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Quels bons gestes pour sauvegarder les papillons ?

Publié le 20 avril 2022 , mis à jour le 21 avril 2022

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Parmi les insectes (ces grands oubliés de la biodiversité), la population des papillons de nos jardins bat de l’aile. En 20 ans, la moitié des papillons de prairie a disparu d’Europe selon l’Agence européenne de l’environnement. Pourtant, il suffit de leur offrir un petit coin d’hospitalité chez soi, sur son balcon, dans son jardin, pour les aider à se nourrir et à se reproduire. Et au-delà du plaisir de les voir virevolter, reconnaître les lépidoptères, les observer et les compter peut aussi grandement contribuer à leur sauvegarde. Des bons gestes aux sciences participatives, la Fondation pour la Nature et l’Homme vous dit comment rejoindre l’Opération papillons, c’est de saison !

Vers un déclin général alarmant des insectes 

On estime que la biomasse de tous les insectes de la planète est largement supérieure à celle de tous les autres animaux terrestres réunis, humains compris, mais toutes les études montrent aussi que la biomasse des insectes volants a chuté de près de 70% en trente ans en Europe. Si les chiffres varient quelque peu selon les études issues de plusieurs publications internationales, toutes se rejoignent sur le constat d’un déclin autour de 40% des insectes ces dernières décennies.

Le rôle majeur des papillons

On oublie souvent que les jolis papillons de nos jardins sont aussi des insectes pollinisateurs qui jouent un rôle majeur dans la reproduction des plantes. De précieux alliés également puisqu’ils s’inscrivent dans la chaîne alimentaire, nourrissent les oiseaux et les chauve-souris, participant ainsi à la régulation des populations d’un écosystème et donc à la lutte biologique dans nos jardins. 

Les raisons du déclin des papillons

De multiples facteurs responsables du déclin des populations de papillons sont bien connus comme l’agriculture intensive - comprenant déforestation, changement d’affectation des sols et perte d’habitat -, l’utilisation de pesticides et autres intrants chimiques ; mais aussi les espèces introduites (faune et flore), l’urbanisation croissante et la pollution lumineuse, sans oublier bien sur le réchauffement climatique auquel les insectes sont particulièrement sensibles en raison de leur vulnérabilité à la sécheresse. C’est d’ailleurs cette fragilité des papillons qui permet d’en faire pour les chercheurs des indicateurs de la santé d’un milieu à l’échelle du paysage.

Belle-Dame sur des fleurs de Centaurées ©Guy_Piton : Biosphoto

Offrir l’hospitalité dans nos jardins

Qu’elles soient fleuries, aromatiques, sauvages ou arbustives, le nectar des plantes dites mellifères attirent autant les abeilles que les papillons. Question de morphologie, les lépidoptères munis de grandes ailes se dirigeront vers des fleurs à large corolle. Les plus vivement colorées seront les plus appréciées, violettes et jaunes en tête. L’eupatoire, la reine-des-prés, l’aubépine, la bourrache, l’agastache sont aussi très attractives. De même, les plantes aromatiques constituent une importante source de nourriture pour les papillons et leurs chenilles. Alors autant pour agrémenter la cuisine que pour nourrir les chenilles de nos papillons plantons du romarin, de la lavande, du thym, de la verveine, de la menthe, de la sauge…

Laisser dans son jardin un espace libre, ne pas désherber, ne pas tondre une pelouse où pousseront fleurs et plantes sauvages, profitera à toute la biodiversité. Les papillons seront irrémédiablement attirés par le trèfle, les pissenlits, chardons, ronces, violettes…

Ne plus arracher systématiquement la grande ortie est indispensable pour la reproduction de nombreux papillons. Comme plusieurs de ses congénères : la Petite Tortue ou encore le Vulcain, le très reconnaissable et haut en couleurs Paon du jour - dont le graphisme des ailes imite des « yeux » (comme sur les plumes des paons) censés déstabiliser et éloigner les prédateurs-, ne pond en effet que sur la grande ortie, plante à laquelle il est inféodé. En effet, ce sont ses feuilles qui serviront à la fois de gîte et d’aliments à la chenille du Paon du jour pendant la période nécessaire à sa transformation en chrysalide. De la même manière, pour optimiser l’installation dans son jardin à long terme de la bien nommée Belle Dame, ce sublime papillon migrateur aux délicates ailes orangées tachetées de noir et blanc, laissons proliférer l’ortie, la bardane et le chardon. Cultiver les plantes hôtes de leurs chenilles est vraiment le coup de pouce qui facilite l’installation des papillons dans nos jardins.

