Défendre une agriculture sans pesticides

Agriculture et biodiversité : le pari audacieux de Leslie Helfer

Publié le 13 avril 2026 , mis à jour le 14 avril 2026

Et si la nature était la meilleure alliée de la rentabilité agricole ? C’est ce que nous démontre Leslie Helfer, arboricultrice dans les Yvelines (78). Installée à Feucherolles, elle prouve que restaurer les équilibres du vivant pour se passer des pesticides de synthèse n’est pas une utopie, mais une stratégie payante, pour cultiver des fruits de qualité, tout en protégeant son outil de travail.

Son témoignage nous éclaire aussi sur un point essentiel : si le monde agricole à son rôle à jouer pour préserver l’environnement, la restauration de la biodiversité, incombe à tous : citoyens, collectivités, entreprises privées…

Découvrez le portrait de Leslie Helfer, arboricultrice engagée en agriculture biologique, qui a fait de la biodiversité l'alliée majeure de sa ferme

02:57

De Rungis au verger : renouer avec l’héritage familial

Petite-fille d’agriculteur, Leslie a d’abord exploré les coulisses du commerce international de fruits. Mais après plus de dix ans passés dans l’import-export à Rungis, le besoin de renouer avec la terre et de retrouver un métier qui a du sens l’emporte. Elle décide alors de renouer avec l’héritage familial, en se confrontant à la réalité de l’agriculture, de loin « la partie la plus compliquée » selon elle.

Attachée à la nature et à l’environnement, elle s’oriente vers l’arboriculture biologique, sur une ferme d’environ 5 hectares, située à Feucherolles (78), dans la plaine de Versailles. Son projet : cultiver des fruits, des kiwis principalement, mais aussi des pommes, petits fruits rouges et raisin de table, et les commercialiser en circuit court uniquement.

Restaurer les équilibres de la nature : une stratégie de long terme, un pari payant !

Quand elle se lance dans le métier, Leslie ne s’imagine pas la réalité qui va la rattraper... Très vite, elle fait un constat sans appel : sur sa ferme et comme aux alentours, le manque de biodiversité est criant. C’est ça qu’elle doit avant tout restaurer ! Car elle en est convaincue : compenser avec des pesticides de synthèse n’est pas la solution. Pendant 5 ans, elle décide de laisser la nature reprendre ses droits. Larves, parasites, chenilles se multiplient sur la ferme.

Face à une situation que beaucoup aurait réglé à l’aide de pesticides, Leslie persiste, à raison. Peu à peu, la biodiversité s’installe et s’autorégule, instaurant un nouvel équilibre écologique sur la ferme.

« Il y a beaucoup d’oiseaux qui se sont installés ici, parce qu’il y a beaucoup d’insectes, et maintenant, je n’ai plus rien qui vient infester mes pommiers. Pareil pour les cerisiers. Ce n’est pas que c’est miraculeux, assure-t-elle, c’est que c’est comme ça que ça doit fonctionner. »

La « Biodiversiculture » : restaurer la nature pour cultiver sans pesticides

Leslie se définit désormais comme une « biodiversicultrice » car son métier consiste avant tout à cultiver la biodiversité pour accueillir de nombreux insectes.

« Je pensais que j’allais faire de la production de fruits, explique-t-elle. Mais c’est récemment que j’ai pris conscience du temps que je passais, finalement, à faire des choses qui rétablissent les déséquilibres de la nature. »

« Sans les équilibres [de la nature], il n’y a pas de biodiversité. Sans biodiversité, on ne peut pas produire sainement ».

Mais elle souligne un point crucial : la transition écologique n’incombe pas qu’aux seuls agriculteurs :

« Les agriculteurs ne peuvent pas restaurer ces équilibres tout seuls », reconnait-elle. « Quand on a un champ qui est entouré de zones industrielles, de béton, de minéral, qu’il n’y a pas d’arbres, qu’il n’y a pas de haies, qu’il n’y a pas de prairies », alors il n’y a pas de stock de biodiversité. Donc peu de moyens de produire correctement. Selon elle, les agriculteurs ont alors peu d’alternatives aux pesticides.

Leslie le clame donc haut et fort : la restauration de la biodiversité doit être l’affaire de tous, des particuliers comme des entreprises privées, des communes ou des agglomérations.

C’est à « tout le monde de s’en préoccuper », résume-t-elle, sous peine de ne pouvoir sortir de l’impasse des produits chimiques.

Pourquoi son témoignage nous inspire ?

Le parcours de Leslie Helfer démontre que l’agroécologie est une voie d’avenir, moderne et viable.

En respectant le vivant, elle fait la démonstration que :

  • L’agriculture et la biodiversité ne s’opposent pas et sont les deux piliers d’un même modèle vertueux.
  • L'épanouissement de la nature et des agriculteurs est au cœur du modèle : moins de chimie, c'est plus de fierté et de sens.
  • La restauration de la biodiversité est l’affaire de tous.

 

Dans la lignée de Carine Thierry en polyculture-élevage en Seine-et-Marne, Emmanuelle Billard, éleveuse laitière en Bretagne, ou Dominique Hauvette, vigneronne dans les Bouches-du-Rhône, Leslie Helfer prouve qu’un autre modèle est possible.

Rapport

Télécharger (format pdf - 2 Mo)

L'article vous a été utile pour mieux comprendre cette actualité ?

Pour approfondir le sujet

Sols contaminés : l’urgence de sevrer notre agriculture du cadmium
Lait bio et pâturage : le secret d’Emmanuelle Billard pour bien vivre
Le témoignage de Carine Thierry éleveuse engagée