retour au sommaire Bref aperçu du climat depuis 13 000 ans

Source : Marie-Antoinette Mélières, climatologue, membre du Comité de Veille Ecologique de la Fondation.

La période interglaciaire que nous vivons a commencé à s'établir il y a environ 13 000 ans. Elle se distingue de la période précédente, la période glaciaire, par le fait que les calottes de glace des hautes latitudes ont fondu — ceci se constate par le niveau des mers qui a monté d'environ 130 mètres entre 13 000 et 8 000 ans. Depuis, le niveau des mers est resté quasiment inchangé (à quelques mètres près) : c'est pourquoi il est certain que nous nous trouvons en plein interglaciaire.

Cependant, au cours de cette période interglaciaire, l'insolation a changé régulièrement ce qui se traduit par une évolution climatique à l'échelle mondiale. Par exemple, les tropiques ont eu une phase humide qui a duré plusieurs milliers d'années et qui s'est terminée assez brutalement il y a environ 5 000 ans. Autre exemple, le froid "gagne" progressivement depuis les hautes latitudes polaires en s'étendant vers les latitudes plus basses : cela se voit par la progression continue de la zone du pergélisol (sol gelé en permanence en profondeur) qui aujourd’hui a regagné le tiers de l’extension qu’elle avait au cours du dernier maximum glaciaire.

Durant cette lente évolution qui s'effectue depuis 10 000 ans (alors que les calottes polaires ne se sont pas reconstruites), il y a donc des petites variations du climat qui touchent tout le globe et qui sont vraisemblablement dues à des variations de l'activité solaire. La légère baisse de cette activité qui arrive, semble-t-il, plus ou moins périodiquement, entraîne un refroidissement d'environ 1 à 2 degrés en moyenne et dure de l'ordre du siècle (ou plus). A nos latitudes durant ces phases de refroidissement, les glaciers avancent dans les vallées — la dernière en date était le " Petit ge Glaciaire " des 17e et 18e siècles. Ensuite, le climat se réchauffe (c'est le réchauffement qui a eu lieu vers 1800) ; tout cela est naturel.

L'évolution du climat durant un interglaciaire conduit donc à un refroidissement progressif – par à-coup – en alternance avec des phases de réchauffement. Finalement, cela aboutit à une reconstruction progressive des calottes glaciaires – qui rappelons-le n'ont pas encore démarré aujourd'hui.

Les conditions requises pour que s'établisse une nouvelle glaciation ne sont pas automatiquement remplies d'un cycle d'insolation à l'autre, car différents paramètres interviennent qui ne marchent jamais entièrement en phase. Ainsi l'un des interglaciaires (le stade 11) a duré jusqu’à 30 000 ans il y a quelque 300 000 ans, alors que la durée habituelle d'un interglaciaire est d'environ 10 000 ans.

Dans la configuration actuelle (caractéristiques de l'orbite de la terre, de l'inclinaison et de la direction de son axe de rotation), il apparaît fort vraisemblable que le refroidissement de cette fin d'interglaciaire ne conduise pas à une glaciation. Nous serions dans une phase climatique en fin de refroidissement et aborderions alors un nouveau cycle de réchauffement. Il n'y aurait donc pas de compensation du réchauffement, dû à l'effet de serre lié à l'activité humaine, par l'arrivée d'une glaciation puisque cette dernière ne s'établirait pas. Dans un cas habituel où la glaciation commence à se recréer après 10 000 ans d'interglaciaire les ordres de grandeur retenus sont :

    à nos latitudes : 10°C de refroidissement moyen entre un interglaciaire et un glaciaire ;
    - 5°C en moyenne mondiale ;
    - 20°C au Groenland.

Le réchauffement prévu par effet de serre anthropique est d’environ +2/+3°C sur le prochain siècle en moyenne sur le globe. Ce qui se traduit par un réchauffement 3 fois plus important (8°C) aux hautes latitudes.

Il faut cependant noter que les échelles de temps sur lesquelles s'établissent ces variations climatiques ne sont pas comparables : la construction des calottes de glaces des hautes latitudes prend des milliers d'années alors que le réchauffement anthropique s'étalera sur quelques décennies seulement.

Note : L’hypothèse exposée ci-dessus est personnelle et s'appuie sur mes travaux de recherche. Cette même hypothèse est également développée par des chercheurs de réputation mondiale tel André Berger, chercheur à l'origine des calculs d'insolation qui ont guidé l'interprétation des successions climatiques glaciaire/interglaciaire.

© Fondation Nicolas Hulot pour la Nature et l'Homme
Dernière mise à jour : le 23 novembre 2000