Chenille de Vulcain s'abritant dans une feuille d'Ortie ©Monique Berger : Biosphoto

Faire de son jardin une réserve naturelle

1/ Bannir l’usage des pesticides. Si cela tombe sous le sens, Les données de l’Opération papillons ont en outre montré que l’usage de fongicides et/ou même d’un seul pesticide réduisait de moitié le nombre d’espèces de papillons observées. Tous les papillons et insectes pollinisateurs ne réagissent donc pas de la même manière.

2/ Favoriser des plantations locales. Souvent appelé l’arbre aux papillons, la propagation incontrôlée du buddleia, l’arbre aux multiples grappes de fleurs multicolores originaire de chine, peut paradoxalement contribuer très directement à l’extinction des papillons. Pourquoi ? Parce que contrairement aux essences locales qu’il chasse et remplace, les feuilles du buddleia ne nourrissent pas les chenilles de ces papillons, bloquant de fait la reproduction de ceux qui s’y pressent, attirés par son très odorant nectar. Pour préserver la biodiversité, mieux vaut favoriser les espèces indigènes adaptées aux besoins des espèces présentes dans nos régions.

3/ Planter des végétaux protecteurs. Si l’espace le permet, il est très bénéfique de laisser pousser une haie bocagère ou des essences arbustives (bouleau, tilleul, noisetier, framboisier, rhododendron…) pour offrir un abri en même temps qu’un garde-manger. Le lierre rampant est particulièrement intéressant car il est un rempart contre les intempéries, très utile pour les espèces qui hivernent puisqu’il fleurit à l’automne et que juste avant l’hiver, ses fleurs discrètes regorgent de nectar.

Donc pour résumer, si l’on veut continuer de voir batifoler de délicats papillons et aider à la prolifération de pollinisateurs heureux dans les parcs et jardins, on joue sur des zones cultivées où l’on sème des plantes utiles et d’autres où on laisse libre cours à la nature… 

"Opération papillons", un programme de sciences participatives

Après la chasse aux œufs de Pâques, la chasse aux papillons… mais sans filet bien sûr ! Il s’agit plutôt de reconnaître et d’identifier certaines espèces de papillons, et de noter leur présence dans un espace défini : dans nos jardins, sur nos balcons, dans les parcs et espaces verts. Le protocole, très simple, vise à compter quel a été le nombre maximum de spécimens d’une même espèce vus simultanément au cours de différentes sorties sur un laps de temps déterminé : une semaine. Les participants sont invités à reproduire leurs observations sur plusieurs sessions, si possible, pendant la saison qui « vole » de février, pour les plus précoces, jusqu’en octobre.
Lancé en 2006 par le Muséum National d’Histoire Naturelle et l’association Noé (dans le cadre de Vigie-Nature dont notre fondation est, depuis ses débuts partenaire), le programme de sciences participatives Opération papillons a déjà rassemblé plus de 10 000 bénévoles. 

La collecte d’informations est réalisée selon un protocole précis.

Une liste répertoriant 28 espèces ou groupe d’espèces et 18 autres espèces subsidiaires est proposée aux participants volontaires. Elle est accompagnée d’un « mode d’emploi » et d’un guide de terrain portant notamment sur les consignes à respecter comme les conditions météo : soleil, sans vent, ou encore les plages horaires favorables (en fonction toujours de l’ensoleillement).
Toutes les observations sont ensuite compilées et analysées par les chercheurs. Elles leur fournissent une mine de renseignements qui viennent alimenter et réactualiser une banque de données fort utile pour avoir une estimation précise de l’état des populations, leur répartition géographique, l’influence des différents facteurs extérieurs en fonction des espèces, les effets de l’urbanisation, de la pollution, du réchauffement climatique… A partir de là, des travaux scientifiques sont menés pour trouver des solutions afin d’enrayer le déclin de populations plus ou moins mobiles, plus ou moins en capacité de s’adapter aux modifications de leur environnement.

Mieux connus, plus sensibilisés, mieux protégés

C’est le deuxième grand intérêt de ces programmes de sciences participatives : faciles à comprendre, guidés pas à pas, accessibles à tous publics et très ludiques à suivre en famille, ils permettent d’attirer l’attention sur l’importance de préserver des animaux : vertébrés et invertébrés, mammifères, insectes, poissons, mais aussi des plantes et de tous ces organismes vivants moins connus et moins « médiatiques » de la biodiversité qui constituent pourtant le tissu de la vie. 

Selon Vigie-Nature, mieux connaître et prendre conscience de son environnement motiverait ainsi 85% des observateurs à changer de comportement et adapter de nouvelles pratiques plus favorables. Alors profitons du Printemps pour papillonner dans la nature ou profiter des espaces verts tout en prenant part aux activités de sciences participatives pour compter ces chers lépidoptères ! rendez-vous sur https://www.sciences-participatives-au-jardin.org/edito/papillons

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