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Élevage et consommation de viande : la nécessité de concilier le « moins et mieux »

Publié le 26 mars 2021 , mis à jour le 24 mai 2021

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Comme pour l’ensemble de l’agriculture, la société et la science attendent que l’élevage évolue pour réduire son impact sur le changement climatique, contribue à la préservation de la biodiversité et respecte le bien-être animal. Côté consommateur, les protéines animales, notamment la viande, occupent encore une place centrale dans les assiettes. Pourtant, pour lutter contre le changement climatique, il est nécessaire de réduire drastiquement la part qu’on leur accorde. Manger moins et mieux est une nécessité. Pour la FNH cela passe par un objectif à atteindre : baisser la production et la consommation de produits animaux d’au moins 50 % d’ici 2050.

État des lieux d’une filière au carrefour d’enjeux écologiques et sociaux

Une empreinte écologique qui pèse lourd…

Si la production animale ne fournit que 37% de nos protéines et 18% de nos calories (1), elle est au cœur d’enjeux environnementaux cruciaux :

  • elle compte pour 14,5 % des émissions mondiales de GES hors déforestation ;
  • elle représente 70% des émissions agricoles si l’on ne considère que l’élevage (hors émissions liées aux cultures consacrées à l’alimentation animale) ;
  • elle mobilise environ 83% des terres arables dans le monde ;
  • elle est responsable de plus de 80% de la déforestation de la forêt amazonienne. Cette déforestation est opérée pour mettre en place des zones de pâturage pour les ruminants ou de production de l’alimentation animale. Le soja ingéré par les animaux d’élevage français est en grande majorité importé du Brésil.

En matière de biodiversité, les impacts sont très divers selon les systèmes, les productions et les modèles. Si une grande partie de l'élevage allaitant français est aujourd’hui garant du maintien des prairies riches en biodiversité, d’autres produits animaux sont dépendants des importations de protéines (soja) d'Amérique du Sud pour l’alimentation des animaux et contribuent ainsi massivement à la déforestation. Dans le monde, l’intensification des méthodes d’élevage n’est pas non plus sans lien avec le développement des zoonoses et de leur propagation (2).

Enfin émerge dans la société les questions relatives au bien-être animal avec la nécessité de toujours plus le prendre en compte à toutes les étapes de la production (de la naissance à l’abattage).

La filière élevage bovin viande française en pleine crise économique

Le cheptel et la demande de produits carnés diminuent légèrement depuis une vingtaine d’années en France. Cette baisse de la consommation concerne surtout les viandes bovines et porcines (environ -14% entre 1998 et 2018) alors qu’elle a augmenté pour la volaille (+22,7% entre 1998 et 2018). Cette baisse est aujourd’hui subie par les éleveurs de bovins en France. Elle s’accompagne d’un prix payé au producteur insuffisant. Ces derniers vivent actuellement une réalité économique et sociale très dure sans être accompagnés par les pouvoirs publics, qui ne donnent, ni cap ni moyens, pour sortir l’élevage de ses ornières.

Une nécessite : aller vers le moins et mieux en réduisant la production et la consommation d’au moins 50%

Pour répondre aux problématiques écologiques et sociales, de plus en plus d’acteurs (autorités sanitaires, scientifiques, ONG, etc.) s’accordent à dire qu’il est urgent de diminuer fortement la production et la consommation de produits animaux (y compris porc et volaille) à travers le monde.

En France, la Stratégie Nationale Bas Carbone (SNBC) fixe pour objectif de diminuer de 46% les émissions du secteur agricole français d’ici 2050 et de 19% d’ici 2030 (3). Pour y arriver et en l’état actuel des connaissances scientifiques, la FNH se mobilise pour que les politiques publiques s’orientent vers une diminution d’au moins 50% de la production et de la consommation de produits animaux en France en 2050 par rapport à 2020.

En effet, selon la Commission EAT, il apparaît qu’une diminution d’au moins 50% de la consommation de viande rouge est nécessaire pour atteindre les objectifs internationaux de réduction des émissions de gaz à effet de serre (4). De même le scénario Afterres 2050 de Solagro mentionne le besoin de réduire de 50% la consommation de viande et de lait (5).

En termes d’équilibre nutritionnel, il s’agit en parallèle de soutenir et accompagner la consommation de protéines végétales.

Ainsi la transition alimentaire devra viser :

  • La diminution d’au moins 50% de la consommation de produits animaux issus d’élevages non durables ;
  • L’orientation de la demande vers des produits issus d’élevages durables et au plus territorialisés ;
  • L’augmentation des apports en protéines végétales (légumineuses, fruits à coque, céréales complètes, etc.) issus de modes de production durables et au plus territorialisés ;
  • L’orientation de la consommation vers des produits bruts ou faiblement transformés, privilégiant la qualité nutritionnelle et sanitaire des aliments.

