Si la collectivité souhaite agir, que peut-elle faire ?
Source : Jean-Marc Jancovici, membre du Comité de Veille Ecologique de la Fondation. Site perso.
Il y a deux fronts pour la lutte :
Il faut diminuer les émissions, pour atténuer l'ampleur du problème et diminuer les risques, même encore maintenant,
Il faut se préparer au réchauffement inéluctable découlant des gaz déjà présents dans l'atmosphère, qui à eux seuls assurent déjà 1,5 à 2 °C de réchauffement à quelques siècles d'échéance, ce qui est déjà énorme.
Le problème de la réduction des émissions ne peut se résoudre que de manière internationale, car :
Le changement climatique se manifestera partout dans le monde, sans être circonscrit aux zones qui sont les plus "pollueuses" en gaz à effet de serre, et n'offrira aucun sanctuaire,
Un seul gros "mauvais joueur" (les USA actuellement, peut-être la Chine demain) suffit pour réduire à néant les efforts des autres pays.
C'est la raison pour laquelle il fait périodiquement l'objet de réunions internationales : Rio (1992), Berlin (1995), Genève (1996), Kyoto (1997), Buenos Aires (1998), Bonn (1999) et bientôt La Haye (2000), où les documents qui servent aux politiques (car ce sont des négociations politiques) sont préparés par le GIEC (qui ne négocie pas).
Pour la réduction des émissions, trois variables rentrent en ligne de compte :
Le progrès technologique, qui permet de réduire les émissions unitaires,
La substitution au niveau des sources d'énergie primaire,
Les économies d'énergie provenant de modes d'organisation et de "développement" différents de la société. Mais nous n'en prenons pas le chemin !
les décisions récentes d'organisation de la vie en collectivité vont généralement dans le mauvais sens (construction d'infrastructure de transport routier ou aérien, libéralisation de l'électricité, baisse de la TIPP en France, etc).
il y a une confusion entre discours social et discours énergétique (on baisse la TIPP à cause des ménages modestes, alors que l'on pourrait fort bien les aider autrement),
il y a une confusion entre discours économique et discours énergétique (on ne fait rien qui puisse entraver la croissance, alors que cette dernière porte de toute façon en elle-même sa propre fin tant qu'elle sera synonyme de croissance des consommations de ressources non renouvelables, et peut-être dans pas très longtemps)
Il est extrêmement improbable que sans volonté explicite nous arrivions rapidement à une baisse significative (significative s'entend comme une diminution de moitié, voire plus, aussi vite que possible), au niveau mondial, des émissions de gaz à effet de serre.
En ce qui concerne la préparation aux conséquences inéluctables, on peut uniquement citer des choses très générales pour renforcer la robustesse de notre civilisation :
Augmenter la résistance des choses indispensables (dont la production & distribution d'électricité) au vent, par exemple en généralisant la production d'électricité solaire individuelle (ce qui permettra moins de lignes de transport, dont moins de points faibles),
Ne pas construire en zone innondable (les inondations vont très certainement augmenter)
Développer la pisciculture (sans choisir des espèces nourries avec d'autres poissons pêchés !)
Diversifier l'agriculture, pour le rendre moins vulnérable,
L'exercice n'a pas dû être fait souvent : la liste est ouverte ! |