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Interview sur la forêt
"L'arbre dans la ville"
L'arbre, en ville, est porteur de messages. Tout d'abord en tant que symbole de la vie dans un paysage artificiel de béton, d'asphalte, de verre et de métal. Ensuite, par sa beauté née du contraste entre le vivant et l'inanimé. Mais il évoque également le silence dans un univers de bruit. Enfin, il devrait inspirer le respect de la vie. Le mot respect n'étant pas pris ici dans le sens affaibli qu'il a aujourd'hui, mais dans celui de révérence tel qu'Albert Schweitzer l'avait employé en espérant qu'il deviendrait, si l'homme s'humanisait, la base d'une morale nouvelle et d'un essor de l'humanité.
Théodore Monod
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PASCAL MARCHAND
Chargé de mission environnement au SAN de Fos, Istres et Miranas.
Quel rôle a l'arbre dans la ville ?
La perception que nous avons de l'arbre est méditerranéenne : l'arbre c'est de l'ombre. Cette ombre devient un lieu de convivialité, c'est une vision traditionnelle qui est maintenue, notamment au niveau du centre-ville. Il y a aussi, dans le cadre d'un développement urbain lié à notre agglomération nouvelle, la volonté de ne pas faire des blocs de béton et donc d'utiliser la notion d'urbanisme végétal en intégrant le concept de qualité de vie. L'arbre est l'élément de l'espace vert qui lui donne son amplitude, sa dimension. Notre perception, idéologique et politique, est une vision globale intégrant environnement et cadre de vie.
Peut-on noter des changements dans l'arboriculture ?
L'évolution se fait sentir dans la gestion du végétal plutôt que dans le choix des essences. On l'a vu notamment dans les pratiques de tailles : élagage au minimum, taille douce, tandis que l'élagage drastique disparaît. Je crois qu'il faut voir là un changement dans l'attente de la population. Avant, quand il y avait un problème avec un arbre, on coupait. De plus en plus, on nous demande de conserver, même quand un arbre commence à être malade. D'ailleurs, cet attachement à l'arbre nous amène parfois à aller contre l'opinion de la population qui ne comprend pas forcément qu'il faut couper des arbres pour faire évoluer un espace.
Quelles actions de sensibilisation menez-vous auprès de la population ?
L'action typique, notamment vers les jeunes, est la visite des serres municipales et des pépinières. Nous avons aussi développé plus ponctuellement des actions de plantations d'arbres qui ont reçu un très bon accueil. On remarque une très forte demande d'information technique de la population. En 1995, nous aurons un centre d'éducation à l'environnement, ECOSCOPE, qui permettra au public de se documenter et de pratiquer. Je pense qu'une sensibilisation est efficace si elle intègre l'action concrète. Dans le cadre de ce centre nous souhaitons promouvoir l'approche transversale de l'environnement. C'est en voyant les choses globalement que l'on pourra faire évoluer les comportements vers une écocitoyenneté. Le travail qui a été fait sur l'olivier dans toute la Provence illustre bien ce concept de pluridisciplinarité ; l'olivier c'est l'arbre, la culture, la tradition. Et le message est passé puisque tout le monde parle de l'olivier !
SAN (Syndicat dAgglomération Nouvelle) regroupe les communes de Fos, dIstres et de Miramas (70 000 habitants). Son rôle est de planifier les aménagements. Tél. : 04 42 55 08 28.
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CAROLINE STEFULESCO
Auteur du livre "l'Urbanisme végétal", elle travaille depuis 1979 dans l'équipe de la Mission du Paysage du ministère de l'Environnement, en charge du dossier visant à créer des écoles d'élagueurs.
Si vous aviez les pleins pouvoirs pour l'arbre dans la ville, que feriez-vous ?
Paradoxalement, j'en enlèverais beaucoup. Je préfère moins d'arbres et beaucoup mieux plantés, parce qu'un végétal peut donner un volume considérable. C'est le vivant et le temps qui pour moi sont importants. On n'a rien compris au végétal dans la ville si l'on n'intègre pas la dimension du temps. Si l'on apprend aux enfants à regarder le végétal comme un objet fini, on va contre nature. Il faut montrer qu'un arbre, on le plante petit, et qu'il va devenir plus grand. Un arbre naît, vit et meurt, et à un moment donné il faut accepter de l'abattre pour en planter de nouveaux.
L'arbre en ville, à quoi ça sert ?
Pour moi, l'essentiel est de créer des lieux. Sous un arbre, sous une rangée ou sous un couvert d'arbres, il se passe quelque chose. C'est comme si le végétal était apte à créer des pièces de plein air. On peut parler de salons, de halls, de galeries. La frondaison fait toit, abrite de la chaleur et fait une sorte de plafond entre le ciel, l'infini et le sol donnant une sensation de sécurisation et un effet de bien-être.
L'arbre en ville a-t-il une mode ?
Il y a des modes pour le choix des espèces. Par exemple, le palmier a été introduit sur la Côte d'Azur dans le courant du XIXe siècle et les premiers palmiers ont été complètement rejetés par la population. On les traitait de plumeaux à poussière. Pourtant, il est devenu l'emblème de la Côte d'Azur.
Aujourd'hui, quelle serait la tendance ?
La tendance est de diversifier pour éviter les épidémies et pour la curiosité botanique. L'exotisme de demain, ce sera de s'intéresser à nouveau à ces séries végétales qui faisaient la France jardinée d'il y a trente ans. |