Tout cela nécessite de :

  • Enclencher une trajectoire de réduction de consommation de produits animaux et de réduction des tailles de cheptel ;
  • Accompagner le développement d’une production à haute qualité environnementale - bénéfique pour le climat, la biodiversité, le bien-être animal - et rémunératrice pour les éleveurs.

Comment gérer la réduction de la production de produits animaux ?

Cette diminution du cheptel doit prioritairement concerner les productions les plus intensives, en raison de leurs multiples impacts négatifs économiques et sociaux ainsi que sur l’environnement, le bien-être animal et la santé publique. Elles se caractérisent par des élevages ayant les plus fortes densités et le plus grand nombre d’animaux, et dont l’alimentation provient en grande partie d’importations notamment le soja d’Amérique du sud. Pour les ruminants et les granivores, ce sont aussi les élevages qui garantissent insuffisamment l’accès à l’extérieur aux animaux.

Cette diminution doit également se faire dans un cadre d’une déspécialisation des régions agricoles françaises en veillant prioritairement à désintensifier les régions où l’élevage est le plus concentré.

Pourquoi accompagner le développement d’un élevage de qualité et rémunérateur ?

La perspective de diminution de production et de consommation doit constituer une opportunité pour les filières élevages de se tourner vers des productions de qualité, à haute valeur ajoutée, rémunératrices pour les agriculteurs.

Car il y a nécessité de maintenir l’élevage sur le territoire français, en privilégiant les systèmes plus autonomes pour l’alimentation des animaux notamment en termes de protéines, permettant le bouclage des cycles, le maintien des prairies permanentes, et répondant aux nouvelles attentes en matière de qualité et de bien-être des animaux.

Ainsi, ces élevages doivent garantir un maximum de rations journalières de pâturages pour les ruminants, où les animaux ont le plus possible accès à l’extérieur, garantir une faible densité d’animaux. Enfin ces élevages valorisent les races rustiques, plus adaptées aux territoires et résilients face aux aléas climatiques. L’élevage de ruminants de races mixtes (produisant lait et viande) est à favoriser car il permet de diversifier les revenus et d’optimiser l’utilisation de la ressource en herbe.

Les bénéfices socioéconomiques du “moins et mieux”

  • Davantage de revenus pour les éleveurs : en France, les produits animaux issus des élevages les plus intensifs sont souvent très exposés à la concurrence internationale. Les éleveurs sont souvent démunis dans le cadre des négociations commerciales. Une montée en gamme de la production pourrait offrir aux éleveurs davantage de revenus si les pouvoirs publics les accompagnent en ce sens. Les élevages herbagers durables sont déjà plus résilients économiquement et socialement face aux crises et dégagent davantage de revenus.
  • Amélioration de la balance commerciale : La balance commerciale agricole est actuellement déficitaire (si l’on exclut le vin et les spiritueux). Rééquilibrer les importations et les exportations en tournant la production vers une demande française en évolution pourrait changer la donne.
  • Réponse aux attentes de la société civile et des citoyens : les mutations des pratiques d’élevage et de consommation dans le sens du moins et mieux permettent de répondre aux attentes en termes de bien-être animal. Actuellement, les élevages industriels de porcs et de volailles représentent environ 95% et 75% à 80% de leurs secteurs respectifs.

Note

Moins et mieux : un élevage et une consommation de produits animaux respectueux de la planète

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Les propositions de la Fondation Nicolas Hulot 

Pour atteindre ces objectifs de “moins et mieux”, différents leviers sont à actionner sur l’ensemble de la chaîne de valeur alimentaire :

  • La lutte contre la concurrence déloyale grâce à la mise en place d’un règlement européen basé sur les mesures miroirs ;
  • L’accompagnement des éleveurs dans la transformation de leur système de production associé à une diminution globale du cheptel. Cette transformation concerne : la recherche d’autonomie pour l’alimentation des animaux, le maintien et le développement des prairies permanentes et des infrastructures ; agroécologiques (haies, arbres, etc.) et la forte diminution de l’utilisation des intrants de synthèse (engrais azotés et pesticides) ;
  • L’accompagner une production de légumineuses durable dans les territoires, à la fois pour l’alimentation des animaux et des humains ;
  • L’accompagnement de l’évolution des habitudes alimentaires, incluant la diminution de la consommation de produits animaux (viande rouge, volaille, lait, fromage, yaourt, œufs, etc.), l’augmentation de produits de meilleure qualité pour la santé et l’environnement, l’accessibilité à une alimentation saine et durable pour l’ensemble de la population.
Mondialisation : comment protéger l’environnement et les agriculteurs ?

Sources

(1) Poore J. et Nemecek T., “Reducing food environmental impacts through producteurs and consumers”, juin 2018 
(2) FNH, “Comment réorienter et relocaliser notre agriculture et alimentation vers un modèle résilient et durable ?”, mai 2020 
(3) Stratégie nationale bas carbone, avril 2020
(4) Commission EAT-Lancet “Notre nourriture dans l’anthropocène : une alimentation saine issue de production durable”, 2019
(5) Solagro “Afterres 2050”, 2016

 

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