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| Autre regard |
Marier intelligence et progrès pour minimiser les risques sur notre santé |
Les triomphes de la technique tissent chaque jour les fils d'un bonheur social réel. Mais ce triomphe a des scories. Les plus importantes sont celles dont le retentissement s'apprécie sur l'environnement. La découverte n'est pas récente.
Lors de la Conférence de Stockholm, en 1974, le titre "Nous n'avons qu'une terre" montrait le danger qu'il y avait à ne pas se soucier d'un point local de pollution majeure. Autrefois, nos ancêtres les Gaulois craignaient que le ciel leur tombe sur la tête. Aujourd'hui, le ciel "moderne" voit avec terreur les hommes lui déverser en son sein quantité de substances toxiques dont il se demande si elles ne vont pas bouleverser le fragile équilibre de l'atmosphère et par contre-coup, mettre fin sur terre à l'existence humaine. Se pose alors le problème des rapports entre l'intelligence et le progrès. L'image du médecin peint par Rembrandt pourrait apporter un début de réponse : il est représenté au bas de l'escalier d'un de ses patients. Sous son chapeau à large bord, il laisse errer son regard et semble vouloir comprendre la totalité de l'environnement de son malade pour mieux le prendre en charge...
Il importe de rappeler que notre planète ne nous a pas été donnée une fois pour toutes. C'est la vie même, dès son apparition, qui a transformé le milieu en faisant "naître" l'oxygène. Et des fluctuations importantes dans son évolution se sont produites, indépendamment de notre volonté, comme celles liées aux éruptions volcaniques ou aux glaciations successives de l'ère quaternaire. Il n'en reste pas moins que l'homme peut retentir durablement sur son environnement. Et surtout ceux qui joueraient trop naïvement ou dangereusement avec les quatre éléments fondamentaux de la constitution de l'univers : la terre, l'eau, le ciel et le feu. Et deux risques nous font vraiment peur : l'hiver nucléaire (nuage de poussière qui recouvrirait la terre en empêchant les rayons du soleil de pénétrer, jusqu'à interdire toute vie sur terre) et les aberrations de l'alimentation.
Les craintes et angoisses qui viennent de percer au travers des lignes précédentes nous amènent à poser une question essentielle : comment évaluer les effets néfastes d'un environnement ? Existe-t-il une méthode réellement fiable ? En fait, la question posée est celle que soulevait Victor Hugo il y a plus d'un siècle, "O Science ! Absolu qui proscrit l'inouï. L'exact pris pour le vrai". A aduler l'exact et à nous défier du vrai jugé trop incertain et même, pour quelques-uns, presque inutile parce qu'inacessible, nous courons des risques. Quelle est l'acceptabilité du risque ? Faut-il dresser l'oreille, se mettre en éveil et partir au combat dès qu'un risque patent est signalé, fut-il infime ? Ou, au contraire, faut-il répondre d'un haussement d'épaule. Et accepter. On peut aussi regarder d'un autre point de vue et se demander : faut-il laisser exploiter le risque à des fins commerciales évidentes, vendre la peur, se constituer en lobbies pour agir sur l'opinion ?
A ces questions, nos sociétés, actuellement, ne répondent que par un brouhaha confus de surface et par des actions profondes et souterraines inconnues du grand public. Le calme et la transparence apparaissent en ce domaine essentiels à rétablir. Quand les obtiendrons-nous ? Ce ne semble pas pour demain et, en attendant, chacun tremble pour sa santé.
Il existe au cur des pays riches un paradoxe évident. Plus nous tremblons pour notre santé, plus la durée de vie augmente, mais aussi, il est vrai, la morbidité. L'air, l'eau, la terre et le feu nous sont rapportés chaque jour comme des sources de désagrément potentiels ou de désastres en gestation. Mais il est vrai que l'on vit de plus en plus vieux et ceux qui sont en charge du problème des retraites haussent les épaules à leur tour lorsqu'on leur parle des dangers pour l'environnement.
Et il y a fort à parier que c'est un risque qui aura été tenu pour négligeable qui se révèlera un jour le plus préoccupant pour l'humanité, et l'on pourra alors prier pour qu'il ne soit pas trop tard.
En conclusion, plusieurs citations peuvent être proposées. D'abord, celle de Schweitzer qui écrivait : "Je suis vie qui veut vivre au sein de la vie qui veut vivre". C'était une profession de foi écologique, protégeant même le moucheron. Si elle est irréaliste, elle a le mérite de poser le problème d'une éthique de la vie. Et puis, il y a la proposition que faisait le Commandant Cousteau de considérer "Le droit des générations futures". Il y a là un thème majeur et ceux qui sont les plus sérieux se préoccupent avant tout de cet aspect du problème. Il y a ensuite la proposition que faisait René Dubos juste avant de mourir, au cours d'une conférence internationale : considérer que tout problème d'environnement pose cinq sous-problèmes qu'il avait appelés l'ensemble des cinq E. Des problèmes Economiques, Energétiques, Ecologiques, Esthétiques et Ethiques.
Les trois vertus théologales : foi, espérance, charité, et les quatre vertus cardinales : force, prudence, tempérance et justice, doivent être parcourues par des esprits universels, en tous sens et sans cesse, pour promouvoir le triomphe d'une union qui ne peut pas ne pas se réaliser un jour : celui de la technique triomphante et de l'humanisme irradiant.
Le professeur Jean-Paul Escande est immunologue à l'Hôpital Cochin, et biologiste praticien. Il a été l'élève de René Dubos, découvreur des antibiotiques et écologiste de renom, codirecteur de la Conférence de Stockholm sur l'environnement de 1974. |