posent les gestionnaires sur l'entretien des arbres (élagage, causes du dépérissement) ou sur les qualités particulières d'une espèce.
Aujourd'hui, nous supposons que certaines essences sont aptes à fixer des métaux lourds, que d'autres retiennent les poussières dans leurs poils épidermiques. Mais nous sommes encore loin de pouvoir dresser un catalogue des capacités des espèces à assainir l'atmosphère urbain.
Afin de connaître les conséquences du milieu urbain sur les ligneux, notre laboratoire aborde le fonctionnement de l'arbre en tant que plante entière grâce à une méthodologie basée sur l'étude des réserves (amidon, sucres solubles). Le stockage de ces réserves est le résultat de l'équilibre entre la photosynthèse* et la consommation pour les fonctions vitales (respiration, croissance, floraison). La quantité et la qualité des réserves sont donc la traduction directe de l'état physiologique de l'arbre. Celui-ci est souvent perturbé par les agressions que subissent les ligneux des villes, mais la réponse de l'arbre à ces contraintes est lente – un arbre atteint par le sel, meurt dix ans après. Il est donc impératif d'intégrer ces facteurs dans les plans de gestion d'une plantation afin de pouvoir avoir une vision à long terme.
Il est aussi important de sensibiliser la population, lui apprendre à regarder – on ne regarde pas les arbres en ville ! La plupart du temps, ils font partie du mobilier urbain – qu'elle réalise que, comme tout être vivant, un arbre naît, vieillit et meurt, qu'une plantation doit être rénovée pour des raisons de sécurité et d'esthétisme et, surtout, pour offrir aux générations à venir des alignements dignes de ce nom.

    Gérard Bory,
    Directeur du laboratoire de Physiologie de l'Arbre à l'université de Paris 7.
    Ce laboratoire est le seul en Europe à se consacrer exclusivement à des travaux de recherches sur la biologie, la physiologie et l'écologie de l'arbre en milieu urbain.

LES CONDITIONS DE L'ARBRE DANS LA VILLE :
principaux facteurs

c Les arbres
en milieu urbain
se trouvent dans
un environnement
très différent de celui de leur milieu d'origine. Ceux qui
ont le plus à souffrir des conditions difficiles sont les arbres d'alignement.
Ils subissent de multiples agressions
et contraintes qui ont pour conséquence principale de voir
leur croissance et leur longévité inférieures
à celles d'individus de la même espèce vivant dans des conditions plus favorables.
c c
L'arbre en ville se caractérise par une couronne contrainte et un système racinaire atypique.
c
Nature
Ville
c
Comparaison schématique de la croissance
de l'arbre dans deux milieux.
c


Facteurs abiotiques*

La concentration des différents polluants présents dans l'atmosphère des villes ne dépasse pas, en général, le seuil de toxicité qui provoquerait la mort des arbres. En revanche, leur action continue et leur combinaison affaiblissent le végétal et augmentent sa sensibilité aux agressions.

    Le dioxyde de soufre (SO2) provenant de la combustion du charbon et du fuel (foyers domestiques, centrales thermiques, etc.) pénètre dans les feuilles par les stomates* dont il stimule l'ouverture, cela entraîne l'augmentation de la transpiration et donc une plus grande sensibilité à la sécheresse.

    Parmi les autres polluants atmosphériques chimiques, on peut citer le nitrate de peroxylacétyle (PAN) et l'ozone (O3). Ces molécules se forment par réaction photochimique entre les oxydes d'azote (NOx), les composés organiques (gaz d'échappement des moteurs) et l'oxygène de l'air. Leur action sur l'arbre se situe surtout au niveau du feuillage qu'ils affaiblissent.

    Les particules, poussières et aérosols qui proviennent de la dégradation de matériaux (bâtiments, pneus, freins, chaussées, etc.) forment une couche sur les feuilles qui gêne l'absorption de la lumière et donc la photosynthèse*. Certaines poussières corrosives peuvent occasionner des lésions de la cuticule foliaire*.

    Les métaux lourds (dont le principal est le plomb, qui vient de la combustion des essences) sont peu absorbés pas les feuilles, ils s'y déposent avec les poussières et sont lessivés par la pluie. Leur accumulation dans les sols n'est pas sans conséquence pour les plantes.

