Va-t-on avoir plus de tempêtes et de phénomènes extrêmes ?
Source : Jean-Marc Jancovici, membre du Comité de Veille Ecologique de la Fondation. Site perso.
Les modèles ne permettent pas, pour l'instant, de répondre de manière formelle sur ce point. Cela ne signifie bien entendu absolument pas que le nombre de tempêtes n'augmentera pas ; un certain nombre d'indices laissent même penser que nous aurons une augmentation. Mais il ne s'agit que d'indices, pas d'une preuve formelle, car la modélisation touche à ses limites sur ce point.
Pourquoi les modèles ne sont-ils pas capables d'apporter une certitude ?
la modélisation climatique date de quelques dizaines d'années. A l'époque, les phénomènes extrêmes ne préoccupaient absolument pas le public. Les modèles n'ont donc pas été conçus pour pouvoir travailler spécifiquement sur ce point.
pour pouvoir prédire avec un degré de confiance acceptable l'évolution de phénomènes dont la taille est de l'ordre de quelques centaines de km de diamètre ou moins (un ouragan fait de 500 à 1.000 km de diamètre, une tornade moins de 1 km, un orage quelques km...), il faut travailler avec un modèle dont la maille (voir modèles) est de quelques km de côté, comme c'est le cas en météo. Or les modèles climatiques actuels travaillent avec des mailles de quelques centaines de km de côté, ce qui est très nettement insuffisant pour analyser avec un bon degré de confiance la fréquence de ce genre de catastrophe.
Mais quelques indices peuvent quand même être obtenus en analysant les résultats des modèles.
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La variabilité
La variabilité est la mesure de la fréquence et de l'intensité avec lesquelles une valeur s'écarte de la moyenne.
Comme son nom l'indique, un phénomène extrême est un phénomène "à l'extrême" des valeurs "normales", c'est à dire près de la moyenne.
Un phénomène extrême correspond donc au cas où une composante du climat (les précipitations, le vent, la température...) est très éloignée de sa valeur moyenne. En hiver, une température de 25 °C sera "extrême", parce que la moyenne est beaucoup plus basse. Météo France parle souvent de températures "très éloignées des normales saisonnières" ou "dans les normales saisonnières": c'est une autre manière de dire "loin de la moyenne" ou "dans la moyenne", ou encore "extrême" ou "normal".
En regardant si, au fur et à mesure que l'on avance dans le temps, les valeurs instantannées obtenues via les modèles (qui calculent, de demi-heure en demi-heure, les valeurs de la température, de la pression, etc, sur tout un ensemble de points), puis en faisant la moyenne sur la durée de modélisation (un siècle, 2 siècles...), on peut regarder si les valeurs calculées s'écartent de plus en plus souvent et fortement des moyennes ou pas.
Si oui, on dit que la "variabilité" du climat augmente. Cela signifie que le climat modélisé a tendance à produire de plus en plus de valeurs "inhabituelles", "en dehors des normales". |
Pour certains modèles (pas pour tous), on a étudié l'évolution de cette variabilité du climat futur. Les modèles étudiés font tous ressortir une évolution à la hausse de cette variabilité, notamment en ce qui concerne le cycle de l'eau.
Cela signifie très probablement une augmentation :
des inondations,
des sécheresses (et peut-être...des gelées intenses sous nos latitudes).
Certains modèles prédisent également une augmentation des tempêtes. C'est un premier résultat, qui demande à être confirmé par un travail approfondi, mais qui indique qauand même que le risque de voir apparaître des phénomènes extrêmes augmentera globalement sur la planète, sans que l'on puisse nécessairement localiser les endroits qui seront plus particulièrement concernés.
El Niño et La Niña donnent un exemple intéressant illustrant cette difficulté de localisation et les enchaînements en cascade qui peuvent conduire une simple différence de température à des catastrophes.
Le phénomène trouve son origine dans une variation de quelques degrés seulement (2 ou 3) de la température de surface des eaux du Pacifique.
Or les conséquences :
se sont produites pour partie à des milliers de km du phénomène d'origine
ont été très significatives : sécheresses intenses (les dernières ont conduit à de gigantesques incendies, car dans toute cette affaire il ne faut pas oublier la présence de l'homme), moussons diluviennes, et disparition temporaire de populations de poissons au large du Pérou.
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Enfin un ouragan est un événement par lesquel l'atmosphère évacue rapidement une fraction de son énergie. Par suite du réchauffement, l'atmosphère, globalement plus chaude, donc recelant plus d'énergie, pourrait engendrer des phénomènes de libération plus "énergétiques", ce qui signifie que leur pouvoir destructeur unitaire augmenterait.
Si on ne peut répondre formellement sur ce point à la question de la fréquence des mauvaises surprises, les indices dont nous disposons ne laissent cependant pas penser que nous ne risquons rien sur ce plan, loin s'en faut.
Les tempêtes de l'hiver 1999 en France sont-elles les premiers signes du réchauffement ?
Conformément à ce qui précède, il est prématuré de dire que ces tempêtes sont une conséquence du réchauffement global.
Toutefois, sans déroger à la nécessaire prudence, on peut quand même affirmer qu'en ce qui concerne la partie "inondations", c'est une explication vraisemblable, ainsi qu'il est expliqué ci-dessus.
On peut aussi être troublé par le rapprochement entre les conditions qui ont permis l'apparition de cette "tempête" et ce que prédisent certains modèles.
| Le "moteur" des tempêtes est toujours une différence élevée de température ou d'humidité entre deux masses d'air (on parle de gradient). Or certains modèles - par exemple celui de l'IPSL - prédisent que le changement climatique va refroidir l'air situé au nord de l'Europe et réchauffer l'air situé au sud de l'Europe.
Une telle évolution augmenterait chroniquement la différence de température entre le Nord et le Sud de l'Europe.
On se rappellera peut-être que les tempêtes de l'hiver 1999 (qui étaient en fait des ouragans) avaient pour origine la confrontation au -dessus de la France d'une masse d'air inhabituellement chaude venu du sud avec une masse d'air inhabituellement froide venu du nord,
En conséquence, une évolution régionale telle que celle donnée par le modèle de l'IPSL (qui n'est pas le seul à prévoir des évolutions de cette nature) "aiderait le hasard" dans l'apparition de tempêtes analogues à celles que nous venons de connaître,
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Plus généralement, les modèles prédisent tous des augmentations de gradient dans l'atmosphère, mais pas aux mêmes endroits (ce qui est une conséquence normale de leurs limites). Des renforcements de gradients, non localisables à l'avance, sont donc probables, et ces tempêtes donnent donc une bonne idée de ce qui pourra survenir de manière chronique en cas de réchauffement, chez nous ou ailleurs (probablement sans que l'on puisse le prévoir),
Un dernier point est d'importance :
si ce genre de phénomène est déjà une conséquence du réchauffement, il y a probablement bien pire à venir, les températures étant d'ores et déjà destinées à augmenter quoi que nous fassions pendant encore quelques siècles.