Décryptage

Notre analyse des mesures climat des candidats

Publié le 05 avril 2022 , mis à jour le 08 avril 2022

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Le prochain quinquennat sera crucial pour le climat : suite à la double condamnation en justice, le ou la futur·e président·e de la République a l’obligation de remettre la France sur sa trajectoire climatique et réparer les conséquences de son inaction. Ce lundi 4 avril le GIEC nous alerte à nouveau : nous avons trois ans pour inverser la courbe de nos émissions de gaz à effet de serre et éviter le pire… Quelles mesures les candidats ont-ils prévu pour agir contre la crise climatique et sortir la France de l’illégalité ? Nous leurs avons posé la question. Voici notre analyse des réponses.

Le 25 janvier dernier, avec les trois autres organisations de l’Affaire du Siècle et en collaboration avec une équipe d’experts indépendants du collectif Éclaircies et l’association Data For Good, nous avons adressé « l’Enquête du Siècle » à la plupart des candidats à l’élection présidentielle : 19 questions passant en revue les cinq principaux secteurs économiques pour respecter l’objectif de baisse de 40% des émissions de gaz à effet de serre en France à l’horizon 2030, prévu par la Stratégie nationale bas carbone (SNBC).

Notre objectif : permettre aux citoyens de savoir clairement ce que les prétendants à l’Elysée prévoient de mettre en oeuvre pour s’attaquer concrètement aux causes de la crise climatique.

Trop peu de candidats proposent des changements structurels

Seuls deux candidats formulent des propositions politiques à la hauteur du péril climatique et respecteraient donc tout simplement la loi : Yannick Jadot et Jean-Luc Mélenchon. Tous deux démontrent qu’il est non seulement possible de réduire nos émissions à court terme mais également que ces changements peuvent être socialement bénéfiques. 

Les réponses fournies par une majorité de candidats sont décevantes et ne permettraient pas de sortir la France de l’illégalité climatique. Malgré les intentions affichées de « décarbonation », peu de candidats échappent à la procrastination climatique. 

Si certains n’ont tout simplement pas daigner répondre (Jean Lassalle) ou n’ont pas fourni suffisamment de données exploitables (Nathalie Arthaud et Philippe Poutou), d’autres comme Anne Hidalgo et Fabien Roussel ont fait des propositions intéressantes mais qui manquent d’ambition face à l’urgence climatique. 

Concernant Emmanuel Macron et Valérie Pécresse, qui sont les moins bien notés, leurs propositions conduiraient à repousser la baisse des émissions de gaz à effet de serre à plusieurs décennies. Pire, elles s’accompagnent de promesses de fausses solutions technologiques comme le nucléaire ou les agro-carburants. Leurs politiques conduiraient avant tout à maintenir le statu quo sans entreprendre les changements immédiats et concrets que la situation exige. 

Principale conclusion de cette enquête : trop peu de candidats proposent des changements structurels significatifs comme la réduction de la consommation de viande, le développement des alternatives à la voiture individuelle ou la sobriété énergétique, dans cette campagne présidentielle qui s’apparente à un rendez-vous manqué pour le climat.

Le questionnaire n’a pas été adressé à la candidate et au candidat d’extrême-droite Marine Le Pen et Eric Zemmour, ceux-ci défendant des valeurs profondément opposées à celles de nos quatre organisations.  

Des manquements graves face à l’urgence climatique

Dans les réponses des candidats et candidates qui ne sont pas à la hauteur du défi climatique, nous avons pu identifier trois caractéristiques communes :

Le manque de moyens financiers

Un consensus grandissant établit pourtant le besoin d’une augmentation significative des financements privés et publics pour atteindre les objectifs de la Stratégie nationale bas carbone. Ce consensus est, par exemple, aujourd’hui porté de plus en plus fortement à la tête de l’Union européenne après la crise sanitaire, face à la guerre en Ukraine ou pour atteindre les objectifs du Pacte vert. Mais il ne se reflète pas ou très peu dans les programmes politiques de la majorité des candidats.

Le mythe de la technologie

Plusieurs candidats adoptent la posture de miser sur des technologies qui ne sont pas encore disponibles ou qui sont trop lentes à mettre en place pour répondre à l’urgence climatique, ce qui leur permet de justifier l’absence de mesures courageuses, d’éviter la question de la sobriété ou de l’encadrement de l’activité économique.

Le manque de cohérence des politiques publiques

Le défi climatique nécessite que l’ensemble des politiques publiques soient passé au crible des objectifs environnementaux. Il faut réinventer le « en même temps ». Plutôt que de financer les énergies renouvelables et en même temps les projets pétroliers, il est urgent de préférer le financement des énergies renouvelables et en même temps de la baisse de consommation d’énergie, par exemple.

Comment avons-nous analysé cette enquête ?

Nous avons d’abord déterminé les secteurs prioritaires sur lesquels agir de par leur empreinte carbone :

  • Industrie (22%)
  • Transports (20% des émissions de gaz à effet de serre en France)
  • Agriculture (19%)
  • Logements (10%)
  • Énergie (10%)

Pour chacun de ces secteurs, nous avons identifié des leviers mesurables (par exemple la croissance du transport ferroviaire, le nombre de logements rénovés, la réduction de la taille du cheptel de bovins à viande…) qui permettraient d’atteindre les objectifs de la stratégie nationale bas carbone.

Sur la base de ces éléments, pour chacun de ces leviers, nous avons analysé les mesures proposées par les candidats et candidates et évalué leur contribution à la baisse des émissions de CO2 par rapport à la situation actuelle. Sur les graphiques, nous avons ainsi représenté :

  • La situation actuelle, matérialisée par des briques et curseurs noirs
  • La contribution des mesures proposées par le ou la candidate, matérialisée par des briques de couleurs (ou l’absence de couleurs lorsque la contribution est nulle).

Pour analyser les résultats nous avons collaboré avec les experts indépendants du collectif Éclaircies. Une méthodologie a été élaborée sur la base du rapport publié par les organisations de l’Affaire du Siècle début 2021 dans le cadre de la procédure Grande-Synthe et ayant conduit à la condamnation de l’État pour inaction climatique par le Conseil d’État. Cette méthodologie a permis de mesurer, en transparence et après un dialogue approfondi avec les équipes de campagne, l’impact des propositions des candidats à l’aune des objectifs climatiques de la France pour 2030.

Pour aller plus loin : regardez le replay du Débat du Siècle

Le 13 mars dernier, nous avons organisé le premier grand oral dédié entièrement au climat avec les candidats à la présidentielle. Vous l’avez raté ? Regardez le replay pour connaître en détail les mesures climatiques prévues par les candidats.

Un grand oral 100 % climat avec les candidats à la présidentielle

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