Communiqué de presse

Urgence climatique : une loi Climat pas à la hauteur

Publié le 09 février 2021 , mis à jour le 22 juillet 2025

Alors que l’Etat vient d’être condamné par le tribunal administratif de Paris dans le cadre de l’Affaire du Siècle pour carence fautive face au changement climatique, la Fondation Nicolas Hulot appelle les parlementaires à en tirer les conséquences et à faire évoluer considérablement le projet de loi Climat et résilience. Le gouvernement doit aligner la politique climatique de la France avec l’Accord de Paris, et faire cesser l’aggravation du préjudice écologique.

Le projet de loi qui sera présenté en Conseil des ministres le 10 février 2021 trahit doublement l’ambition des membres de la Convention citoyenne pour le climat. D’abord parce qu’il ne permettra pas de réduire de 40% nos émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030, alors que la France devrait relever son ambition à -55% d’ici 2030, à la suite de la décision de l’Union européenne.

Cette insuffisance met en lumière l’ampleur de la crise climatique actuelle. Malgré des engagements affichés, la France reste à la traîne face à l’urgence climatique, sans plan crédible pour atteindre la neutralité carbone d’ici 2050. Les conséquences du changement climatique se multiplient, soulignant l’écart entre les discours politiques et les actions concrètes.

Ensuite, parce que la majorité des mesures de la Convention citoyenne sont soit largement vidées de leur substance (publicité, rénovation énergétique des bâtiments, fin de vente des véhicules les plus émetteurs…), soit absentes du projet de loi (obligations pour les grandes entreprises…).

Un projet de loi qui maintient le gouvernement loin des trajectoires requises

Au Conseil économique social et environnemental (CESE) et au Conseil National de la transition écologique (CNTE), deux instances dans laquelle la FNH siège, l’avis a été unanime. Pour toutes les organisations de la société civile organisée (y compris les organisations patronales), le texte n’est pas suffisamment ambitieux si la France veut tenir ses objectifs climatiques. L’étude d’impact menée par le gouvernement, va dans le même sens : le projet de loi tel que présenté en conseil des ministres ne permettrait d’effectuer au mieux qu’entre la moitié et les deux tiers du chemin, un chiffre dont l’étude d’impact ne justifie qu’une petite partie, le reste n’étant pas précisé ni mesuré.

Après la condamnation de l’Etat par le tribunal administratif de Paris, il serait incompréhensible de voter une loi qui ne permet pas à la France de se mettre sur la bonne trajectoire climatique.

Aux parlementaires de transformer le projet de loi en profondeur pour éviter un quinquennat perdu pour l’écologie

L’urgence climatique doit pousser les parlementaires à rehausser considérablement l’ambition du projet de loi. Pour la Fondation pour la Nature et l'Homme, il est urgent de revoir le projet et tout particulièrement trois mesures prioritaires :

  1. Automobile : instaurer une fin de vente des véhicules les plus émetteurs de CO2 d’ici 5 ans.
    Pour concrétiser l’objectif 2040 fixé par la Loi Mobilité, il est nécessaire de définir des étapes intermédiaires, afin de réduire progressivement et de manière certaine les émissions des véhicules neufs mis en circulation. La loi climat doit pour cela fixer d’ici 5 ans, comme l’avait proposé la Convention citoyenne, la fin de vente des véhicules très émetteurs. On ne peut pas attendre 10 ans pour redonner rendez-vous au secteur auto. Pour répondre efficacement aux enjeux de la transition écologique, la loi Climat devrait proposer de véritables solutions face au changement climatique. Cela implique de s’attaquer aux secteurs les plus émetteurs, en tenant compte des enjeux énergétiques et des leviers réglementaires existants comme la loi pour la transition énergétique.
  2. Pour que chacun prenne sa part y compris le secteur privé : mettre en place une éco-contribution sur les grosses entreprises.
    Pour le moment, ce projet de loi ne donne aucune obligation aux plus grandes entreprises. Cela signifie que le projet de loi doit fixer à celles-ci un objectif de réduction de gaz à effet de serre d’ici 2030, mais aussi les moyens pour les atteindre. Le projet de loi doit prévoir également des moyens pour contrôler les engagements et les sanctionner le cas échéant. C’est d’autant plus important que les les entreprises adoptent des stratégies compatibles avec l’accord de Paris qu’elles doivent se préparer aux changements climatiques en cours.
  3. Instaurer une obligation de rénovation énergétique globale des bâtiments, tout en prévoyant les moyens pour accompagner les ménages et former les professionnels.
    On n’observe aucun progrès majeur depuis 10 ans sur ce secteur, alors qu’il émet globalement 28% des émissions de gaz à effet de serre de la France et qu’il reste 5 millions de logements qui sont des passoires énergétiques en France. Le projet de loi doit reprendre la proposition de la convention citoyenne afin de passer enfin à la vitesse supérieure et contraindre les propriétaires occupants et bailleurs à rénover de manière globale, avec une première étape en 2024 pour les maisons individuelles. Cette obligation doit être assortie de moyens pour accompagner les ménages et former les professionnels.

