retour au sommaire À combien de degrés en plus peut-on arriver ?

Source : Jean-Marc Jancovici, membre du Comité de Veille Ecologique de la Fondation. Site perso.

Les augmentations prévues varient entre 1,5 et 6 °C pour la température moyenne de l'air au niveau du sol à l'horizon d'un siècle (c'est à dire en 2100) selon les modèles et les scénarios retenus (schéma ci-dessous).

    Prédictions de l'augmentation de la température moyenne de surface entre 1990 et 2100 selon les scenarios.
    La figure ci-dessus date de 1996 ; le maximum de la fourchette a été réévaluée à 5° C en 2000. Source : GIEC

 

Mais les gaz à effet de serre ont une durée de vie très longue dans l'atmosphère. Même en cas de suppression totale des émissions les concentrations - et donc "l'effet de serre" lié à ces gaz que nous avons mis dans l'atmosphère - ne décroîtraient que très lentement.

En conséquence, le maximum des températures n'est atteint que bien après que le maximum de concentration en gaz le soit, et les valeurs atteintes en 2100 pour les divers scénarios d'évolution ne représentent que 50 à 90% du maximum absolu à venir ultérieurement (cf. figure ci-dessous, qui donne les évolutions sur plusieurs siècles).


    Valeurs de la concentration de l'atmosphère en CO2 selon divers scenarios d'émission. Source : GIEC, 1996

    Augmentations de température sur plusieurs siècles pour les scénarios S450 et S650 qui correspondent à une stabilisation du CO2 dans l'atmosphère à 450 ou 650 ppmv (nous sommes actuellement à 350 et sommes partis pour bien plus).

    On voit facilement que la température continue d'augmenter bien après que les concentrations se soient stabilisées, et que l'augmentation "restant à parcourir" en 2100 est d'autant plus forte que l'augmentation prévue à cette date (les journaux ne parlent que de celle-là) est déjà importante. Source : GIEC, 1996

Si l'on fait regarde ce que donnent les modèles non plus sur 1 siècle mais sur une durée plus longue (quelques siècles), l'augmentation de température pourrait aller jusqu'à 8 à 9°C lorsque le maximum sera atteint (dans l'hypothèse haute où nous émettrions des quantités sans cesse croissantes de gaz à effet de serre pendant le siècle à venir).

On peut alors raisonner de la manière suivante :

soit notre système climatique reste à peu près ce qu'il est avec une telle augmentation de température. La prolongation du modèle, qui représente le système climatique, est donc valide à cette échéance, et un tel maximum n'est pas à exclure. Il serait vraisemblablement totalement incompatible avec le maintien de notre forme actuelle de civilisation et avec une vie confortable - voire avec la survie - de quelques milliards d'hommes sur la Terre.

soit le système climatique se modifie profondément bien avant, par suite d'une modification brutale d'une de ses composantes (voir risques et puits). Du coup le modèle, qui représente le système actuel, n'est plus valide, et nous entrons alors dans l'inconnu, qui peut être plus agréable, mais aussi... encore plus désagréable que ce que prévoit le modèle.

Il faut rappeler que nous n'avons aucune visibilité historique (donc aucun moyen de savoir ce qui se passe en pareil cas) concernant une élévation rapide de température de quelques degrés au-dessus des températures actuelles.

© Fondation Nicolas Hulot pour la Nature et l'Homme
Dernière mise à jour : le 11 décembre 2000