Victor 6 000, le dernier-né des submersibles d'Ifremer
Traque des sources hydrothermales dans les fonds marins
Les sédiments d'opales dans l'océan austral : comprendre le passé pour prévoir l'avenir
Victor 6 000, le nouvel outil de l'Ifremer pour explorer les grands fonds, sera le premier engin téléopéré en Europe de ce type capable de plonger à 6 000 mètres. Il est actuellement à l'essai et devrait être opérationnel dès l'été prochain. Son innovation majeure est d'être équipé d'un câble à fibres optiques transportant des images, du son et des données d'excellente qualité, jamais obtenus auparavant. Il pourra remplir toutes sortes de missions propres à l'océanographie, comme par exemple aller faire de l'investigation sur des sites de sources hydrothermales, préléver des échantillons, identifier des sites marins remarquables et les localiser, puis les positionner. Bien sûr, il y a déjà le Nautile, pouvant descendre aux mêmes profondeurs, mais le Nautile sert pour des missions habitées, ce qui raccourcit la durée de la plongée à 8 heures environ. Victor, lui, est capable d'observation non-stop durant plusieurs jours s'il le faut. A terme, Victor pourra remplir des missions similaires à celles du Nautile dans 80% des cas. Ses utilisateurs seront les scientifiques de l'Ifremer, mais également d'autres instituts de recherche.
Contact :
Jean-François Drogou - Ifremer Toulon - BP 330 83507 La Seyne -
Tél. : 04 94 30 48 39.
Les grandes dorsales océaniques, situées sur les zones de séparation des plaques tectoniques, sont le siège d'une intense activité volcanique, tectonique et hydrothermale. L'eau de mer pénètre la croûte terrestre dans les fissures des dorsales, pour rejaillir ensuite chauffée à 350°C., sous forme de geysers sous-marins. Durant son parcours dans la croûte océanique, l'eau s'est chargée en éléments minéraux dissous. Ces éléments se solidifient lorsque l'eau ressort des entrailles de la terre, et s'accumulent sous forme de monts de sulfures polymétaliques de 200 mètres de diamètre et 50 à 100 mètres de haut. Ces monts sont surmontés de cheminées qui peuvent atteindre 25 mètres de haut. Ces accumulations sont l'équivalent de nos mines terrestres : on y trouve en quantité du cuivre, du zinc, du plomb, de l'argent, et même de l'or. Pour le moment, ces richesses sont encore inexploitées, même si l'existence des sources hydrothermales est connue depuis une vingtaine d'années, car les techniques de forage et d'exploitation n'existent pas. L'objet des missions est actuellement d'identifier les sources afin de quantifier l'importance de leurs dépôts minéraux et de comprendre le fonctionnement des dorsales océaniques parcourant le fond des océans sur 60 000 km. La détection des sources actives se fait grâce à la remontée de ces eaux, plus chaudes, qui forment un panache fortement chargé en éléments chimiques à environ 300 m au dessous du fond. L'eau est prélevée et analysée à bord des navires pour détecter les éléments dissous apportés par les sources hydrothermales. Récemment, trois sites viennent d'être découverts sur la dorsale près des Açores à des profondeurs de 800, 1 700 et 2 400 mètres.
Contact :
Yves Fouquet - Laboratoire de Géochimie métalogénie - Ifremer, centre de Brest - BP 70
- 29280 Plouzané - Tél. : 02 98 22 42 54.
Une des caractéristiques de l'océan austral (20% de la superficie de l'Océan mondial) est d'accueillir dans ses profondeurs abyssales un important dépôt d'opale, en fait près de la moitié du gisement global de l'Océan mondial. Lors de la photosynthèse, les diatomées consomment du dioxyde de carbone (gaz à "effet de serre") transféré de l'atmosphère vers la couche de surface de l'océan. C'est la "pompe biologique du CO
2" qui transforme du CO2 en carbone organique particulaire. Cette pompe biologique contrôle pour une part l'échange de CO2 entre l'atmosphère et l'océan. Au cours de leur croissance, les diatomées fabriquent une carapace de silice biogénique : l'opale. A la mort de ces organismes, l'essentiel du matériel biogénique formé se dégrade et se minéralise dans la couche de surface. Toutefois, une partie du matériel est transférée vers les couches profondes de l'océan et vers le sédiment. Le carbone ainsi transféré disparaît du cycle annuel du CO2 atmosphérique pour des siècles, des millénaires, voire pour des millions d'années. Si dans ce transfert le carbone organique a tendance à disparaître (en se minéralisant sous forme de CO2 dissous), l'opale est bien mieux préservée.En étudiant l'évolution de la concentration de l'opale dans les sédiments au cours des siècles, on peut reconstruire l'activité photosynthétique des algues dans la couche de surface et déterminer l'évolution de la concentration de CO
2 dans la couche de surface en relation avec la composition de l'atmosphère passée. C'est l'objectif du programme international OPALEO dirigé par Paul Tréguer. Les études préliminaires liées à ce programme - en attente de financements américains et européens, il devrait véritablement débuter d'ici à l'an 2000 - se sont portées sur des carottes de sédiments d'opale prélevées dans l'océan austral. Le matériel sédimentaire datant de 18 000 ans (dernière glaciation terrestre) est particulièrement riche en opale, ce qui semble indiquer que la pompe biologique de CO2 était alors plus active. Grâce aux glaces de l'Antarctique (qui ont préservé la paléoatmosphère), les chercheurs ont aussi pu montrer qu'à cette époque la teneur en CO2 atmosphérique était particulièrement faible par rapport à la teneur actuelle. Ces deux faits sont-ils liés ? Autrement dit, la teneur atmosphérique en CO2 au dernier âge glaciaire a-t-elle baissé sous l'action d'un énergique pompage biologique par les diatomées de l'océan austral ? Pas évident pensent les chercheurs : une absorption de CO2 atmosphérique d'origine physique (les gaz de l'atmosphère se dissolvent mieux dans les eaux plus froides de l'océan) peut aussi être impliquée. On connaît le rôle majeur joué par le CO2 atmosphérique sur le climat de la planète Terre, aussi les résultats d'OPALEO sont-ils importants pour mieux comprendre les réactions du système couplé CO2-climat-atmosphère-océan-biosphère marine et pour mieux prévoir ses réactions au réchauffement climatique en cours.Contact :
Paul Tréguer - Laboratoire Bioflux - Institut universitaire européen de la mer -
Université de Bretagne occidentale - 29280 Plouzané - Tél. : 02 98 49 86 64.