N'aurons nous pas bientôt fini de brûler tous nos stocks d'énergie fossile ?
Source : Jean-Marc Jancovici, membre du Comité de Veille Ecologique de la Fondation. Site perso.
On peut légitimement se demander si il ne suffit pas d'attendre la fin des combustibles fossiles, ce qui provoquera par contre-coup la disparition de la majorité de nos émissions.
Or au niveau actuel de consommation annuelle, nous disposons :
d'au moins 40 ans de réserves prouvées de pétrole, mais les pétroliers s'arrêtent de prospecter intensément dès qu'ils ont quelques dizaines d'années de réserves devant eux ; cela fait un siècle qu'ils n'ont "que 40 ans" de réserves prouvées alors qu'entre temps nous avons consommé tout ce qu'ils ont trouvé.
En outre il existe des "réserves ultimes" (hydrocarbures de moins bonne qualité, dont l'exploitation est plus onéreuse : schistes bitumineux, sables asphaltiques) prouvées qui représentent des quantités supplémentaires à peu près équivalentes à 40 ans de consommation elles aussi,
de plus de 60 ans de gaz (les estimations varient de 65 à 100 ans),
de plus de 2 siècles de charbon.
Nous ne pouvons donc pas compter sur une raréfaction très rapide des ressources fossiles pour limiter nos émissions à court terme.
En fait, nous sommes pile dans la mauvaise situation :
il reste assez d'hydrocarbures et de charbon pour nous permettre émettre de plus en plus de CO2 pendant une bonne partie du siècle à venir,
il n'en reste pas assez pour être sûr que nous aurons à notre disposition l'énergie nécessaire pour parer aux éventuelles catastrophes dans quelques dizaines d'années.
il n'en reste pas non plus assez pour être sûr d'éviter des tensions fortes sur les prix (comme celles que nous avons connues en septembre 2000) de temps en temps, or chaque tension a l'effet exactement inverse de ce qui est souhaitable pour le long terme : on baisse les prix pour éviter le dérèglement à court terme, ce qui est un obstacle supplémentaire pour "sortir du pétrole" sur le long terme.
Pour en savoir plus : panorama du charbon et du pétrole, Denis Babusiaux et Jean Coiffard, La Jaune et La Rouge de mai 2000 |