Ce projet de loi reste éloigné des véritables solutions contre le réchauffement climatique. Il ne permet pas de répondre à la question essentielle : comment limiter le réchauffement climatique ? La politique climatique française doit être repensée pour s’aligner sur les objectifs de l’Accord de Paris et répondre à l’appel citoyen.

Pour aller plus loin sur l'obligation de rénovation, consultez le dossier de presse co-signé par 15 organisations dont la Fondation pour la Nature et l'Homme

Foire aux questions

Pourquoi la loi Climat est-elle jugée insuffisante ?

Parce qu’elle ne permettrait pas d’atteindre les objectifs de réduction des émissions de CO2 fixés par l’Union européenne. Elle ne répond pas aux exigences de l’Accord de Paris ni à l’ampleur de la crise climatique.
 

Quels sont les enjeux de la transition écologique en France ?

Ils concernent la transformation de nos modes de production, de consommation et de mobilité pour limiter le dérèglement climatique et préserver les ressources naturelles. La loi Climat devrait y répondre plus concrètement.
 

Que prévoit la loi pour la transition énergétique ?

Cette loi vise à réduire la consommation énergétique, favoriser les énergies renouvelables et atteindre la neutralité carbone. Elle doit servir de socle aux actions concrètes contre le changement climatique.
 

Comment limiter le réchauffement climatique en France ?

Il faut réduire drastiquement les émissions de gaz à effet de serre, transformer notre système agricole, rénover massivement les bâtiments et développer une politique climatique cohérente avec l’Accord de Paris.
 

Quelles sont les conséquences du changement climatique ?

Hausse des températures, événements extrêmes (canicules, inondations), pertes agricoles et effondrement de la biodiversité. Ces impacts exigent des mesures ambitieuses dans les politiques publiques.
 

Pourquoi parle-t-on d’urgence climatique ?

Parce que les dernières données scientifiques montrent que les seuils critiques sont proches. Sans action immédiate, les conséquences seront irréversibles pour la planète et les générations futures.
 

Quelles solutions face au changement climatique proposent la FNH ?

Fin des véhicules les plus émetteurs, rénovation obligatoire des passoires énergétiques, contribution écologique des grandes entreprises, agriculture durable, mesures-miroirs… Des mesures concrètes à intégrer d’urgence dans la loi Climat.
 

La loi Climat respecte-t-elle l’Accord de Paris

Non. En l’état, elle ne permet pas à la France d’atteindre les objectifs climatiques définis au niveau européen ni de respecter ses engagements internationaux.
 

Quel rôle pour les entreprises dans la lutte climatique ?

Les grandes entreprises doivent être tenues responsables de leurs émissions et adopter des stratégies compatibles avec la neutralité carbone. Une éco-contribution est nécessaire pour inciter à l’action.
 

Existe-t-il d'autres articles sur les politiques climatiques ?

Oui, consultez notre article sur les solutions du GIEC contre le changement climatique pour approfondir la question.
Pourquoi Ma Prime Rénov’ ne suffira pas pour mettre fin aux passoires énergétiques ?

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Pour approfondir le sujet

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