retour au sommaire Quels actes de la vie courante font de l'effet de serre ?

Source : Jean-Marc Jancovici, membre du Comité de Veille Ecologique de la Fondation. Site perso.

Tout ce qui aboutit à de la production de gaz carbonique ou d'un autre gaz à effet de serre "fait de l'effet de serre".

Mais je suppose que la question qui est vraiment intéressante est "qu'est-ce qui fait le plus d'effet de serre ?"

Les émissions nationales sont calculées en suivant la méthodologie mise au point par le GIEC, laquelle considère des volumes globaux consommés ou utilisés (on sait par exemple combien de pétrole nous consommons chaque année, ou combien de charbon). Il n'est pas immédiat d'en déduire les émissions liées à des actes particuliers de la vie courante.

J'ai cependant calculé ci-dessous quelques ordres de grandeur d'équivalent carbone, pour le seul CO2 (il s'agit bien d'ordres de grandeur !). Ils sont déjà éclairants si l'on rappelle que l'émission moyenne par Français est de 1,9 tonne d'équivalent carbone par an.

 

Se chauffer

Pour chauffer une maison, sans restrictions particulières, on émettra :

    Avec du fuel (3.000 l) : 2,2 tonnes d'équivalent carbone,

    Avec du gaz naturel, pour un même confort thermique : 1,5 tonne,

    Avec de l'électricité, sur une base de 4.000 kWh par mois sur 6 mois (4000 kWh est plus ou moins l'énergie dégagée par la combustion d'une tonne de pétrole, soit un peu plus de 1.000 litres, mais le rendement thermique des centrales n'est pas de 100% mais plus près de 50% ; 24.000 kWh correspondent donc à peu près à 3.000 l de fuel), en supposant que nous prenons les émissions moyennes du parc de centrales :
    0,6 tonne en France (où l'électricité est à 90% nucléaire et hydroélectrique) ;
    près de 3,5 tonnes en Grande-Bretagne (30% de nucléaire, le reste à base de fossiles),
    plus de 5,5 tonnes au Danemark (électricité essentiellement produite à base de charbon).

    Il est important de préciser qu'en hiver, moment où l'on se chauffe à l'électricité, on utilise en appoint des centrales à charbon (en France), ce qui pose un problème pas simple : à qui attribue-t-on les émissions de carbone liées à la mise en marche des centrales à charbon ?
    au chauffage électrique, disent ses adversaires,
    à tout le monde, disent les autres.
    Je n'ai personnellement pas tranché...

 

Se déplacer

Pour un déplacement de 15.000 km (la moyenne des distances annuelles parcourues par les automobiles en France est de 14.000 km) :

En voiture de petite cylindrée, à la campagne (sans embouteillages) : environ 0,6 tonne de carbone (la combustion d'hydrocarbures produit aussi des précurseurs de l'ozone (2.000 fois plus "réchauffant" que le CO2) et des oxydes d'azote non pris en compte dans ces calculs).

En voiture de grosse cylindrée, en zone urbaine (avec embouteillages) : jusqu'à 2,7 tonnes (en outre les grosses voitures parcourent un kilométrage annuel supérieur aux petites : elles font plus près de 20.000 km par an que de 15.000).

En RER (banlieusard allant travailler à 30 km de son domicile) ou en train (10 allers-retours Paris Marseille) : environ 30 kg de carbone par personne (en France, 5 à 10 fois plus à l'étranger).

En avion court courrier (10 aller-retours Paris Marseille) : plus d'une tonne de carbone par personne.

En avion long courrier (un aller-retour Europe-USA) : environ 0,5 tonne de carbone par personne.

On constate immédiatement que l'avion consomme, par passager, l'équivalent d'une petite voiture sur la même distance. Un 747 sur Paris-New-York c'est donc l'équivalent de 450 à 500 Twingo qui parcourent 12.000 km.

J'ai aussi calculé que rien que Roissy représentait entre 3 et 6% de nos émissions nationales.

 

Manger

Agriculture :

La production d'une tonne de blé engendre environ 110 kg d'équivalent carbone (provenant pour 25% du N2O issu des engrais et pour 75% du CO2 issu du carburant du tracteur).

Une tonne de boeuf engendre jusqu'à 5 tonnes d'équivalent carbone (provenant pour partie du méthane engendré par la digestion et pour partie de l'énergie dépensée pour cultiver les céréales et fourrages pour le nourrir, sachant qu'en France l'essentiel de la culture céréalière sert à nourrir des animaux).

Une tonne de viande de volaille, 0,2 à 0,7 tonne d'équivalent carbone.

 

Produire puis livrer

Matériaux de base :

La fabrication d'une tonne d'acier produit environ 0,8 tonne d'équivalent carbone,
D'aluminium environ 3 tonnes d'équivalent carbone,
De plastique environ 0,7 tonne de carbone,
De verre environ 0,5 tonne,
De ciment environ 0,25 tonne.
La "fabrication" d'une tonne de bois stocke environ 0,5 tonne d'équivalent carbone. Utiliser une tonne de bois d'œuvre à la place d'une tonne d'acier (par exemple pour une charpente) permet une économie (un "puits") de plus d'une tonne de carbone au total.

 Marchandises :

Le transport d'une tonne de fruits venant d'Espagne (1.000 km) en poids lourd engendre environ 8 kg de carbone ;
Une tonne de pommes venant du maraîcher du coin en utilitaire léger (25 km) engendre environ 1,4 kg de carbone,
Une tonne de mangues venant d'Afrique du Sud par avion engendre 1,5 tonne de carbone,
Une tonne d'oranges de Tunisie en avion un peu moins d'une tonne de carbone.
Une tonne de courrier Paris-Nice par train de nuit engendre 3 kg de carbone, en avion (chronopost ou équivalent) 345 kg (100 fois plus !).

Encore une fois, tout ce qui transite par l'avion engendre des émissions bien plus importantes que par tout autre moyen.

On peut trouver ici quelques considérations supplémentaires sur les actes individuels qui permettent de réduire les émissions de gaz à effet de serre

Également sur mon site perso un "essai" sur la "vertu énergétique", qui contient de très nombreuses indications chiffrées sur la manière dont nous consommons notre énergie.

© Fondation Nicolas Hulot pour la Nature et l'Homme
Dernière mise à jour : le 23 novembre 2000