    Pollution par les sels de déneigement : chlorure de sodium (NaCl)

    • Un constat : la concentration en sel, associée à d'autres facteurs, est considérée comme l'une des causes principales de mortalité des arbres en villes.
    • Les symptômes sont semblables à ceux dus à la sécheresse : diminution de la surface foliaire, jaunissement et chute des feuilles, destruction ou non-débourrement* des bourgeons, réduction de la croissance.
    • Les mécanismes d'action :
    -----
    > dans le sol : la présence du NaCl réduit les disponibilités en eau et sels minéraux en bloquant le phénomène d'absorption ou en détruisant les racines par corrosion.
    -----> dans l'arbre : le NaCl est un poison très toxique pour le végétal, il bloque le métabolisme en empêchant certaines réactions enzymatiques vitales.
    • Les conséquences : diminution de l'activité des racines, dérèglement du métabolisme. L'arbre meurt d'épuisement en quelques années.
    • Les moyens de lutte : utiliser des produits déglaçants sans NaCl, construire des murets au pied de l'arbre.

Facteurs édaphiques*

    Nature et structure
    Les sols sont souvent très compactés par le piétinement, le tassement et les vibrations. Ce phénomène entraîne une mauvaise aération et donc une croissance réduite des racines. Cela se traduit par une diminution de la capacité d'absorption de l'eau et des sels minéraux ainsi qu'une réduction des associations symbiotiques (mycorhizes)*. Par ailleurs, les sols urbains ont une nature hétérogène et totalement imprévisible (de par la présence de nombreux matériaux artificiels). Cela conduit à un développement atypique des systèmes racinaires.

    Bilan hydrique
    80 % des eaux de pluies disparaissent dans le réseau d'assainissement. Les revêtements imperméables ne permettent pas le passage de l'eau, mais, en même temps, ils diminuent l'évaporation du sol. En règle générale, les arbres d'alignement ne sont pas arrosés, ils orientent leurs racines vers les zones humides (le chevelu racinaire peut former de véritables manchons autour de certaines canalisations).

    Eléments nutritifs
    Le ramassage des feuilles et brindilles empêche la formation de litière et donc le phénomène de restitution des éléments minéraux (en conditions normales, 80% des sels minéraux retournent au sol après dégradation de la litière* par les micro-organismes). De ce fait, on observe des carences en certains éléments nutritifs et des excès en d'autres, ce qui peut nuire à la croissance des végétaux.

Facteurs anthropogènes*

    Mutilation du système racinaire : très fréquente lors des travaux de voirie. Elle peut provoquer une importante réduction de la croissance, voire, conduire à long terme à la mort de l'arbre.

    Elagages et défoliation :
    l'arbre d'alignement a une occupation de l'espace limité, cela implique qu'il faut contraindre la croissance de sa couronne, mais la taille doit être pratiquée avec discernement. Il faut éviter la coupe de grosses branches car cela occasionne des plaies qui ne se referment pas et entraîne l'installation d'une pourriture qui peu à peu creuse le tronc jusqu'aux racines et conduit à la mort de l'arbre à moyen terme. Il faut aussi préserver les zones d'accumulation des réserves sous peine de déséquilibrer la physiologie du végétal.

Glossaire c • association symbiotique (mycorhize) : association, bénéfique aux deux parties, entre des champignons et les racines d'une plante (les mycorhizes facilitent la fixation des minéraux).
• cuticule foliaire : épaississement de la paroi externe de l'épiderme
• débourrement : sortie de l'état de dormance des bourgeons
• facteur abiotique : qui concerne la matière inerte (en opposition à facteur biotique)
• facteur édaphique : qui concerne le sol
• facteur anthropogène : qui concerne l'être humain
• litière : couche superficielle du sol contenant des débris végétaux de grande taille
• photosynthèse : à partir du gaz carbonique atmosphérique et de l'eau, les plantes vertes réalisent la fabrication des glucides grâce à l'énergie lumineuse emmagasinée par la chlorophylle.
• stomate : formé d'un orifice, limité par deux cellules arquées, il permet les échanges gazeux entre l'extérieur et les tissus sous-jacents
• végétaux ligneux : plante qui forme du bois - arbre (en opposition aux végétaux herbacés)

Cette fiche technique à été élaborée sur les conseils de Gérard Bory

Fiche extraite du Dossier Forêt

 

Dernière mise à jour : le 10 mai 2000