retour au sommaire Où nous situons-nous dans l'échelle des températures par rapport au passé ?

Source : Jean-Marc Jancovici, membre du Comité de Veille Ecologique de la Fondation. Site perso.

Tous les passés ne sont pas d'un intérêt équivalent pour deux raisons :

Tout d'abord le phénomène qui nous intéresse maintenant se situe sur une échelle de temps très courte en regard de l'âge de notre planète : un siècle, cela fait 0,0000025% de l'âge de la Terre ! Or si l'on peut avoir une bonne idée des conditions moyennes qui régnaient à la surface de la Terre il y a longtemps, on ne sait pas comment les choses évoluaient sur un siècle à cette époque là. Par exemple, on ne sait pas distinguer ce qui s'est passé entre -60.000.000 ans et -60.000.100 ans (ou entre -60.000.000 ans et -59.999.900 ans).

Comme nous nous intéressons essentiellement à la survie et au confort de notre propre espèce (s'intéresser à la survie du reste n'a de sens que si nous sommes toujours là : sur une planète d'où les hommes auraient disparu, le fait de savoir si il resterait des tigres est une question un peu secondaire !), ce qui s'est passé avant l'apparition de l'homme est moins intéressant que ce qui s'est passé après.

Nous avons vu qu'en effectuant des forages dans les glaces polaires, il était possible de "consulter les archives" avec une précision acceptable pour les 400.000 dernières années. Cette période est déjà suffisamment riche en enseignements.

Les cycles

La cause majeure de variation du climat n'a rien à voir avec l'homme : elle est la conséquence de la variation cyclique de certains paramètres astronomiques de la Terre, qui modifient la quantité de rayonnement qu'elle reçoit du soleil.

Ces variations astronomiques créent des "saisons astronomiques" de très longue durée, comme il existe des saisons "normales" au cours d'une année.

    Les paramètres astronomiques qui varient au cours du temps sont :

    la variations d'excentricité : on pense couramment que l'orbite de la Terre est un cercle. En fait ce n'est pas le cas : l'orbite de notre planète est légèrement elliptique. Sur de longues périodes, cette ellipse est plus ou moins allongée, ce qui modifie la distance moyenne Soleil-Terre. Sans être parfaitement cyclique, cette variation a une périodicité qui est de l'ordre de 100.000 ans.

    des variations d'obliquité : l'inclinaison de l'axe des pôles par rapport au plan de l'orbite terrestre (on parle de l'écliptique) varie au cours du temps de plus ou moins 1°30', suivant un cycle de 40.000 ans environ.

    la précession astronomique : l'axe des pôles décrit un cone dont l'axe est la perpendiculaire au plan de l'orbite. Ce mouvement a une périodicité de 26.000 ans, et une conséquence amusante : en 13.000 ans, les saisons s'inversent ("à la place" de l'hiver on trouve l'été).

Ces variations astronomiques, même si elles sont lentes, sont les causes majeures des évolutions du climat sur de longues périodes. Et de fait, ces "petites variations" astronomiques se transforment en "grandes variations" sur le climat. Qu'à la même époque de l'année on trouve l'hiver plutôt que l'été n'est pas un changement mineur !

La température

Sur les 400.000 dernières années, ces variations astronomiques ont produit 4 cycles à peu près identiques, d'un peu plus de 100.000 ans chacun, pendant lesquels il a fait assez froid pendant presque 100.000 ans (température moyenne de la planète inférieure de 5° C à maintenant) puis nettement plus chaud (température moyenne de l'ordre de ce que nous connaissons maintenant) pendant 10 à 20.000 ans (figure ci-dessous).

Evolution de la température moyenne de l'air au niveau du sol sur les 400.000 dernières années.

Attention ! cette courbe se lit à l'envers : plus on va vers la droite, plus on remonte dans le temps. Le fait que les oscillations soient plus importantes à gauche (donc récemment) tient à la meilleure précision des mesures quand on se rapproche de l'époque contemporaine. Source : LSCE

En particulier, sur les 400.000 dernières années, le maximum de la moyenne annuelle de la température est de 1 à 2°C au dessus de la moyenne actuelle (16 à 17 °C au lieu de 15) ; la dernière fois était il y a 130.000 ans.

On tire quelques conclusions importantes de ce qui précède :

Nous sommes déjà dans une période "chaude" pour l'histoire "naturelle" de notre climat. En toute bonne logique, nous devrions approcher de la fin d'une période interglaciaire et le climat devrait avoir naturellement tendance à se refroidir.

Toutefois un refroidissement ne se fait pas en un siècle, même si la courbe ci-dessus a l'air "pentue" lorsqu'un refroidissement démarre. Le rythme des évolutions les plus rapides sur la courbe ci-dessus est en effet de quelques degrés en.....10.000 ans, alors que les modèles nous prévoient une évolution de....quelques degrés en 1 siècle. C'est 100 fois plus rapide.

Une différence de quelques degrés de température moyenne n'est pas un changement mineur, loin s'en faut : avec 5 °C en moins, le niveau de la mer avait baissé de 120 mètres (on passait à pied sec de France en Angleterre) et l'Europe était recouverte d'un énorme glacier.

Comme on n'a jamais vu 5 °C en plus pendant l'histoire récente, on n'a aucune idée de ce qui peut se passer avec une telle augmentation de température en dehors de ce que racontent les modèles.

© Fondation Nicolas Hulot pour la Nature et l'Homme
Dernière mise à jour : le 31 octobre 2000