Défendre une agriculture sans pesticides

Distorsion de concurrence : pourquoi le gouvernement rate le coche des mesures miroirs.

Publié le 07 janvier 2026 , mis à jour le 08 janvier 2026

Pourquoi réguler seulement 4 pesticides ? Et pourquoi seulement sur certains fruits et légumes et pas d’autres denrées alimentaires ? Alors que le gouvernement déclare vouloir prendre un arrêté restreignant l'importation de produits sud-américains contenant certains pesticides interdits en Europe, la Fondation pour la Nature et l’Homme alerte : si l'intention semble louable, elle est loin de répondre de manière systémique aux enjeux soulevés par les agriculteurs qui manifestent encore aujourd’hui, notamment à l’approche de la ratification de l’accord avec le Mercosur. Pourquoi cette mesure n’arrangera pas grand chose ? Notre éclairage en 3 questions clés : 

1. Cette mesure est-elle efficace pour protéger les agriculteurs de la concurrence déloyale venant du MERCOSUR ? NON 

  • Dans le cas du Mercosur, les importations se concentrent sur d’autres produits : soja, viande bovine, volaille, sucre ou maïs. Cette mesure n’aura donc que peu d’effet sur l’Accord au cœur de la colère actuelle. 
  • Une telle mesure ignore complètement d’autres enjeux tout aussi importants que les normes européennes encadrent : alimentation des animaux, déforestation, protection du bien-être animal, utilisation d’OGM… Sans prise en compte de ces autres enjeux, la concurrence déloyale perdurera et freinera tout effort de transition.
  • La concurrence déloyale se joue à toutes les étapes de la production et pas seulement lors des contrôles douaniers. Ne pas retrouver de résidus dans un aliment ne signifie pas que ce produit n’a pas été utilisé en production, générant des coûts moins élevés, dans le pays exportateur, donc une concurrence déloyale en France.

2. Cette mesure protégera-t-elle efficacement les consommateurs des pesticides dangereux ? NON PLUS

  • Il existe au moins 72 pesticides interdits dans l’UE pour lesquels des résidus sont tolérés dans les produits importés. Or, la mesure ne concerne que 4 substances pesticides (mancozèbe, glufosinate, thiophanate-méthyl et carbendazime) utilisés sur une dizaine de denrées agricoles (melons, cerises, fraises ou pommes de terre par exemple). Cela signifie donc que l’on reste aveugle sur d’autres pesticides dangereux possiblement utilisés sur les melons, les fraises ou les pommes de terre importés d’Amérique du Sud ou d’ailleurs.
  • Cette mesure fait l’impasse sur près de 80% des importations agroalimentaires de l’UE qui viennent d’autres pays que ceux du continent sud-américain. En effet, les produits importés d’Amérique du Sud ne sont pas les seuls à ne pas respecter les normes environnementales et sanitaires européennes et la majeure partie des aliments issus des pays tiers peuvent être concernés.

3. Cette mesure répond-elle aux demandes des agriculteurs et des citoyens ? PAS PLUS. 

Notre récent sondage réalisé avec Odoxa en novembre 2025 montre que 86% des agriculteurs demandent la mise en œuvre de mesures miroirs systémiques pour mieux protéger leur santé et celles des consommateurs. 82% des agriculteurs seraient même, grâce à leur mise en place, davantage disposés à réduire l’usage de produits phytosanitaires et à faire d’autres efforts en faveur du bien-être animal, de la réduction des usages des antibiotiques et des médicaments vétérinaires…

Limiter les importations de certaines denrées traitées avec certains pesticides n’est donc pas une réponse politique satisfaisante. Pour être vraiment efficace, le principe des mesures miroirs doit devenir la règle pour toutes les substances interdites, tous les pays tiers et toutes les denrées agricoles, plutôt qu’une mesure partielle et cosmétique visant à calmer la colère à court terme. 

FOIRE AUX QUESTIONS:

1️⃣ Pourquoi les mesures miroirs sont-elles nécessaires face à la distorsion de concurrence ?

Les mesures miroirs garantissent que les produits importés respectent les mêmes normes environnementales et sanitaires que ceux produits en UE, évitant une concurrence déloyale qui fragilise les filières agricoles locales. Elles permettent également de mieux protéger la santé des consommateurs et la sécurité alimentaire. 

2️⃣ Comment les mesures miroirs renforcent-elles la souveraineté alimentaire ?

En conditionnant les importations au respect de normes équivalentes, elles limitent la dépendance aux produits venant de pays tiers et soutiennent la production locale, essentielle à une politique agricole commune cohérente. 

3️⃣ Peut-on parler de concurrence déloyale sans mesures miroirs ?

Oui — sans réciprocité des normes, des produits fabriqués avec des règles moins strictes entrent sur le marché européen, réduisant la compétitivité des produits nationaux et mettant à mal des agriculteurs respectant des normes plus exigeantes. 

4️⃣ Quels sont les risques d’une mesure partielle liée aux pesticides ?

Limiter les importations à quelques pesticides ciblés ne couvre pas l’ensemble des substances interdites et laisse passer des produits qui continuent de générer une concurrence déloyale en profitant d’un cadre réglementaire moins strict.

5️⃣ Quelles différences entre clause miroir et mesure miroir ?

Une clause miroir est intégrée dans un accord de libre-échange bilatéral, tandis qu’une mesure miroir est une règle unilatérale applicable à toutes les importations, garantissant une réciprocité des normes sur tous les produits concernés.

6️⃣ Quels produits agricoles sont particulièrement concernés par les distorsions ?

Des filières comme le soja, la viande bovine ou la volaille, importées en grande partie de pays tiers sans normes strictes, subissent de plein fouet ces distorsions de concurrence. 

7️⃣ Pourquoi les agriculteurs manifestent-ils à propos des mesures miroirs ?

Parce qu’ils estiment que seule une application systématique de ces mesures permettrait d’assurer une concurrence équitable avec les produits importés, protégeant leurs revenus et soutenant leur transition agroécologique. 

8️⃣ Comment les mesures miroirs influencent-elles la politique commerciale ?

Elles obligent à réconcilier les objectifs commerciaux avec les normes agricoles et environnementales, évitant que des accords comme avec le Mercosur favorisent des pratiques moins durables. 

9️⃣ Quelles normes sont visées par les mesures miroirs ?

Elles couvrent les normes sanitaires, environnementales, de bien-être animal, et de traçabilité, pour garantir que les produits importés ne profitent pas d’un deux poids, deux mesures. 

🔟 Quels bénéfices pour les consommateurs ?

Les consommateurs bénéficient d’une meilleure sécurité alimentaire, car les produits respectent des standards stricts protégeant la santé et l’environnement.

L'article vous a été utile pour mieux comprendre cette actualité ?

Pour approfondir le sujet

Sondage : 82% des agriculteurs prêts à réduire les pesticides grâce aux mesures miroirs
Pourquoi et comment accompagner les agriculteurs vers la réduction des pesticides ?
Pourquoi et comment favoriser la consommation de produits bio et sans pesticides ?