Depuis la Seconde Guerre mondiale, l’agriculture intensive, fondée sur l’usage des pesticides, s’est imposée. Mais à quel prix ? Épuisement des sols, pollution des eaux, contribution au changement climatique, menace sur la santé des agriculteurs et des consommateurs (maladie de Parkinson ou certains cancers etc…), le bilan est lourd. Selon un rapport de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA), publié en 2025, 42 % des denrées alimentaires vendues dans l’Union européenne contiennent au moins un résidu de pesticides ! Devant pareil constat : comment protéger sa santé ? Pour vous guider, découvrez ce qu’il faut savoir sur l’usage des pesticides, les résidus et l’effet cocktail ? Découvrez également quels sont les fruits et légumes les plus contaminés et comment mieux les choisir au quotidien.
La France, championne européenne de l’usage des pesticides
L’usage des produits phytosanitaires explose au niveau mondial. Selon la FAO, plus de 3 millions de tonnes de pesticides sont déversées dans les champs chaque année, c’est près du double de la consommation de 1990. Derrière ce chiffre se cachent de grandes disparités géographiques.
L’Afrique en utilise 11 fois moins par hectare agricole que l’Amérique du Sud et 5 fois moins que l’Union européenne. Au sein des États membres de l’Union Européenne, la quantité de pesticides est également très variable. Si l’on regarde l’utilisation à l’hectare, certains pays comme Malte (12,74 kg de pesticides par hectare de terres cultivées en 2023), les Pays bas (6,95 kg/ha) et Chypre (6,5 kg/ha) sont les plus gros consommateurs de l’UE. Mais, en valeur absolue, autrement dit en quantité totale pulvérisée, les plus gros consommateurs sont bien :
- la France,
- l'Espagne,
- l'Allemagne et
- l’Italie
Être parmi les plus gros producteurs agricoles de l’Union Européenne explique en partie ce mauvais classement, mais il n’en reste pas moins que, rapportée au nombre d’hectares, la consommation de pesticides par ces pays reste au-dessus de la moyenne européenne (2,67 kg/ha). A titre d’exemple, la France en utilise 3,65 kg/ha !
Un rapport du Sénat, publié en 2023, vient confirmer ce statut de « mauvais élève » : la France s’y classe comme le premier pays consommateur de l’Union Européenne et le troisième au niveau mondial, avec plus de 110 000 tonnes consommées par an, dont 90% pour sa seule agriculture.
Pesticides : attention à l’effet cocktail
L’encadrement des pesticides est assuré par l’Autorité Européenne de Sécurité des Aliments (EFSA), qui définit notamment les taux de contamination réglementaires autorisés dans les aliments. Malgré tout, la communauté scientifique s’inquiète. La raison : l’effet cocktail, c’est-à-dire le fait de consommer plusieurs substances pesticides en même temps, et dont les impacts sont encore méconnus et mal évalués.
Ce phénomène survient lorsque plusieurs substances chimiques, normalement inoffensives si elles sont prises séparément et à faibles doses, deviennent toxiques une fois mélangées. Ce cumul pourrait multiplier les risques pour la santé humaine.
Une contamination stable mais de plus en plus complexe
Si le taux de contamination des aliments n’a que peu évolué depuis les années 2000, le rapport de l’EFSA indique aussi que la nature de la contamination a radicalement changé. Le rapport montre notamment que :
- Le nombre d’aliments contaminés par plusieurs substances actives a doublé en 25 ans.
- Le nombre d’aliments contaminés simultanément par plusieurs substances atteint les 50% des échantillons analysés
Ces résultats corroborent ceux d'une précédente étude, Pesticides : Play it Safe !, menée par l’équipe Affaires publiques européennes de l’agence d’études de marché Ipsos pour le Pesticide Action Network (PAN) Europe, en collaboration avec Générations Futures pour la France.
Des chiffres alarmants pour les produits non bio en France
Les contaminations pourraient même être bien plus élevées en France, selon Générations Futures.
