Défendre une agriculture sans pesticides

Lait bio et pâturage : le secret d’Emmanuelle Billiard pour bien vivre

Publié le 24 mars 2026

Et si la clé d’une ferme prospère résidait dans le fait de produire moins mais mieux ? Pour Emmanuelle Billard, éleveuse de vaches laitières dans les Côtes d’Armor, l’agriculture ne doit plus être synonyme d’endettement, ni de course à l’agrandissement.

A l'occasion de la Semaine Pour les Alternatives aux Pesticides, la Fondation pour la Nature et l'Homme remet sur le devant de la scène ces agriculteurs et agricultrices qui ont fait le choix d'un autre modèle agricole, et qui démontrent que se passer de chimie n’est pas un sacrifice.

En choisissant le bio et le 100% herbe, cette fille d’éleveur de porcs en conventionnel, marquée par les difficultés de son père, a choisi une tout autre voie qui lui garantit autonomie et liberté. Un revenu digne, du temps libre pour faire du sport, des vacances en famille : tout cela fait partie du quotidien d’Emmanuelle et de son mari Ludovic. Et pour rien au monde, ils ne reviendraient en arrière

Sortir de l’endettement : le choix d’une ferme bio à taille humaine

Emmanuelle a grandi dans un élevage conventionnel de porcs, en Bretagne. Très jeune, elle perçoit le désespoir des éleveurs poussés à s’endetter pour s’agrandir. Voyant son propre père dans la difficulté, le manque d’argent et l'épuisement se faisant sentir à la maison, elle se résout à cette évidence qu'elle ne « fera jamais ce métier de sa vie ». Jusqu'au jour où, à vingt ans, elle rencontre des paysans passionnés par leur métier, qui lui révèlent un autre visage de l’agriculture, mêlant épanouissement dans le travail, harmonie avec la nature et les animaux et autonomie financière. Un déclic.

Aujourd’hui installée sur la commune de Laurenan, en Bretagne, Emmanuelle est fière et heureuse des choix faits avec son mari Ludovic. L’expérience de son père lui a démontré que l’adage, selon lequel il faudrait toujours plus de produits chimiques et des fermes toujours plus grosses, est un non-sens.

« Ceux qui disent qu’il faut absolument plus des produits phytosanitaires, qu’il faut absolument des néonicotinoïdes (famille d’insecticides particulièrement néfastes pour les insectes pollinisateurs), qu’il faut absolument des plus grosses fermes pour vivre de l’agriculture, le problème n’est pas là », assure-t-elle.

L’important à ses yeux, c’est avant tout de bien réfléchir sa ferme et son système dans sa globalité.

Le système herbager : secret de l’autonomie et de la baisse des charges

Faisant partie des pionnières à s’être installée en agriculture biologique sur le territoire des Côtes d’Armor, Emmanuelle a très tôt fait le choix de la qualité, plutôt que de la quantité.

A la tête d’un troupeau à taille humaine (48 vaches), ses animaux sont nourris à l’herbe. Une décision mûrement réfléchie, qui lui permet d’être autonome et de grandement baisser les charges de la ferme liées à l’alimentation de ses bêtes.

« Nos vaches, elles sont nourries à l’herbe, explique-t-elle, le coût d’implant d’une prairie, en effet, ça coûte un peu, mais après, une fois que la prairie est implantée, les vaches vont pâturer et on a un coût alimentaire qui est extrêmement bas. »

Certes, ses vaches produisent moins de lait, mais un lait plus riche et sur une surface plus petite. Un système beaucoup plus efficace et rémunérateur.

« Aujourd’hui, on est en agriculture biologique, on en vit bien, résume-t-elle. Peut-être qu’on a besoin de moins de volume, moins de litrage pour que ce soit rémunérateur, mais finalement on l’est de manière plus efficace, sur moins de surface. »

Réconcilier vie de famille, temps pour soi et métier d’éleveur : c’est possible !

Contrairement aux idées reçues, Emmanuelle apprécie d’autant plus son métier qu’il lui permet de profiter d’un temps libre précieux et de se faire remplacer plus facilement.

« Pour nous, ça a toujours été important de trouver un équilibre entre vie professionnelle et vie familiale », assure-t-elle.

Avec ses 48 vaches, son temps de traite ne dépasse pas une heure et demie par jour, lui permettant de se consacrer à autre chose et de se détacher de la ferme.

« Le sport, dans la famille, ça prend aussi beaucoup de place, donc c'est un équilibre à trouver. Pouvoir partir en vacances aussi et pouvoir se ressourcer, aller ailleurs et puis de se détacher aussi de la ferme de temps en temps pour mieux revenir », relève aussi d’un choix assumé.

Un rythme de vie que jalouserait la plupart des éleveurs français.

Pourquoi son témoignage nous inspire ?

Le parcours de Emmanuelle Billard démontre que l'agroécologie peut être productive, rémunératrice et assurer un équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle.

Il nous rappelle que :

  • L'élevage extensif (avec pâturage) est essentiel pour se passer de pesticides.
  • La protection de la nature et l’amélioration du bien-être animal ne se fait pas au détriment de la production, mais qu’au contraire, elle en améliore la qualité.
  • L'épanouissement de l'agriculteur est au cœur du modèle

Comme Carine Thierry en Seine-et-Marne ou Dominique Hauvette dans ses vignes dans les Bouches-du-Rhônes, Emmanuelle Billard fait partie de cette génération qui a choisi l’agroécologie et prouve qu’il est possible de concilier protection de la nature, de la santé et une digne rémunération.

Vous vous posez des questions sur l’agriculture biologique ? Vous vous interrogez encore sur les pesticides et leurs impacts, alors :

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Téléchargez notre livret : Faut-il croire au bio ?

Emmanuelle Billard, éleveuse sur la commune de Laurenan, en Bretagne, a fait le choix de l'agriculture biologique

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Faut-il vraiment croire au bio ?

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