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| Dossier |
La santé environnementale en question |
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La santé en ville |
Au regard de lenvironnement et de la santé, les villes traînent derrière elles une mauvaise réputation : sales, irrespirables, bruyantes. Une réputation qui suscite de linquiétude car les villes grossissent et lurbanisation paraît un phénomène inexorable à l'échelle de la planète. Pour la France seule, la part de citadins dans la population totale est passée de 24% en 1846 à 74% en 1990, selon les données statistiques de l'INED.
Des études récentes (voir l'article Santé et Environnement) comme l'Enquête Erpurs, ont montré qu'il existe bien un lien entre la pollution et les problèmes de santé, notamment respiratoires. Mais d'une part, les scientifiques ne disposent pas de données suffisantes pour corréler sans aucun doute possible mortalité ou maladies à la vie urbaine, et d'autre part, ils ne peuvent établir scientifiquement une augmentation des risques de santé en ville au cours des dernières décennies. Selon William Dab, directeur de cabinet du Secrétaire général à la Santé, la multiplicité des paramètres à prendre en compte pour caractériser la santé en ville au regard de la durée de vie, par exemple, est proprement ingérable. Il faudrait obtenir des informations précises sur les conditions de vie urbaine d'un échantillon représentatif et suivre ses habitudes sur une durée d'une vingtaine d'années au moins : pratiques alimentaires, propension au stress et situation de travail, etc. Compliqué. Les progrès de la médecine, par ailleurs, ont amené une prolongation de lespérance de vie qui ne simplifie pas lévaluation. Parallèlement, les données dont on dispose aujourd'hui montrent que les "victimes" de la pollution atmosphérique (personnes âgées, jeunes enfants, asthmatiques) sont probablement minoritaires ou que les populations les plus exposées ne sont pas forcément toujours dans les villes. Par exemple, en 1999, c'est dans le Puy de Dôme, où les voitures n'abondent pas, qu'on a constaté les plus forts pics d'ozone (responsable de troubles respiratoires).
De la pollution biologique à une pollution diffuse
La pollution dans les villes a revêtu différents aspects au cours des décennies. A la pollution biologique combattue dès la fin du XIXe siècle par les premières mesures d'hygiène, a succédé la pollution chimique des usines qui s'installent en ville dans la seconde moitié du XIXe siècle. Aujourd'hui, sous l'effet des politiques curatives et préventives (surveillance des émissions industrielles et réglementation) menées depuis une vingtaine d'années, et du fait de l'exode des industries vers des zones moins habitées, de telles pollutions ont disparu. Toutefois, la ville continue à générer des problèmes sanitaires et environnementaux spécifiques. Les usines ont été remplacées par l'automobile qui émet des oxydes d'azote (NOx) contribuant à la formation d'ozone atmosphérique, du benzène (cancérigène), des particules. Le bruit a augmenté (circulation automobile, transport aérien). Des problèmes hérités d'un passé récent (début du siècle) ont été découverts ou redécouverts comme le saturnisme (lié au plomb des canalisations d'adduction d'eau ou contenu dans des peintures qui ne sont plus produites aujourd'hui), la pollution amiantée, les risques de la dioxine
Il reste donc beaucoup à faire pour que la ville devienne véritablement saine.
Réduire les émissions liées aux transports
D'ores et déjà, les politiques, les médecins et les ONG se mobilisent dans ce but. C'est ainsi que l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) travaille sur le thème des villes saines. Le programme "Healthy City" vise notamment à soutenir toutes les initiatives locales ou nationales qui permettront de réduire la pollution automobile, les nuisances sonores ou paysagères. Des programmes européens comme Auto-Oil imposeront peu à peu lusage de véhicules moins polluants. Un peu partout en Europe, les villes mettent en pratique des politiques de régulation des transports qui devraient favoriser l'amélioration de la qualité de l'air. En France, les pouvoirs publics, qui ont longtemps rechigné à tenir compte des aspects sanitaires de la pollution (la première étude Erpurs a failli ne pas voir le jour en 1994 ) semblent avoir enfin pris conscience de la demande sociale sur ces sujets. Témoins : l'Institut de Veille Sanitaire qui comprend une direction des problèmes environnementaux, ou l'Ineris (Institut national de l'environnement industriel et des risques) qui se dote d'une direction dédiée aux problèmes Santé-Environnement. La création d'une Agence Santé Environnement, annoncée en juillet dernier par Lionel Jospin semble aller dans ce sens (voir l'interview d'André Aschieri).
La pollution de l'air interne se profile
Mais tout n'est pas gagné. Améliorer la qualité de vie en ville, c'est opérer un travail collectif réunissant élus, spécialistes de la santé, constructeurs automobiles, architectes. Sans cette collaboration pluridisciplinaire, on verra se reproduire des problèmes comme la pollution amiantée ou la pollution benzénique des atmosphères intérieures. Dans les constructions récentes, bien calfeutrées pour éviter les pertes de chaleur et économiser sur la facture pétrolière nationale, on a ainsi récemment découvert que, faute de courants d'air, des polluants intérieurs (éther de glycols, benzène, COV, tabac) se concentrent dans les appartements à des taux potentiellement dangereux pour les occupants.
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