retour au sommaire Peut-on faire confiance aux modèles climatiques ?

Source : Jean-Marc Jancovici, membre du Comité de Veille Ecologique de la Fondation. Site perso.

La réponse est oui.

Il n'y a pas qu'un seul mais 15 modèles,

Il n'y a pas qu'un seul pays engagé dans cette recherche mais tous les pays ayant une activité scientifique significative y participent,

Il y aurait un effet de publicité énorme si quelqu'un arrivait, à la suite de travaux sérieux (c'est à dire dans lesquels les autres scientifiques ne constatent pas d'erreurs de méthode), à la conclusion que la Terre ne va pas se réchauffer suite aux émissions humaines de gaz à effet de serre.

L'indice de confiance est donc excellent en ce qui concerne la prévision d'un réchauffement global comme conséquence des émissions dues à l'homme.

Le milieu scientifique considère maintenant que si une personne affirme que les émissions d'origine humaine n'ont pas d'ifluence sur l'évolution du climat, c'est à elle de démontrer son point de vue.

Une première indication du fait que les modèles sont fiables est donnée par l'exercice suivant : on peut faire partir le modèle non pas d'aujourd'hui, pour savoir ce qui va se passer plus tard, mais de 1860 (le moment où l'on a commencé à disposer de mesures fiables et précises de la température), pour comparer ce que dit le modèle avec ce qui s'est vraiment passé.

On constate alors que l'évolution donnée par le modèle ressemble très fortement à ce qui s'est vraiment passé (figure ci-dessous).

    La courbe en escaliers représente la température moyenne globale annuelle entre 1860 et 1990.

    La courbe "fine" du haut correspond à ce qui est donné par les premiers modèles en les faisant partir de 1860.

    La courbe "fine" du bas correspond à ce qui est donné par les modèles les plus récents (aussi en les faisant partir de 1860), qui prennent en compte l'effet des nuages. On voit que ces modèles récents suivent assez bien la légère baisse des températures intervenue entre 1940 et 1970.

    Cette figure est adaptée de GIEC (1996).

Il y a d'autres confirmations par les modèles d'observations climatiques récentes :

les températures ont tendance à augmenter plus vite l'hiver que l'été (ce que prévoient les modèles),

elles ont tendance à augmenter plus vite la nuit que le jour (ce que prévoient aussi les modèles),

certains modèles ont été testés sur Mars et Vénus où ils rendent bien compte de ce qui est observé ; Vénus a un système climatique plus simple que celui de la Terre (il n'y a ni océan, ni glaces polaires, ni êtres vivants) mais présente un phénomène particulier dans son atmosphère (la rotation de l'atmosphère est plus rapide que celle de la planète) dont le rendu par les modèles est assez fidèle.

Le milieu scientifique est donc certain que la Terre va se réchauffer.

Par contre les prévisions locales (est-ce que ce réchauffement sera plus fort en France ou en Allemagne, par exemple) sont très difficiles à établir. En effet, le système climatique est un système très "instable", et une petite variation quelque part peut avoir un effet très important plus tard et plus loin.

Hormis quelques indicateurs (la température moyenne, ou les précipitations moyennes) sur quelques grandes zones (un continent par exemple), il ne sera jamais possible de faire des prévisions locales détaillées. Cela fait partie des limites normales de la modélisation climatique, et ne doit pas nous faire penser que les conclusions générales ne sont pas bonnes ou qu'il n'y a pas de danger.

Rejeter les modèles à cause de cette imprécision, ce serait un peu comme si l'on considérait que ce n'est pas la peine de donner un temps de transport approximatif pour aller de Paris à Bordeaux en train parce que l'on n'est pas capable de le donner à le seconde près : certaines prévisions sont impossibles à faire de manière exacte, mais n'en restent pas moins fiables de manière générale.

Pour approfondir le sujet (pour lecteurs un peu avertis) : l'article de Hervé Le Treut, paru dans La Recherche en 1997 et repris dans La Jaune et La Rouge en mai 2000 , sur le degré de confiance que l'on peut accorder aux modèles.

© Fondation Nicolas Hulot pour la Nature et l'Homme
Dernière mise à jour : le 31 octobre 2000