Stress chronique, éco-anxiété, sentiment d’impuissance… Face au tumulte de notre époque, nous en sommes convaincus : protéger la biodiversité n'est pas seulement un devoir moral, c'est un aussi acte de soin envers nous-mêmes. Lors d'une conférence organisée à l'Académie du Climat, le 2 avril 2026, nous avons rassemblé des experts – microbiologiste et écologue, ornithologue, médecin – qui ont croisé leurs regards pour éclairer le rôle thérapeutique de la nature, les interactions qui nous lient au vivant, ce qui au contraire nous en éloigne, et ont partagé des actions concrètes pour s’y reconnecter.
Animée par Chloé Nabédian, Vice-présidente de la Fondation, cette conférence a rassemblé :
- Philippe Dubois, ornithologue, écologue et écrivain.
- Blandine Mellouet Fort, médecin de santé publique spécialisée des prescriptions de nature.
- Marc-André Selosse, microbiologiste et écologue. professeur du Muséum national d’Histoire naturelle à Paris et membre du Conseil Scientifique de la FNH.
- Stéphanie Clément-Grandcourt, directrice générale de la FNH.
Une conviction profonde : protéger la nature pour vivre mieux
Stéphanie Clément-Grandcourt, directrice générale de notre Fondation a ouvert la rencontre en partageant sa vision : l’engagement en faveur de l’environnement ne doit plus être perçu comme un fardeau ou un sacrifice. C’est une philosophie de vie qui place le bien-être au centre :
« À la Fondation, nous sommes nés de cette conviction : protéger la nature, c’est nous aider à vivre mieux, à prendre soin de tout ce qui est cher à nos yeux, à commencer par notre santé et celle de nos proches. »
Dans un contexte de "backlash" environnemental et de nouvelles anxiogènes, elle a rappelé que la pédagogie est essentielle pour convaincre que la biodiversité est une opportunité. « Prendre soin de la nature, c’est peut-être le plus bel acte de soin que l’on puisse s'offrir », affirme Stéphanie Clément-Grandcourt.
La nature au chevet de notre stress et de nos angoisses
Blandine Mellouet Fort, médecin de santé publique a, de son côté, souligné que la santé ne se résume pas à l'absence de maladie : « j’avais fait des études de maladie et pas vraiment des études de santé. La santé ne dépend pas que du système de soins ». Elle rappelle que 70 % de nos déterminants de santé dépendent de notre système socio-économique et de notre environnement. Face au mal-être contemporain, elle distingue trois niveaux de souffrance :
- Le stress : Une réaction ponctuelle face à une menace.
- L'angoisse (ou anxiété) : Un état d'inquiétude chronique par anticipation.
- La dépression : Un trouble de l'humeur avec perte d'énergie et de plaisir.
Face à ces maux, la nature agit, selon elle, comme un puissant régulateur physiologique à tous les âges de la vie.
« Ce n’est pas qu’un mythe, c’est démontré par la littérature scientifique. L'exposition à la nature diminue le cortisol (l'hormone du stress), baisse le rythme cardiaque, la tension artérielle, restaure nos capacités attentionnelles », explique Blandine Mellouet Fort.
Le "super-pouvoir" des oiseaux et la biodiversité comme un humanisme
Philippe Dubois, ornithologue, observe quant à lui les effets bénéfiques du vivant depuis 40 ans. Il évoque le concept d'ornithothérapie :
« Au bout de six minutes au contact de la nature, le taux de cortisol diminue de façon notable. Si l’on pratique cette immersion deux heures par semaine, on se trouve dans des conditions extrêmement favorables pour notre propre psychisme. »
Il raconte une expérience saisissante où des promeneurs, exposés à des chants d'oiseaux, exprimaient un bien-être bien supérieur à d’autres qui s’étaient promenés sans un chant pour les accompagner. Le simple fait d'observer le vol d'un oiseau ou d'écouter un rouge-gorge chanter dans la brume matinale est, selon lui, « bien meilleur que tous les médicaments ».
Marc-André Selosse, microbiologiste, membre de notre Conseil scientifique a invité l'auditoire à opérer une plongée microscopique. Pour lui, la séparation entre l'homme et la nature est une illusion biologique. Nous sommes "peuplés" de biodiversité.
Notre microbiote, les bactéries que nous hébergeons dans notre corps, est selon lui le produit de millions de générations ayant vécu au contact de la nature : « L’érosion de la biodiversité de nos microbiotes est un des facteurs de prédisposition aux maladies de la modernité, celles du métabolisme : diabète, obésité, asthme, allergies et même certains troubles du système nerveux comme Alzheimer. Le manque de nature nous scarifie et blesse l'âme humaine » explique-t-il.
Sa recommandation est simple, presque rebelle dans notre société de l'ultra-propreté : « Je ne suis pas sûr qu'il faille absolument nettoyer frénétiquement tous les aliments et toutes les surfaces. » Retrouver le contact avec la terre, c'est nourrir les alliés bactériens qui nous maintiennent en vie.
Le défi de la ville : la nature comme droit, pas comme luxe
Pour Stéphanie Clément-Grandcourt, Directrice générale de la FNH, le constat est social : 80 % des Français vivent en ville, souvent coupés de ce "soin" naturel. « Donner accès à la nature est un sujet capital de santé publique », affirme-t-elle. « Et c’est d’autant plus important que quand on vite en ville, on l’a dit tout à l’heure, on est exposé à de la pollution, du bruit, de la pollution atmosphérique, de la pollution visuelle »
Elle cite l'exemple de Londres, où les parcs permettent d'économiser un milliard d'euros en dépenses de santé. « En France, c’est pareil, on a fait des études qui montrent que plus les villes sont végétalisées, plus on arrive à baisser le nombre de décès prématurés. « Donc ça n’est pas un petit sujet, et ça n’est pas un sujet de bobo de dire qu’il nous faut des arbres à Paris… c’est vraiment un enjeu de santé publique » renchérit-elle.
