Ne serons nous pas sauvés par la technique ?
Source : Jean-Marc Jancovici, membre du Comité de Veille Ecologique de la Fondation. Site perso.
On parle périodiquement de diverses solutions techniques qui nous permettraient de "continuer à vivre comme maintenant" (c'est à dire utiliser des sources d'énergie émettant du CO2) sans que cela n'aggrave nos émissions de gaz à effet de serre, en attendant tranquillement que l'efficacité énergétique permette de diminuer les émissions. De quoi s'agit-il et que peut-on en espérer ?
Tout d'abord il importe de savoir que l'on ne peut pas filtrer l'atomsphère pour en retirer le gaz déjà émis. La technique ne peut donc rien sur ce plan, et ne nous évitera pas un réchauffement programmé et inévitable d'au moins 1°C en un siècle.
Pour le reste, on peut espérer de nombreux progrès, changement ou adaptations. Mais aucune d'entre elle ne nous sauvera.
On peut tout d'abord remettre sous terre le CO2 produit lorsque l'on brûle du charbon ou du pétrole, dans les réservoirs de gaz ou de pétrole vides. C'est une solution techniquement faisable, mais qui ne concerne que la production d'électricité (ce qui laisse de côté 65% des émissions de CO2 et toutes les émissions d'autres gaz à effet de serre). Ce sont en outre des installations industrielles complexes, que l'on peut mettre sur une centrale, mais sûrement pas derrière chaque voiture ou chaudière individuelle (or plus de 50% du pétrole extrait est utilisé pour les transports, et 25% l'est pour des installations individuelles de chauffage. En outre c'est un dispositif qui ne sera pas installé en quelques années, du moins pas avec la gestion des priorités que nous avons actuellement.
On peut améliorer l'efficacité énergétique : cela signifie que l'on obtient le même service en brûlant moins de combustible. Mais cela ne conduit pas nécessairement à des économies.
Par exemple, les progrès faits en 15 ans sur les moteurs de voiture ont été complètement annulés par le fait que les gens achètent maintenant des voitures plus puissantes, et pourvues d'accessoires (climatisation notamment) qui consomment de l'énergie.
Le résultat est que la consommation moyenne d'un véhicule neuf vendu en France a augmenté - et absolument pas diminué - sur les 15 dernières années.
Pour que la consommation ait diminué, il aurait fallu que tout le monde achète une Twingo ou une Smart, en faisant de la réduction de ses émissions une prorité par rapport à son confort.
On peut changer de sources d'énergie primaire. Mais là encore, sans volonté explicite, les rythmes de changement n'y seront pas.
Il est donc fort peu probable que les progrès techniques nous tireront d'affaire "sans que nous ne fassions d'efforts".
En fait, compte tenu de l'ampleur du problème, des impasses que nous accumulons, et des risques, il ne serait pas ridicule de provoquer un très vaste débat public destiné à informer de la situation, et à décider "en connaissance de cause" ce que nous choisissons de faire, bref un référendum.
Pour en savoir plus : l'apport du progrès technologique pour la réduction des gaz à effet de serre, par Maurice Claverie, in La Jaune et La Rouge de mai 2000. |