retour au sommaire Quels sont les objectifs des négociations internationales ?

Source : Jean-Marc Jancovici, membre du Comité de Veille Ecologique de la Fondation. Site perso.

Les suites de la convention de Rio

Des négociations internationales sur les émissions de gaz à effet de serre ont pris place depuis la Convention de Rio sur le climat, signée en 1992. L'une des conclusions de cette convention était qu'il fallait "stabiliser les concentrations de gaz à effet de serre dans l'atmosphère à un niveau qui empêche toute perturbation anthropique dangereuse du système climatique". (dit autrement : ne pas franchir le seuil au-delà duquel les dommages deviennent irréparables).

Cette convention de Rio a été ratifiée par 175 Etats et la Communauté européenne. Dans le cadre de cette convention, il a été prévu que les pays signataires se réuniraient périodiquement pour faire le point et, éventuellement, adopter des protocoles qui pourraient ne pas être signés par tous les pays. Le protocole de Kyoto est l'un de ces protocoles.

Les pays signataires de la convention de Rio sont regroupés en deux catégories :

Ceux qui sont - au moins officiellement - prêts à s'engager à réduire leurs émissions font partie de "annexe 1" ; il s'agit essentiellement des pays développés.

Ceux qui ne sont pas prêts à s'engager à réduire leurs émissions font partie de "annexe 2"; il s'agit essentiellement de pays "en voie de développement".

La conférence de La Haye est une réunion de toutes les parties signataires de la convention de Rio, comme à Kyoto. Ses objectifs devraient être de se mettre d'accord sur les outils utilisables pour parvenir à réduire les émissions, et notamment les fameux "permis d'émission".

Un objectif quantitatif mais "sorti d'un chapeau"

Comme la convention de Rio 'avait pas fixé d'objectif quantitatif, les négociations internationales tournent désormais autour de l'objectif de stabiliser les gaz à effet de serre à deux fois leur concentration préindustrielle (soit 500 ppmv pour le CO2).

Sans vouloir polémiquer de manière abusive, on relèvera que :

Personne ne sait quelle est la concentration de gaz à effet de serre "qui empêche toute perturbation anthropique dangereuse du système climatique"

les niveaux auxquels nous sommes déjà sont sans précédent dans l'histoire humaine,

il est donc strictement impossible de s'inspirer du passé pour savoir où est le seuil en dessous duquel nous ne courons aucun danger,

vu "l'effet retard" du réchauffement par rapport aux concentrations en gaz à effet de serre, nous avons peut-être déjà largement dépassé la cote d'alerte pour éviter des catastrophes majeures dans un futur plus ou moins lointain. Le danger ne provient pas seulement du niveau de CO2 auquel nous parviendrons (il y a déjà eu des concentrations fortes avant l'apparition de l'homme), mais surtout de la vitesse à laquelle nous y allons : en forçant le système climatique à un rythme inconnu dans le cadre des évolutions naturelles récentes, nous risquons d'enclencher des déplacements d'équilibre violents et incontrôlables.

En conséquence de ce qui précède, les engagements annoncés à Kyoto de ramener en 2010 les émissions des pays développés quelques % en dessous du niveau de 1990 ne constituent pas une réponse élaborée scientifiquement pour se couvrir d'un risque dûment identifié ; il s'agit simplement du résultat de négociations politiques sur la base du constat "qu'il faut faire quelque chose",

© Fondation Nicolas Hulot pour la Nature et l'Homme
Dernière mise à jour : le 31 octobre 2000