En effet, dans son rapport de 2025, sur les résidus de pesticides dans les aliments non bio consommés en France, l'association constate que la réalité des contaminations des aliments serait bien plus préoccupante que l’étude de l’EFSA ne le montre, avec des niveaux de contamination supérieurs !
Générations Futures révèle que sur 29 fruits et légumes différents et 1912 échantillons prélevés en France en 2023 :
- 61% d’entre eux présentent au moins 1 résidu de pesticides - qu’ils soient classés perturbateurs endocriniens (PE), Polluants éternels (PFAS) ou Cancérigènes, Mutagènes et Reprotoxiques (CMR).
- 142 substances actives et classées comme pesticides ont pu être identifiées.
Quels sont les fruits les plus contaminés aux pesticides ?
Toujours selon le rapport de Générations Futures, ce sont les fruits qui paient le plus lourd tribut à l’agriculture chimique :
- 78% des échantillons de fruits testés contiennent au moins un résidu de pesticides (qu’il s’agisse d’un pesticide perturbateurs endocriniens (PE), un pesticide Polluants éternels (PFAS) ou un pesticides classés Cancérigènes, Mutagènes et Reprotoxiques (CMR), avec des disparités selon les fruits et selon les pesticides détectés).
Certains fruits affichent des taux de contamination quasi systématique. Sur le podium des produits les plus exposés :
- La cerise : 98 % des échantillons étaient concernés par au moins 1 résidu de pesticide (PE, PFAS OU CMR).
- Le raisin (94 %)
- La fraises (93 %)
D’autres fruits, incontournables de notre alimentation, se retrouvent aussi dans ce triste palmarès :
La pomme (89%),
Les agrumes (84%),
Le citron vert (83%)
La poire (82%)
Certains fruits dépassaient même les limites de résidus autorisés (LMR), comme pour la cerise.
Ces résultats français corroborent ceux d’une autre étude, publiée il y a quelques années par l’Environmental Working Group (EWG), une ONG environnementale de Washington. Leurs résultats, basés sur 87.000 tests réalisés entre 2000 et 2009, puis en 2013 et 2014, présentent de grandes similitudes, pointant notamment les fraises, le raisin et les pommes comme fruits les plus contaminés.
Les légumes loin d’être épargnés par les polluants chimiques
Si les fruits sont les productions les plus contaminées par les pesticides, les légumes ne sont pas en reste. Toujours selon le rapport de l'association, 53% des légumes analysés présentent au moins un résidu de pesticide. Là encore, tous les légumes ne sont pas logés à la même enseigne, certains affichant un taux de contamination particulièrement élevé.
Parmi les légumes les plus contaminés aux pesticides, on retrouve :
- Le poivron (74%)
- L’aubergine (71%)
- La courgette (59%)
En 2022, L’UFC-Que-Choisir a également publié un observatoire sur les légumes non bio, fondé sur l’analyse de plus de 5 000 aliments, échantillonnés par les autorités françaises en 2020 et 2021. Là encore, les résultats révèlent que :
- Plus de la moitié des légumes commercialisés en France sont contaminés par au moins un résidu de pesticides.
- Certains légumes sont même systématiquement contaminés, comme le céleri rave et branche (non étudié dans le rapport de Génération Futures).
Dans un souci de transparence, l’UFC a d’ailleurs mis en ligne les résultats de ses recherches, détaillant avec précision, pour chaque légume observé, les résidus les plus fréquemment détectés. Un travail colossal de collecte de données et une mine d’or pour qui s’intéresse à ce sujet.
Comment limiter son exposition aux pesticides ?
