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On soutient : trois jeunes traitent les déchets abandonnés dans l'Everest

Publié le 27 avril 2022 , mis à jour le 17 mai 2022

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L’Everest est devenu la plus haute décharge du monde : les 35 000 visiteurs qui randonnent chaque année dans la zone y abandonnent de nombreux déchets. Malgré les opérations de collecte organisées, faute de moyens ces déchets peinent à être traités et finissent entreposés à ciel ouvert. Avec le soutien de notre programme Génération Climat, trois jeunes étudiants en ingénierie à Grenoble et passionnés de montagne, relèvent un défi aussi périlleux que l’ascension d’un sommet : proposer des solutions, sensibiliser et former les habitants du village Pangboche, à une meilleure gestion des déchets.

Notre programme Génération Climat accompagne et soutient depuis 2016 la jeunesse qui s’engage pour le climat et la solidarité. Tous les ans, nous proposons jusqu’à 10 000 euros aux 15-35 ans qui veulent mettre en œuvre une initiative en France ou à l’international. Tri-haut pour l’Everest était l’un des 51 projets que nous avons soutenu en 2021. Vous avez également un projet qui lie lutte contre le changement climatique et les inégalités ? Postulez à l’appel à projet de 2022, ouvert jusqu’au 16 mai à minuit !

Tourisme de montagne, le revers de la médaille

L’appel des cimes et son flot de touristes n’est pas sans conséquences pour l’environnement de la région du Khumbu. Situé à 4 000 mètres d’altitude, Pangboche (dernier village habité avant le camp de base de l’Everest) n’est pas équipé pour gérer les tonnes de déchets qui, dans le meilleur des cas, sont redescendues des hauteurs. Un des nombreux points de chute où échouent pêle-mêle emballages plastiques, métaux, verre, et autres déchets plus dangereux (piles, batteries, ampoules), les décharges à ciel ouvert s’y multiplient dégradant les sols, polluant les cours d’eau. Elles constituent un problème de santé publique contre lequel les populations locales, mal informées et déjà très pauvres, n’ont pas les moyens de lutter.

La précarité, premier frein à l’action pour l’environnement

Au Népal, la pauvreté de la population est d’autant plus marquée que leurs conditions de vie sont rudes. En altitude, loin de Katmandu, les villageois peu éduqués et peu sensibilisés aux enjeux environnementaux n’ont pas conscience de la dangerosité de certaines matières et de l’impact de tous ces déchets restant dans la nature. Sans infrastructures dédiées à leur retraitement, la collecte ne suffit donc pas à résoudre le problème des déchets du tourisme de masse.

Déchets abandonnés © Tri-haut pour l'Everest
30
tonnes dé déchets seraient abandonnées sur l’Everest

Tri-haut pour l’Everest, le pari de jeunes ingénieurs engagés

C’est avec cette volonté de proposer des solutions localement applicables pour que les villageois puissent se les approprier et en retirer un bénéfice que Valentin, Olivier et Robin ont cherché comment préserver l’environnement dans ces montagnes. Tous trois amoureux de la nature et adeptes des sports de montagne, à seulement 22 ans, ces ingénieurs en devenir ont profité d’une année de césure dans leurs études pour créer l'association Tri-haut pour l'Everest et partir à Pangboche.

Pragmatiques, ils ont entre octobre 2021 et janvier 2022 déjà développé et testé un premier prototype de pyrolyse à plastique : ce système - à la différence de l’incinérateur bas carbone qu’ils avaient envisagé d’installer en premier lieu – a l’avantage de produire de l’énergie utilisable par les villageois : du gaz et du fioul servant à la cuisson et pouvant aussi remplacer le kérosène qu’ils utilisent pour activer la combustion de bouse de yack séchée. Cette dernière est en effet leur « bois » de chauffage, puisque bien entendu aucun arbre ne pousse à 4 000 mètres !

Prototype de pyrolise © Tri-haut pour l'Everest

Plusieurs équipes autour d’un projet commun…

Après cette première phase empirique et la construction du prototype, une seconde « promo » de quatre jeunes de l’école de Grenoble INP-ENSE3 s’apprêtent à prendre le relais. Charlotte, Martin, Camille et Nathan vont à leur tour mettre à profit une période de césure pour aller à Pangboche finaliser le projet et construire un local en automne 2022. A charge pour la troisième équipe à l’automne 2023, de suivre et pérenniser l’ensemble du dispositif.

…pour retraiter encore plus de plastiques

La pyrolyse à plastique permettra - quand le dispositif sera fin 2023/début 2024 en pleine capacité - d’éviter la mise en décharge de 70 à 80 tonnes de plastique d’emballages type snacks et packaging divers, tout en produisant une énergie bénéfique aux villageois. Cependant, le plastique PET, d’une composition différente, ne peut subir le même traitement. C’est ainsi qu’une seconde phase du projet est en préparation : l’acheminement du matériel pour construire un four à compression. Cette seconde machine permettra de transformer les bouteilles (en PET) en paillettes réutilisables pour fabriquer des cagettes à légumes par exemple.

Quid des autres déchets ?

Un petit centre de tri organisé sur place permettra de différencier les déchets biodégradables à composter des autres déchets recyclables et/ou dangereux : les métaux (canettes, bouteilles à oxygène récupérées pour être à nouveau remplies) et le verre font l’objet de collectes distinctes descendues et revendues à Katmandu par deux opérateurs locaux.

Obtenir l’adhésion des habitants, un enjeu clé pour le projet

Grâce à un partenariat avec la Fondation népalaise Khumbila et le soutien de son président Namgyal pour aider à instaurer un dialogue avec les habitants de Pangboche et faciliter toutes les démarches administratives et politiques, la démarche de jeunes français s’impliquant dans la gestion des déchets de la région est dorénavant comprise et acceptée.

Une crédibilité que Tri-haut pour l’Everest compte surtout utiliser pour mener en parallèle des actions de sensibilisation auprès des acteurs du tourisme. La réalisation d’un film sur leur projet les aidera à transmettre leur message : les refuges, les sherpas - directement confrontés à la pollution dans leurs montagnes - les propriétaires de lodge, doivent informer les touristes que les Népalais ne peuvent pas traiter les déchets dangereux pour l’environnement faute d’infrastructures adaptées, et les inciter à rapporter leurs piles, ampoules, médicaments et autres substances chimiques dans leur pays où ils pourront les recycler !

Communiquer sur l’enjeu international de la pollution

Souhaitant toucher un large public en France et ailleurs, Tri-haut pour l’Everest souhaite montrer ces images, organiser des conférences et des interventions pédagogiques pour sensibiliser les jeunes à l’environnement et plus particulièrement à la gestion des déchets à la source mais aussi pour mobiliser les opérateurs de tourisme montagnard à mieux communiquer sur les bonnes pratiques à adopter à l’international.

 

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