Le problème ? Nous avons trop souvent perçu la nature en ville sous l'angle du risque : la branche qui tombe, l'allergie. Il est temps d'inverser le regard pour en voir les bénéfices systémiques.
Une nature qui disparaît… et que l’on oublie
Mais un paradoxe traverse toute la conférence : alors que la nature nous fait du bien, nous nous en éloignons.
Stéphanie Clément-Grandcourt cite une étude du CNRS pilotée par Michel Loreau et Gladys Barragan-Jason qui ont documenté cette distance qui nous sépare de plus en plus des espaces de nature. « En moyenne dans le monde, on vit à environ 10KM d’un lieu de nature » explique-t-elle. « En Allemagne, c’est 22km, en France 16Km. » . A qui la faute ? aux écrans ? Pas si simple selon Stéphanie qui pointe la responsabilité de la destruction de la nature et de l’artificialisation de nos lieux de vie.
Stéphanie Clément-Grandcourt alerte également sur un phénomène clé qui accentue encore cette distanciation vis-à-vis de la nature :« On s’habitue à une nature dégradée, qui devient notre nouvelle normalité. » C’est ce qu’on appelle l’amnésie environnementale générationnelle.
« Il faut imaginer que notre cerveau est comme un ordinateur et qu’il va effacer les versions précédentes. On va s’habituer à l’état de nature dégradé que l’on a devant les yeux, comme s’il s’agissait du niveau normal ».
Philippe Dubois illustre ce basculement avec une anecdote frappante : « Quand j'étais tout jeune ornithologue, je me promenais en Île-de-France, dans le Vexin français, avec mon père. On avait entendu des d'alouettes, pour moi elles étaient nombreuses. Mon père, qui était aussi un peu naturaliste me disait : « Mais non, on en a entendu que 10, pas plus, alors que moi, quand j'avais ton âge, Il y en avait le double ! Vingt ans plus tard, je refaisais ce même circuit avec mes fils et je constatais qu'il y avait une baisse extrêmement importante des Alouettes. Je n’avais compté que 5 chanteurs et mes enfants me disaient « Mais non, c'est énorme ! Il étaient eux-mêmes surpris du nombre d'alouettes qu'on avait pu entendre. Ils avaient entendu 5 chanteurs, là où j'en avais entendu 10 et où mon père en avait peut-être entendu 20».
En 40 ans, près d’un quart des oiseaux ont disparu en Europe, jusqu’à 60% dans certaines zones agricoles. Le paysage est toujours là, mais il devient, selon ses mots « un théâtre vidé de ses acteurs. »
Recréer le lien avec la nature : une responsabilité collective
Au-delà des solutions individuelles, les intervenants convergent sur un point : retisser des liens avec la nature est un projet de société.
Pour Marc-André Selosse :« On ne fait pas d’humain sans nature. » Et pour Philippe Dubois, l’enjeu est presque philosophique : « On est la seule espèce qui détruit son propre milieu de vie. »
Mais tout n’est pas perdu .«Les solutions sont là », insiste Marc-André Selosse, évoquant l’agroécologie, les villes végétalisées ou encore une meilleure prise en compte du vivant notamment par quelques enseignants extraordinaires.
La solution "École du dehors" : former une génération connectée
C'est l'un des points d'orgue de la conférence : la présentation de la solution concrète portée par la FNH pour reconnecter les plus jeunes aux vivants et en faire des adultes qui auront, demain, envie de protéger ce qui nous fait du bien.
« Il ne suffit pas de dire à un enfant : moi quand j’avais ton âge je voyais des papillons, parce que si lui il ne les voit pas, il s’en fiche un peu. Ce qui est important, c’est vraiment de faire vivre aux enfants des expériences de nature » explique Stéphanie Clément-Grandcourt.
Et en en sens, l’école peut être un formidable levier !
Stéphanie Clément-Grandcourt a ainsi détaillé le lancement prochain d'une formation gratuite pour les enseignants et acteurs du périscolaire, dédiée à "l'école du dehors. « On n'est pas forcément formé, on ne sait pas toujours comment sortir avec 20 ou 30 gamins dans un parc », reconnaît-elle. Cette formation répondra donc à des questions très concrètes : où aller ? Comment assurer la sécurité ? Quels sont les bénéfices pour le développement de l'enfant ? Quelles activités proposer ?
L'objectif est clair : transformer l'éducation pour que la classe ne soit plus seulement entre quatre murs. « On est convaincus que si l'on déploie cet outil largement, on peut créer une génération d'enfants connectés au vivant et apporter un changement structurel », conclut-elle avec espoir.
La nature ne se décrète pas, elle se vit
La conférence s'est achevée sur une certitude partagée : la transition écologique a besoin d'expériences sensibles. En protégeant la biodiversité, nous ne sauvons pas une entité abstraite et lointaine ; nous préservons notre propre équilibre et notre capacité à affronter les tempêtes du quotidien.
Vous souhaitez aller plus loin ?
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Vous y retrouvez de nombreuses informations partagées par nos intervenants, notamment ce que la recherche révèle de ces liens invisibles qui nous lient à la nature et qui nous font tant de bien, mais aussi des exercices simples et des conseils pour :
- remédier au stress en composant « paysage de poche »,
- réduire la fatigue mentale grâce à la marche,
- apaiser son système nerveux en profondeur grâce à l’immersion sensorielle
- et réguler son sommeil et son énergie grâce à la lumière naturelle.
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