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Choisir des fruits et légumes moins exposés aux pesticides
En agriculture conventionnelle, certaines productions sont moins contaminées que d’autres. Un classement plus « vertueux » a également été dressé par l’UFC-Que-Choisir. On y retrouve entre autres :
- Le topinambour
- La betterave
- L’asperge
- Le chou
- Le maïs doux
- L’oignon
- La patate douce
- Le kiwi
- La papaye
- L’ananas
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Mettre en place des gestes « barrières »
Pour les aliments issus de l’agriculture conventionnelle, certains bons gestes sont à respecter de manière si possible systématique en cuisine. Ces « gestes de précaution » ont été décrits par Laurence Gamet-Payrastre, chargée de recherches à l’INRAE, dans son étude sur les impacts d’une exposition chronique aux pesticides via notre alimentation.
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Laver et éplucher ses légumes
En effet, le lavage permet d’éliminer efficacement les composés présents en surface des végétaux. Le lavage sera d’autant plus efficace que sa durée sera prolongée. Il est donc préférable d’immerger ses fruits et légumes quelques minutes, plutôt que de les rincer rapidement.
De même, éplucher ses légumes permet de réduire le risque en éliminant les composés contenus dans la peau des légumes.
Mais cette technique reste aléatoire selon les fruits et légumes, car nombre de pesticides se retrouvent dans la chair des produits, voire en leur cœur, comme pour la pomme.
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Utiliser des traitements thermiques (pasteurisation, cuisson, appertisation)
Certaines techniques de cuisson et de conservation des légumes sont également efficaces. Dans son étude, la chercheuse de l’INRAE explique que « la diminution des teneurs en résidus de pesticides au cours du traitement thermique peut être due à l’évaporation, la co-distillation, la dégradation thermique qui varient en fonction de la nature chimique du pesticide ».
L’agriculture biologique, la meilleure solution pour éviter la contamination aux pesticides via note alimentation
Pour éviter la contamination aux pesticides, la meilleure solution pour restent sans aucun doute la consommation de produits issus de l’agriculture biologique. A ce sujet, la recherche scientifique fait consensus, et de nombreuses études en témoignent :
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Le rapport 2025 de l’Autorité Européenne de Sécurité des Aliments (EFSA) :
Parmi les échantillons que l'agence a pu analyser, ceux issus de l’agriculture biologique présentent des taux de contamination aux pesticides bien inférieurs aux produits conventionnels :
- 82,8 % des échantillons bio ne contiennent aucun résidu quantifiable.
- 17,2 % des échantillons présentent des taux de résidus très faibles, probablement due à une contamination non intentionnelle via l’environnement (les pesticides se retrouvant aujourd’hui dans notre air et notre eau de pluie).
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L’étude française Nutri-Net Santé
L’une des études les plus reconnues sur le sujet, l’étude française Nutri-Net Santé, Évaluation des trajectoires d’évolution des pressions environnementales liées à l’alimentation sur huit années dans la cohorte NutriNet-Santé, ayant suivi de manière méticuleuse et systématique l’alimentation quotidienne d’une cohorte de plusieurs milliers de personnes volontaires, a également mis en évidence des résultats similaires. Elle indique que les taux de diabète et de certains cancers, en particulier les lymphomes, étaient fortement réduits, voire très fortement réduits chez les publics consommant plus de produits biologiques.
De même, il est aujourd’hui avéré que l’exposition des femmes enceintes aux pesticides, y compris à des doses relativement faibles, à un impact sur la construction cérébrale des enfants à naître et peut entrainer chez les nourrissons des troubles autistiques, des retards mentaux ou des déficits d’attention.
Enfin, une autre étude, menée cette fois sur des étudiants volontaires (hommes et femmes) durant cinq semaines seulement, afin d’évaluer les effets de la consommation d’aliments biologiques par rapport à la consommation d’aliments conventionnels, parvient à des résultats similaires[1].
En à peine un mois, le changement de consommation des étudiants, passant d’une alimentation conventionnelle à une alimentation biologique, a permis de réduire de plus de 90% leur exposition aux pesticides.
L'agriculture biologique reste donc la seule solution efficace pour limiter son exposition aux résidus de pesticides à travers son alimentation.
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