retour au sommaire Quels sont les niveaux de réduction souhaitables ?

Source : Jean-Marc Jancovici, membre du Comité de Veille Ecologique de la Fondation. Site perso.

Il n'y a pas de réponse scientifique à cette question

Il n'y a hélas pas de réponse à cette question qui puisse se calculer scientifiquement, à cause du fait que nous n'avons aucun moyen de savoir ce qui se passe quand la teneur de l'atmosphère en CO2 dépasse rapidement 280 ppmv, et que nous sommes déjà à 350 (dans le cadre d'une variation rapide).

Tout ce que les scientifiques peuvent faire est de donner la valeur des concentrations de CO2 dans l'atmosphère en fonction de la courbe des émissions (graphiques ci-dessous).


    Divers scenarios d'émission

    Diverses évolutions de la concentration en CO2 dans l'atmosphère, en ppmv (une ppmv = une partie par million, soit 0,0001%)

 

Ces courbes se lisent de la manière suivante : pour une valeur de la concentration en CO2 qui se stabilise à un niveau donné (figure de droite) on a calculé des exemples de courbes d'émission qui y correspondent (figure de gauche). La correspondance entre figures se fait sur les références de courbe (S450, S550, etc). Le point origine représente les émissions de 1990. Le trait gras (IS92a) correspond au "scénario catastrophe" où les émissions ne baissent jamais.

On constate quand même deux choses :

quel que soit le niveau auquel on souhaite stabiliser les concentrations de gaz à effet de serre, il faudra un jour revenir à des émissions mondiales de ces gaz représentant au plus la moitié des émissions de 1990,

même avec une décroissance dès 2020 des émissions pour les ramener en 2100 à un gros tiers des émissions actuelles (S450), la concentration de CO2 dans l'atmosphère se stabilise "seulement" à 450 ppmv, soit 60% de plus qu'à l'ère pré-industrielle et de quoi nous assurer quand même 1,5 °C de plus en 2100 et éventuellement le double à terme.

La seule chose que l'on puisse dire, lorsque l'on regarde ces courbes, est que la rapidité du démarrage des réductions a un impact très significatif sur le niveau de stabilisation à terme, et que donc le plus de réduction le plus tôt sera le mieux.

    Ce sera de toute façon une réorientation conséquente

Nous avons vu que les consommations énergétiques ont tendance à augmenter. Est-ce cela signifie nécessairement que nous ne pouvons rien faire contre les augmentations des émissions de CO2 ? Non, car nous disposons de sources d'énergie sans CO2, et nous savons comment réduire vite les émissions des autres gaz à effet de serre.

Mais par contre il ne se passera rien si l'objectif de réduction ne devient pas un objectif explicite et prioritaire.

Explicite : cela veut dire qu'il est affiché et qu'il est pris en compte. Cela veut dire qu'il ne fait pas partie des non-dits, qu'il est présent dans tout choix, que le citoyen force le politique à en tenir compte.

Prioritaire : cela veut dire que si on doit choisir entre satisfaire la réduction des émissions et satisfaire un autre critère (notamment la modération des prix de l'énergie à court terme) sans possibilité de concilier les deux, il faut privilégier la réduction, afin d'aller vite.

Sans que l'on puisse savoir si nous avons déjà perdu ou pas, une chose est sûre : plus on traîne et plus on court de risques.

Le GIEC a estimé que nos émissions dans quelques dizaines d'années pouvaient varier du tout au tout en fonction de ce que nous allons faire (ci-dessous).

Comparaison des émissions

La barre blanche de droite donne, au niveau des divers repères (a, b, c, etc), les émissions de CO2 correspondants aux scénarios du GIEC (qu isont ausi désignés par des lettres : a, b, c, etc) tous les 25 ans.
En bleu + gris, il figure les niveaux d'émissions bruts correspondants aux scénarios de la figure ci-dessus, et en bleu seul les mêmes avec mise en oeuvre de toutes les techniques pour restreindre les émissions (stockage du CO2 émis, etc.).
Source : GIEC

 Il se pose alors le problème de savoir qui devrait réduire et montrer l'exemple, et comment le faire. L'une des solutions pourrait être d'organiser un référendum mondial, ou au moins européen

Pour en savoir plus : Effet de serre : les marges de manoeuvre, in La Jaune et La Rouge de mai 2000, par Benjamin Dessus, Ecodev-CNRS.

© Fondation Nicolas Hulot pour la Nature et l'Homme
Dernière mise à jour : le 31 octobre 2000